Relations Japon-Corée du Sud : faire preuve de patience

Shiraishi Takashi [Profil]

[03.10.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

Anéantissement de la déclaration conjointe sur le partenariat nippo-coréen

La « Déclaration conjointe Japon-Corée du Sud vers un nouveau partenariat en vue du XXIe siècle », qui a été conclue en octobre 1998 entre le Premier ministre japonais de l’époque, Obuchi Keizo, et Kim Dae-jung, Président de la Corée du Sud, aura 14 ans cet octobre. Cette déclaration est la suivante.

« Les deux leaders ont récapitulé les relations passées entre les deux pays et ont non seulement réaffirmé les relations de coopération amicale qui les unissent actuellement mais ont également eu un échange de vues sur la façon dont ces relations devront se développer à l’avenir. »

« En résultat de cette réunion, les deux leaders ont déclaré avoir décidé conjointement de développer dans une dimension encore plus élargie les relations de coopération établies entre les deux nations depuis la normalisation de leurs relations diplomatiques en 1965 et de construire un nouveau partenariat Japon-Corée du Sud en vue du XXIe siècle. »

« Les deux leaders sont parvenus à un accord sur l’importance pour les deux pays, afin de construire des relations durables de bon voisinage, d’amitié et de coopération au XXIe siècle, de regarder en face le passé et de développer des relations basées sur une compréhension et une confiance mutuelles. »

« Le Premier ministre Obuchi a fait une rétrospective des relations entre les deux pays durant ce siècle, a considéré avec humilité les faits historiques selon lesquels le Japon a fait subir au peuple coréen des dommages et des souffrances considérables durant la période de colonisation. Il a exprimé son vif regret et présenté des excuses sincères à ce sujet. »

« Le Président Kin Dae-jung a accepté avec sincérité la reconnaissance des faits historiques exprimée par le Premier ministre Obuchi. Il l’a non seulement approuvée mais il a également conclu que l’époque voulait que les deux pays s’engagent désormais dans des efforts mutuels en vue du développement de relations tournées vers l’avenir, transcendant les faits malheureux de leur histoire commune et basées sur la réconciliation et une coopération amicale de bon voisinage. »

Cette déclaration conjointe aurait dû servir de base aux relations entre le Japon et la Corée au XXIe siècle. Mais, à en juger par les actes et les paroles récentes du Président Lee Myung-bak, la Corée du Sud a d’ores et déjà totalement abandonné cette déclaration, son esprit comme sa volonté politique de développer des relations tournées vers l’avenir. Pour le Japon, la Corée du Sud est une nation extrêmement importante aussi bien sur le plan géopolitique que sur le plan économique. Mais il faut considérer avec la plus grande attention le fait que la déclaration conjointe a été complètement anéantie dans la réalité en l’espace de deux présidences uniquement après celle de Kim Dae-jung. Les relations entre le Japon et la Corée sont importantes. C’est bien pour cela qu’il n’est pas nécessaire de se dépêcher de tenter de les réparer dans l’immédiat, même s’il y a un changement de présidence après les élections de décembre en Corée du Sud. Si une tentative est faite dans ce sens, elle sera encore une fois tout de suite annulée. Il est préférable que les hommes politiques et les peuples du Japon et de la Corée réféchissent mûrement au niveau d’importance des relations entre leurs pays et, pour cela, il n’y a rien d’autre à faire que d’être patient pendant un certain temps, même si les relations sont refroidies.

M. Noda, préparez-vous aux élections en décidant de participer aux négociations du TPP

Une réunion des ministres de l‘Économie de l’ASEAN ainsi que des réunions connexes se sont tenues du 25 août au 1er septembre à Siem Reap au Cambodge, qui assure la présidence de l’Association cette année. Un accord a été obtenu sur les Directives de base des négociations concernant le RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership), lors de la réunion des réunion des ministres de l‘Économie de l’ASEAN+6 qui a eu lieu le 30 août, indiquant clairement les objectifs et les principes de ces négociations.

Sur cette base, les négociations sur le RCEP débuteront en novembre prochain, lors du Sommet des 16 pays de l’ASEAN+6, en vue d’un accord d’ici la fin 2015. D’après ces Directives de base, les négociations dans le cadre du RCEP porteront non seulement sur le commerce des produits et des services et sur les investissements mais également sur la propriété intellectuelle et la concurrence, en vue d’un accord global, d’une qualité encore supérieure à celle de l’accord de libre-échange FTA existant avec l’ASEAN. La coopération économique ayant pour cadre l’ASEAN+6 présente de nombreux avantages, dont la réduction des frais de douane, pour les entreprises japonaises qui ont établi leur réseau de production en Asie de l’Est. Dans cette optique, les négociations du RCEP qui commenceront cette année sont les bienvenues.

