Lancement d’un nouveau journal en ligne

Shiraishi Takashi [Profil]

[03.10.2011] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Voici la première publication de Nippon.com.

Nous avons connu bien des péripéties avant de parvenir jusqu’ici. J’ai travaillé comme rédacteur en chef de Japan Echo pendant trois ans, de 2007 à 2010, puis comme rédacteur en chef de Japan Echo Web pendant un an, en 2010 et 2011. Je pense que les abonnés qui lisaient régulièrement Japan Echo doivent s’en souvenir, mais Japan Echo a été assassiné par le gouvernement du Parti Démocrate du Japon lors du changement historique de majorité en septembre 2009. Sous le régime de Hatoyama Yukio, l’arrêt de la publication de Japan Echo a été imposé par le comité de criblage budgétaire de l’Unité de Revitalisation du Gouvernement, en tant que partie intégrante de la révision des activités gouvernementales. Le Ministère des Affaires étrangères a par conséquent cessé d’acheter Japan Echo et a confié en sous-traitance la création d’un journal en ligne. Mais ceci n’a pas été effectué sous forme de contrat librement choisi, mais sous celle d’une sélection par appel d’offres concurrentiel entre entreprises. Cet appel d’offres a donc eu lieu et la création de Japan Echo Web a été confiée en 2010 à Japan Echo Inc.

Je suis rédacteur en chef et je ne participe donc pas à la gestion de Japan Echo Inc. Mais, à mon avis, avec un budget courant sur une seule année et avec, en plus, un appel d’offres concurrentiel tous les ans, la stabilité de la gestion de Japan Echo Inc. ne peut en aucun cas être assurée uniquement avec la publication d’un journal en ligne. Et le personnel compétent de Japan Echo Inc., dont les efforts sous tendent le comité de rédaction, ne peut être maintenu pendant longtemps. En d’autres termes, le modèle commercial selon lequel la publication de Japan Echo dépend des “dépenses gouvernementales”, — c’est-à-dire du budget affecté, pour chaque année fiscale, par le Ministère des Affaires étrangères à la publicité —, n’est pas viable à long terme et, dans mon opinion, Japan Echo Inc. devait dépendre non plus des “dépenses gouvernementales” mais bien des “dépenses publiques”.

Heureusement, la Nippon Fondation a accepté d’accorder son aide à long terme pour la création d’un journal en ligne. Japan Echo Fondation a donc été établie en vue de la publication de ce nouveau journal. En conclusion, Japan Echo Inc. n’a pas participé à l’appel d’offres concurrentiel de l’exercice 2011 pour Japan Echo Web.

Le Ministère des Affaires étrangères a cependant conclu cette année aussi, dans le cadre de ses activités de publicité, un contrat avec une autre entreprise qui publie donc Japan Echo Web. Nous n’avons aucunement l’intention de rivaliser avec ça. La mission de Japan Echo Web est de “présenter sur site Web une vue très vaste des mesures prises ainsi que des opinions de spécialistes dans les domaines de la diplomatie, de la politique, de l’économie, de la société, de la culture et des sciences et technologies au Japon”. Japan Echo Web sélectionne donc, dans des revues mensuelles comme “Chûo Kôron” ou “Voice”, les essais, les commentaires, les critiques, les entretiens et les interviews qui l’intéressent et les fait traduire en anglais et en chinois pour les présenter.

Nous ne pouvons, ni ne voulons, utiliser cette façon de faire pour notre nouveau journal en ligne. Notre objectif est de publier en ligne, en plusieurs langues dont le japonais, un nouveau mensuel de qualité égale à celle de “Chûo Kôron” et de présenter de façon équilibrée les tendances dans le monde et en Asie, ainsi que la diplomatie, la politique, l’économie, la société et la culture du Japon, les débats d’actualité dans le pays, en accordant une attention particulière aux thèmes intéressant les jeunes générations. C’est pour cela que ce journal, bien que publié par Japan Echo Fondation, a été intitulé Nippon.com.

Le comité de rédaction a été formé en tenant dûment compte de cet objectif. Monsieur Yachi Shôtarô, ancien vice-ministre des Affaires étrangères, a été nommé directeur de la rédaction, avec Messieurs Miya Kazuho et Mamiya Jun, tous deux anciennement rédacteurs en chef de “Chûo Kôron”, respectivement rédacteur en chef suppléant et membre du comité de rédaction. En outre, en anticipant un prochain changement de génération dans un avenir proche, nous avons demandé à Messieurs Takenaka Harukata (Institut National des Sciences Politiques), Kawashima Shin (Université de Tokyo), Hosoya Yûichi (Université de Keiô) et Taniguchi Tomohiko (Université de Keiô) de devenir membres du comité de rédaction.

Dans sa forme, Nippon.com est un mensuel. Mais nous pourrons y publier, selon les circonstances, des essais, des entretiens et d’autres textes perspicaces et intéressants sur la politique, la diplomatie ou l’économie au Japon, en tirant ainsi pleinement parti de la souplesse d’emploi d’un journal virtuel. Et nous souhaitons également présenter des essais et des interviews se concentrant sur les aspects les plus variés dans le domaine de l’histoire récente du Japon et de l’Asie, les tendances des recherches sur la politique et la diplomatie japonaise, la gastronomie, la mode, les jeux vidéos, les mangas, les dessins animés, le cinéma, les sports, les sciences et les technologies. Nous espérons sincèrement recevoir le soutien de nos lecteurs.

