Pour des sanctions fermes contre les dissidents du PDJ

Shiraishi Takashi [Profil]

[31.07.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Divisions au sein du PDJ sur la majoration de la TVA

Le 26 juin, les huit projets de loi relatifs à la hausse de la taxe à la consommation — portée à 8% en avril 2014 puis 10% en octobre 2015 – ont enfin été adoptés par la Chambre basse en séance plénière. Parmi les députés du PDJ (Parti démocrate), 57 ont voté contre, notamment Ozawa Ichirô (ancien président de la formation) et Hatoyama Yukio (ancien premier ministre), et 16 se sont abstenus ou étaient absents.

Le 2 juillet, Ozawa Ichirô a démissionné du PDJ en compagnie de 38 députés et 12 sénateurs opposés à la hausse de la taxe à la consommation. Une réunion des cadres du parti, à laquelle participait le chef du gouvernement Noda Yoshihiko, a entériné le départ de M. Ozawa et de ses acolytes, qui devraient être exclus de la formation.

On a beaucoup souligné le fait que la défection de M. Ozawa et de ses sympathisants a fortement ébranlé le gouvernement de M. Noda. Et c’est sans doute le cas. Mais, vu la situation des finances publiques du Japon, repousser la majoration de la TVA au nom de la réconciliation interne n’était pas une option envisageable. Qu’il s’agisse de l’engagement des négociations sur le Partenariat Trans-Pacifique (TPP), de l’augmentation de la taxe à la consommation ou du redémarrage des centrales nucléaires, les divisions internes qui déchirent constamment le PDJ entravent la prise de décisions stratégiques et la gestion des affaires publiques par le gouvernement et la majorité.

Un désaccord sur la stratégie fondamentale anime ces deux clans, l’un prônant une plus grande efficacité, l’autre la redistribution (le saupoudrage). Si le départ de M. Ozawa et d’une cinquantaine de parlementaires signifie un affaiblissement de la faction du PDJ favorable à la redistribution et facilite la prise de décision, réjouissons-nous-en. Espérons que le gouvernement et la majorité mettent cette occasion à profit pour débattre avec le PLD (Parti libéral démocrate) et le Parti Kômeitô des négociations d’adhésion au TPP, du rééquilibrage électoral à la Chambre basse, du collectif budgétaire, de l’allocation des enveloppes budgétaires pour la loi de finances de l’année prochaine et des réformes structurelles dans le domaine de la sécurité sociale.

Un autre point important est le sort réservé aux 17 dissidents, dont l’ancien premier ministre Hatoyama Yukio et l’ancien ministre de l’agriculture Yamada Masahiko, qui, tout en marquant leur opposition au projet de loi de majoration de la TVA, n’ont pas quitté le PDJ. D’après le Yomiuri Shimbun daté du 3 juillet, le PDJ envisagerait d’exclure les parlementaires ayant démissionné, de suspendre ceux qui ont voté contre le projet de loi sans pour autant quitter la formation, et d’adopter des sanctions moindres envers les abstentionnistes et ceux qui n’ont pas siégé lors du vote. Cependant, comme le premier ministre Noda Yoshihiko a affirmé à plusieurs reprises « engager son avenir politique » avec ce texte sur la hausse de la taxe à la consommation, voter contre ou s’abstenir équivaut à une motion de censure. Si le PDJ se limite à des sanctions limitées contre les dissidents de crainte de les voir quitter la formation, l’avenir de celle-ci ne manquera pas d’être remis en question.

Scandale chez Nomura Securities et confiance des investisseurs

Le rapport d’enquête sur trois cas de délit d’initié signalés au sein de Nomura Securities, filiale du groupe Nomura Holdings, a été rendu public le 29 juin. Le compte rendu de la commission d’enquête composée d’avocats externes a déterminé que les fuites relèvent du service commercial institutionnel, qui a obtenu ses informations du service banque d’investissement, entre autres. Le document souligne que le service commercial institutionnel « usait de tous les moyens pour réaliser ses objectifs chiffrés » et l’un des enquêteurs signale que « le service entier était impliqué ». Par ailleurs, le directeur général du groupe, Watanabe Ken’ichi, a reconnu des manquements dans la gestion de l’information qui ont conduit à “des dysfonctionnements” dans l’étanchéité des flux d’informations entre le service banque d’investissement et le service commercial institutionnel.