Mais il ne faut pas qu’elles deviennent prétexte à reculer la décision de participer aux négociations du TPP. Le Premier ministre Noda Yoshihiko n’a pas annoncé clairement la participation du Japon aux négociations du TPP lors de la réunion au sommet de l’APEC à Vladivostok le 8 septembre. Dans la région Asie-Pacifique qui est le centre de la croissance économique mondiale au XXIe siècle, c’est le modèle de commerce libre et équitable du TPP qui permettra de maintenir et de développer l’ordre du libre-échange.

Lors des négociations, il sera normal de réfléchir à ce qu’il faut supprimer, ce qu’il faut garder et ce qu’il faut obtenir. Mais il ne peut y avoir de décision stratégique selon laquelle le Japon ne participe pas aux règles commerciales de la Région Asie-Pacifique au XXIe siècle. Et de plus, la participation du Japon aux négociations du TPP relève de la seule décision du Premier ministre. Il n’y a aucune raison de penser que le temps est necessaire pour que les opposants viennent se rallier. Le Premier ministre Noda a établi l’augmentation de la taxe sur la consommation. Un résultat considérable. Il doit maintenant décider de la participation aux négociations du TPP. Et ensuite, passer aux élections. C’est ainsi que le Premier ministre pourra faire appel aux électeurs sur le thème « d’une politique qui décide ».

Irresponsabilité des suppositions du gouvernement sur le séisme de la fosse de Nankaï

Le Cabinet du Premier ministre a annoncé le 29 août des suppositions portant sur un nombre maximum de 320 000 morts en cas de grand tremblement de terre ayant pour épicentre la fosse de Nankaï dans l’Océan Pacifique. Jusqu’à présent, le gouvernement avait supposé, sur la base des résultats de l’étude du séisme de Hôei en 1707, qu’un tremblement de terre de magnitude 8,8 se produirait en cas de mouvement enclenché dans les 3 zones du Tokaï, du Tonankaï et de Nankaï. Mais il n’a fait aucune supposition sur un grand tremblement ne se produisant qu’une seule fois sur plusieurs centaines, voire un millier d’années, comme celui qui s’est produit l’an dernier dans l’Est du Japon. Le gouvernement a par conséquent évalué les dégâts et fait des prévisions à long terme dans le cas d’un tremblement de terre pouvant se produire scientifiquement, même s’il s’agit d’un séisme ayant une fréquence d’apparition extrêmement longue et même s’il n’y a aucune preuve qu’un tel séisme se soit produit par le passé. Et c’est ainsi que l’envergure et les dommages du « séisme de la fosse de Nankaï » (plusieurs tremblements de terre qui se produisent simultanément dans les 3 zones du Tokaï, du Tonankaï et de Nankaï) ont été estimés. En d’autres termes, pour reprendre les paroles du Secrétaire d’Etat américain à la Défense de l’administration Bush, Donald Rumsfeld, les suppositions faites ici par le gouvernement ne sont pas destinées à connaître aujourd’hui ce que l’on ne connaisait pas jusqu’à présent, mais considèrent comme entrant dans le champ du prévisible des phénomènes envisagés comme possibles scientifiquement mais auxquels on n’avait pas réfléchi jusqu’à présent dans l’élaboration d’une politique en les considérant en dehors du champ du prévisible.

La distribution de la loi de puissance

Toutefois, il faut bien faire attention ici aux probabilités d’apparition. Les probabilités d’apparition du tremblement de terre de Tonankaï et du tremblement de terre de Nankaï durant les 30 prochaines années sont respectivement d 70% et 60% environ. En comparaison, la probabilité d’apparition du « séisme de la fosse de Nankaï » semble bien faible. D’un point de vue statistique, la probabilité d’apparition d’un tremblement de terre découle de la distribution de la loi de puissance. Dans cette distribution, plus l’envergure du tremblement de terre (axe horizontal du schéma) est importante et plus sa probabilité d’apparition (axe vertical) se rapproche du zéro à l’infini. Lors de l’élaboration de la politique, les coûts des mesures envisagées varient considérablement en fonction de l’emplacement supposé pour l’extrémité de cet axe horizontal. Sans évoquer cette réalité et en se contentant d’annoncer que des suppositions ont été faites aujourd’hui, dans cette période précise, uniquement sur le tremblement de terre et les dégâts qu’il est censé provoquer, le gouvernement ne fait-il pas preuve d’irresponsabilité ?

(D’après l’original éctit en japonais le 10 septembre 2012.)

  • [03.10.2012]

Obtient son doctorat en histoire à l’Université Cornell aux Etats-Unis. Actuellement président du Collège doctoral de recherche politique (GRIPS), président de l’Institut des Economies en Développement, Organisation Japonaise du Commerce Extérieur et membre exécutif du Conseil pour les Politiques des Sciences et des Technologies, Bureau du Cabinet du Premier ministre. Ses travaux incluent Teikoku to sono genkai (L’Empire et ses limites) et Beyond Japan : The Dynamics of East Asian Regionalism (coédition). Conseiller senior du comité consultatif de rédaction de Nippon.com.

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