*****

Cela a fait deux ans en septembre que le changement de majorité politique a eu lieu au Japon. Durant ces deux années, sont intervenus deux Premiers ministres, Hatoyama Yukio et Kan Naoto, et un nouveau Premier ministre, Noda Yoshihiko, vient juste d’être élu. Mais il faut tout de même dire que, pendant ces deux ans, la direction du pays par le gouvernement du Parti Démocrate a été désastreuse. Pour la relocalisation de la base militaire américaine de Futenma, Hatoyama a détruit l’accord auquel on était parvenu après des années de négociations minutieuses comme un enfant s’amuse à faire tomber un édifice de cubes. Kan, lui, avant même que l’on en soit arrivé à l’étape de la révision du programme de base concernant l’énergie, déclare “la sortie du nucléaire” comme son “idée personnelle” et se met à changer peu à peu la politique adoptée jusqu’alors dans ce domaine.

Et en résultat, que s’est-il produit ? Dans le Kansai, par exemple, on connaît une pénurie d’électricité encore plus importante que dans le Tôhoku ou le Kantô. A confirmer ici par mesure de prudence, le manque d’électricité dans le Kansai n’a rien à voir avec le séisme de mars. Des 11 centrales nucléaires de Kansai Electric Power Co (KEPCO), 6 sont à l’arrêt pour inspection périodique. Au même moment, celle d’Ôi a dû également être arrêtée en raison de problèmes. Il n’y aurait rien à redire si les centrales qui sont à l’arrêt pour inspection périodique reprenaient leurs activités une fois l’inspection terminée. La loi précise que c’est le gouvernement qui doit en prendre la décision. Mais Kan a posé son veto à la remise en marche de la centrale de Genkai de Kyûshû Electric Power Co et, en résultat, à part la centrale de Tomari à Hokkaidô, toutes les centrales nucléaires sont à l’arrêt et ne sont pas autorisées à reprendre leurs activités après l’inspection. Et voilà ce que cela signifie.

Le Premier ministre, au nom d’une “idée personnelle”, laisse en suspens la direction politique. Ceci conduit à une pénurie d’électricité et on demande à la population de faire des économies d’énergie. Ce qui revient en fait à faire payer au peuple, pour le bien du pays, la note laissée impayée par le Premier ministre en matière de direction politique. Mais, même ainsi, les Japonais ont, en écrasante majorité, économisé l’énergie pour le bien du pays et certaines personnes âgées en sont même mortes de maladies liées à la chaleur pour n’avoir pas utilisé leur climatiseur lorsque les températures étaient au maximum. Après le grand séisme de cette année, les médias du monde entier ont parlé de la force de notre société et du courage de nos citoyens. Mais à en juger par l’attitude récente du gouvernement, on en vient à penser que c’est cette force de la société, ce courage des citoyens qui permet à la politique d’être à ce point négligée.

L’absence de leadership politique a été dénoncée et se poursuit depuis un certain temps déjà au Japon. Il n’y a aucun doute là dessus. Mais pendant ces deux ans, ce qui est apparu clairement, c’est que des gens qui ne connaissent rien à l’art de la politique ont confondu opinion individuelle et direction politique et sont en train de détruire le système de décision politique lui même, sous l’effet d’une idée qui vient soudain à l’esprit. Aucune vision à long terme ne peut être établie ainsi. Le taux de change du dollar par rapport au yen est passé dans la tranche de 1 dollar pour 75 yens, un record historique pour la cherté de notre monnaie. Et aucune vision à long terme ne peut non plus être établie pour ce qui est de l’approvisionnement énergétique.

D’après l’enquête sur les tendances des investissements en équipements menée pour l’année 2011 par le journal Nihon Keizai Shimbun, le plan initial pour l’ensemble des industries montrait une augmentation de 16,3 % par rapport à l’année 2010, et une augmentation de 35,7 % dans les investissements à l’étranger (Nihon Keizai Shimbun du 8 août 2011). Les entreprises ont des comportements extrêmement rationnels. La société doit, quel que soit le degré de déficience politique, continuer à faire preuve de courage. Mais les entreprises, elles, doivent prévoir l’avenir et s’en vont à l’étranger. Et c’est encore une fois le peuple qui devra payer la note. 

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  • [03.10.2011]

Obtient son doctorat en histoire à l’Université Cornell aux Etats-Unis. Actuellement président du Collège doctoral de recherche politique (GRIPS), président de l’Institut des Economies en Développement, Organisation Japonaise du Commerce Extérieur et membre exécutif du Conseil pour les Politiques des Sciences et des Technologies, Bureau du Cabinet du Premier ministre. Ses travaux incluent Teikoku to sono genkai (L’Empire et ses limites) et Beyond Japan : The Dynamics of East Asian Regionalism (coédition). Conseiller senior du comité consultatif de rédaction de Nippon.com.

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