Afin d’éviter de nouveaux problèmes similaires, Nomura Securities a annoncé la création d’un service de gestion du capital-investissement qui chapeautera les services commerciaux à destination des investisseurs institutionnels, l’utilisation obligatoire de téléphones portables équipés d’une fonction d’enregistrement des conversations et le renforcement de la formation du personnel. En outre, Nomura Holdings a décidé de sanctions internes, notamment la réduction de moitié du salaire de son directeur général pour six mois et une suspension de cinq jours des activités de son service commercial institutionnel.

Les difficultés durables de la place boursière de Tokyo ne sont un secret pour personne. Cette affaire en est sans doute l’une des causes. Certaines maisons de titres ont même lancé une pétition réclamant la prolongation du dispositif d’abattement fiscal de 10% sur les titres boursiers. Cependant, l’affaire Nomura Securities est loin d’être un cas isolé : de telles pratiques ont déjà été constatées à plusieurs reprises, y compris au sein d’autres maisons de titres. Sans la confiance des investisseurs, Japonais comme étrangers, les marchés boursiers ne peuvent prospérer. Si les maisons de titres, à commencer par Nomura Securities, trahissent cette confiance pour des objectifs chiffrés à court terme, on ne peut qu’en conclure qu’elles connaissent de graves problèmes de gouvernance. Et si elles imaginent pouvoir se refaire une virginité avec une simple réduction de 50% du salaire du directeur général et une suspension d’activité durant cinq jours, la situation est extrêmement grave.

Le redémarrage de la centrale nucléaire d’Ôi

Le 1er juillet, la Compagnie d’électricité du Kansai a remis en service le réacteur numéro 3 de la centrale nucléaire d’Ôi (préfecture de Fukui, 1175 MW). C’est la première fois depuis l’accident nucléaire de la centrale Fukushima-Daiichi opérée par Tepco, en mars 2011, qu’une centrale nucléaire arrêtée pour maintenance est remise en service. D’après la Compagnie d’électricité du Kansai, le redémarrage de la centrale d’Ôi permet d’abaisser de 15 à 10% les objectifs d’économie d’électricité durant l’été, ce qui est appréciable.

Malgré tout, pour ce qui est du processus ayant mené au redémarrage de cette centrale, il ne faut pas oublier à quel point certains, comme le gouverneur de Kyoto Yamada Keiji, ses homologues Kada Yukiko à Shiga et Matsui Ichirô à Osaka, ainsi que le maire d’Osaka Hashimoto Tôru, s’y sont opposé pour des questions de sécurité. Cet été, en fonction des températures, il pourrait y avoir des coupures d’électricité programmées. Cette probabilité a néanmoins fortement baissé dans la région du Kansai, du fait de la remise en service de la centrale d’Ôi. Les coupures d’électricité programmées ont un impact important sur la gestion des entreprises et sur notre vie quotidienne. C’est une expérience à éviter de préférence, et dont l’éventualité a décru.

En cas de coupure d’électricité, il est bien entendu impossible d’utiliser l’air conditionné. Le nombre de victimes de coup de chaleur augmenterait donc inévitablement. Les particuliers, dans l’impossibilité d’utiliser leur réfrigérateur, rencontreraient des difficultés pour conserver les aliments frais. Les cas d’empoisonnement alimentaire se multiplieraient. Le secteur de la restauration aussi, privé de réfrigérateurs et de congélateurs, ne pourrait plus préparer de plats à l’avance. Certains restaurants seraient sans doute réduits à la faillite. Dans quelle mesure messieurs Yamada, Matsui et Hashimoto, madame Kada et les autres responsables locaux ont-ils pris en compte ces risques hautement concrets ? Si leur opposition au redémarrage de la centrale d’Ôi était fondée sur l’inquiétude diffuse ressentie par la population concernant la sécurité des centrales nucléaires, ils pourraient difficilement se défendre d’avoir surfé sur la vague antinucléaire actuelle. (3 juillet 2012)

  • [31.07.2012]

Obtient son doctorat en histoire à l’Université Cornell aux Etats-Unis. Actuellement président du Collège doctoral de recherche politique (GRIPS), président de l’Institut des Economies en Développement, Organisation Japonaise du Commerce Extérieur et membre exécutif du Conseil pour les Politiques des Sciences et des Technologies, Bureau du Cabinet du Premier ministre. Ses travaux incluent Teikoku to sono genkai (L’Empire et ses limites) et Beyond Japan : The Dynamics of East Asian Regionalism (coédition). Conseiller senior du comité consultatif de rédaction de Nippon.com.

Articles liés
Autres chroniques

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone