Science et technologie : le projet de réforme d’Abe Shinzô

Shiraishi Takashi [Profil]

[25.04.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

Renforcer le rôle du Conseil pour la politique scientifique et technologique

Le 1er mars 2013, le Conseil pour la politique scientifique et technologique (CPST) s’est réuni pour la première fois depuis le retour au pouvoir d’Abe Shinzô, le 26 décembre 2012. Cet organe du cabinet du gouvernement japonais, créé en 2001 et présidé par le premier ministre, est chargé de définir les grandes lignes de la politique du Japon en matière de science, de technologie et d’innovation. Il se réunit en principe tous les mois pendant une heure, en présence du premier ministre. Toutefois durant la période où le Parti démocrate japonais (PDJ)  a exercé le pouvoir — en particulier entre juin 2010 et décembre 2012, du temps des premiers ministres Kan Naoto et Noda Yoshihiko —, les réunions ont été espacées de plusieurs mois et elles n’ont pas duré plus d’une vingtaine de minutes. Le temps que le premier ministre consacre au CPST est tout à fait révélateur de l’importance qu’il accorde à la politique de son gouvernement en termes de science, de technologie et d’innovation. Le Premier ministre Abe Shinzô s’est d’ailleurs exprimé clairement sur ce point au cours de la réunion du CPST du 1er mars 2013. « Le Parti démocrate japonais n’a pas accordé suffisamment d’importance au Conseil pour la politique scientifique et technologique. Je crois que pour encourager l’innovation technologique et faire des progrès dans ce domaine, il faut commencer par lui donner une grande importance au niveau politique. »

Au cours de la réunion du 1er mars, il a été décidé que le rôle du CPST serait renforcé et qu’une nouvelle stratégie pour la science et la technologie serait élaborée en vue d’encourager la croissance économique. Le Premier ministre a insisté pour que l’on envisage des mesures destinées à renforcer le rôle du Conseil pour la politique scientifique et technologique en tant qu’organe de contrôle et de coordination capable de servir moteur à la croissance, notamment en lui donnant davantage de pouvoir et de moyens financiers.

Peu auparavant — le 18 février —, Yamamoto Ichita, ministre d’État chargé de la politique scientifique et technologique, avait déjà présenté un projet de réforme du CPST lors d’une réunion du Conseil pour la compétitivité industrielle, un organe, lui aussi présidé par le premier ministre, qui dépend du Bureau central pour la relance économique du Japon du cabinet du gouvernement. Jusqu’à présent l’allocation des subventions pour la science et la technologie relevait de plusieurs ministères. Une des grandes avancées de la réforme proposée par Yamamoto Ichita, c’est de confier entièrement au CPST la gestion des subventions concernant la science et la technologie. Ce faisant, l’autorité et le rôle du CPST en tant que tour de contrôle seraient renforcés. Par ailleurs, le Conseil de recherches en matière de politique du Parti libéral démocrate (PLD) a confié à une commission du parti — la Commission de recherches pour l’encouragement de la recherche et la promotion d’une nation innovante en termes de science et de technologie — la tâche de mettre au point un plan de réforme du CPST d’ici la fin du mois de mars. Et en juin, Yamamoto Ichita devrait à son tour présenter un plan au Conseil pour la compétitivité industrielle, après avoir pris connaissance de la proposition du PLD.

Approche ascendante versus approche descendante

Pour réorganiser le Conseil pour la politique scientifique et économique, il faut répondre à un certain nombre de questions. Comment doit-on procéder pour renforcer le rôle du CPST en tant qu’organe de coordination de la politique du gouvernement en termes de science, de technologie et d’innovation ? Quel rôle exact le CPST doit-il jouer dans la répartition des subventions pour la science et la technologie ? Le montant du budget alloué au CPST doit-il être de 2, de 50 ou de 150 milliards de yens ?

Mais le premier problème qu’il importe de régler avant toute chose, c’est celui de l’approche que le Japon doit adopter dans sa politique en matière d’innovation, de science et de technologie. Cette approche doit-elle être de type ascendant (du bas vers le haut), comme elle l’a été jusqu’à présent, ou descendant (du haut vers le bas) ? On ne peut pas dire que l’une est meilleure que l’autre, chacune ayant ses avantages et ses inconvénients. L’approche ascendante comporte en général moins de risques mais elle tend à être déficiente en termes de vision stratégique globale, contrairement à l’approche descendante qui implique à la fois davantage de risques et une meilleure cohérence stratégique. En théorie, on pourrait concevoir un système parfaitement équilibré en termes de risques et de stratégie, mais dans la pratique c’est quelque chose d’extrêmement difficile à réaliser. Il faut donc choisir l’une ou l’autre de ces deux approches et s’efforcer de compenser ses faiblesses propres, à savoir les risques pour l’option descendante, et le manque de cohérence stratégique pour l’option ascendante. Par ailleurs, on doit tenir compte d’un facteur important, à savoir la dispersion extrême qui caractérise l’élaboration des politiques et l’affectation des allocations au sein du gouvernement japonais.

Un plan ambitieux pour réformer le CPST

L’élaboration de toute politique du gouvernement japonais, les demandes de subventions pour la financer et l’attribution de ces subventions relèvent toutes d’un ministère et d’une agence bien précis. Chaque ministère est divisé en un certain nombre de départements et de sections dont chacun élabore les politiques qui sont de son ressort. Les chefs de département et de section et les fonctionnaires du ministère qui sont sous leurs ordres connaissent parfaitement les questions politiques qui relèvent de leur domaine ainsi que leurs homologues du secteur privé avec lesquels ils doivent collaborer. C’est ainsi que le personnel du secteur chargé du développement des énergies renouvelables a une idée très précise des ressources humaines qui existent en ce domaine dans les universités, des instituts de recherches publics et privés, des sujets sur lesquels les chercheurs travaillent et des problèmes auxquels ceux-ci sont confrontés. Le gouvernement est donc relativement bien armé pour élaborer des politiques spécifiques et le risque qu’il commette des erreurs à ce niveau est peu élevé. Mais cette approche devient plus délicate à appliquer quand il s’agit de formuler des initiatives stratégiques dans le cadre d’objectifs de grande envergure.

Comment faut-il procéder ? Jusqu’à présent je considérais que, en l’absence d’une volonté politique manifeste, on pouvait difficilement confier un budget substantiel au Conseil pour la politique scientifique et technologique et mettre celui-ci en position d’exercer son autorité sur le processus d’élaboration des politiques dans les départements et les secteurs des ministères concernés. Mais maintenant que le Premier ministre Abe Shinzô entend procéder à un tel changement, je crois que les choses devraient bien se passer.

Le Quatrième plan fondamental pour la science et la technologie — un plan quinquennal couvrant les années fiscales 2011 à 2015 — envisage déjà l’application d’un nouveau système. Celui-ci devrait permettre la mise en œuvre d’une politique de grande envergure sous la direction du Conseil pour la politique scientifique et technologique, en regroupant les mesures spécifiques élaborées par les départements et les sections des différents ministères concernés à l’intérieur de vastes programmes tels que « innovation et vie » (sciences de la vie et médecine) et « innovation verte » (environnement et énergie). L’objectif c’est d’adopter une approche non pas descendante, au sens strict du terme, mais reposant sur une direction commune exercée par des responsables clés. Toutefois, la réforme qu’Abe Shinzô cherche à mettre en œuvre est beaucoup plus ambitieuse, dans la mesure où elle a pour objectif de renforcer le rôle de tour de contrôle du CPST.

Pour que cette réforme porte ses fruits, il faut que deux conditions soient réunies. La première, c’est la nomination de conseillers du premier ministre en matière de science et de technologie qui seraient chargés d’informer le chef du gouvernement de façon à lui permettre de prendre les décisions appropriées en ce qui concerne les grandes orientations de la politique du gouvernement dans ce domaine. La seconde, c’est le renforcement du bureau du CPST. A l’heure actuelle, celui-ci se compose en effet d’à peine cent trente personnes, c’est-à-dire moins que son équivalent en Corée du Sud, un pays dont la population est inférieure à la moitié de celle du Japon. Il faut étoffer largement le personnel du bureau du Conseil pour la politique scientifique et technologique tout en renforçant les liens du CPST avec les autres organes du gouvernement qui sont chargés de soutenir le développement et la recherche, en particulier l’Agence japonaise pour la science et la technologie, la Société japonaise pour la promotion de la science, et l’Organisation pour les énergies nouvelles et le développement technologique et industriel. Une fois que ces deux mesures auront été prises, il sera possible de mettre en place un système fondé sur une approche descendante de la politique scientifique et technologique du Japon.

Donner la priorité à l’agriculture par rapport aux coopératives agricoles

Je voudrais ajouter quelques mots à propos du Partenariat trans-pacifique (TPP), un traité multilatéral de libre-échange dont l’objectif est l’intégration des économies de la région Asie-Pacifique. Le 15 mars 2013, le Premier ministre Abe Shinzô a annoncé que le Japon participerait aux négociations en cours du TPP. Voilà une décision qui me semble tout à fait positive. J’ai déjà souligné à plusieurs reprises dans des éditoriaux précédents l’importance stratégique capitale que le TPP avait pour le Japon. Aujourd’hui, je voudrais seulement insister sur un point.

La politique économique du gouvernement de M. Abe repose pour l’essentiel sur trois piliers à savoir un assouplissement de la politique monétaire, une relance budgétaire dynamique et une stratégie de croissance et de réformes structurelles destinée à encourager les investissements du secteur privé. Le TPP constitue un grand pas en avant vers une réforme structurelle de l’économie de l’Archipel. Mais le Syndicat central des coopératives agricoles japonaises (JA-zenchû) reste fermement opposé à ce traité de libre-échange, alors même que l’agriculture japonaise est en perte de vitesse. Le gouvernement japonais devrait donc s’efforcer non pas de maintenir le statu quo, comme le réclament les coopératives agricoles, mais de prendre des mesures susceptibles de revitaliser l’agriculture japonaise.

(D’après l’original éctit en japonais le 20 mars 2013.)

 

  • [25.04.2013]

Obtient son doctorat en histoire à l’Université Cornell aux Etats-Unis. Actuellement président du Collège doctoral de recherche politique (GRIPS), président de l’Institut des Economies en Développement, Organisation Japonaise du Commerce Extérieur et membre exécutif du Conseil pour les Politiques des Sciences et des Technologies, Bureau du Cabinet du Premier ministre. Ses travaux incluent Teikoku to sono genkai (L’Empire et ses limites) et Beyond Japan : The Dynamics of East Asian Regionalism (coédition). Conseiller senior du comité consultatif de rédaction de Nippon.com.

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