Victoire écrasante du PDL aux élections de la Chambre des conseillers

Shiraishi Takashi [Profil]

[21.08.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

Fin du « parlement tordu » grâce à la victoire du parti au pouvoir

Les élections du 21 juillet pour la Chambre des Conseillers ont vu la victoire écrasante de la coalition Parti libéral démocrate et Nouveau Kômeitô, qui ont remporté à eux deux 76 des 121 sièges à pourvoir, 65 pour le PLD et 11 pour le Kômeitô. Les deux partis se sont ainsi assuré la majorité à la Chambre des Conseillers, avec un total de 135 sièges en comptant les 59 sièges qui n’étaient pas soumis aux élections cette fois-ci. (ndlr : Les membres de la Chambre des Conseiller sont élus pour six ans. Des élections pour la moitié des 242 sièges ont lieu tous les 3 ans.) Ceci marque non seulement la fin du « parlement tordu », situation dans laquelle des partis différents contrôlent la Chambre des Représentants et la Chambre des Conseillers, mais donne à la coalition une « majorité stable » de plus de 129 sièges, lui permettant de monopoliser la présidence de toutes les commissions permanentes.

En revanche, le Parti démocrate a essuyé une défaite accablante, puisqu’il s’est avéré incapable d’obtenir un seul siège dans les 19 circonscriptions à scrutin uninominal où il avait présenté des candidats. Il n’a pu conserver que 17 sièges sur les 44 à pourvoir, le chiffre le plus bas depuis sa création en 1998. En outre, les deux nouveaux partis d’opposition, Votre parti et le Parti de la restauration du Japon, n’ont pu s’assurer que 8 sièges respectivement. Le Parti communiste, quant à lui, a pu s’acquérir des sièges dans les trois districts électoraux de Tokyo, Kyoto et Osaka. C’était la première fois depuis 2001 que le PCJ retrouvait des sièges à la Chambre des Conseillers par district électoral. Le taux de participation aux élections n’a été que de 52,6% par rapport aux 57,9% de 2010, en raison peut être du fait que la victoire de la coalition au pouvoir avait été largement prévue.

Attentes du public pour une politique de décision et la reprise économique

Lors de la conférence de presse organisée au quartier général du PLD le 22 juillet, au lendemain des élections, le Premier ministre Abe Shinzô a déclaré, entre autres :

« Les indicateurs du PIB et de l’emploi ont évolué dans le bon sens et les résultats s’améliorent dans les faits. Je me suis senti hier fortement épaulé par la volonté publique nous enjoignant de continuer notre chemin vers l’avant, sans faiblir, pour une politique de décision. (…)»

« Si nous revenons à l’ancien PLD, en refusant le dialogue avec le public et en tournant le dos aux réformes, nous perdrons immédiatement la confiance que les gens ont mise dans notre parti. (…) »

« Notre tâche commence réellement aujourd’hui. Ce que le public souhaite le plus, c’est une reprise économique qui puisse être ressentie sans exception dans toutes les régions du pays. L’économie est la source de notre puissance nationale. Ni capacité diplomatique ni système de protection sociale stable ne sont possibles sans une économie forte. (…) »

« Lors de la session extraordinaire de la Diète cet automne, je voudrais que des réductions d’impôt audacieuses pour l’investissement en équipement des entreprises soient décidées et que des lois permettant de renforcer notre compétitivité industrielle soient adoptées. Il ne peut y avoir de croissance sans une mise en pratique. Nous mettrons en vigueur activement, les unes après les autres, les mesures prévues dans notre Stratégie de redynamisation du Japon. (…) »

« Les grandes réformes de la réglementation, les négociations du TPP et l’augmentation de la taxe sur la consommation sont des questions difficiles mais nous devons parvenir à des conclusions afin d’assurer notre avenir. » (extrait du journal Yomiuri Shimbun du 23 juillet)

Le Premier ministre a entièrement raison. D’après un sondage du Nikkei Shimbun mené les 22 et 23 juillet, 62% des personnes interrogées sont satisfaites de la disparition du parlement tordu et 61% ont répondu qu’il était préférable de se concentrer sur la mise en pratique des mesures pendant les trois prochaines années, sans organiser d’élections pour la Chambre basse entretemps. La politique économique de l’administration Abe (Abenomics) a été approuvée à 56% par rapport à 29% de désapprobations. En d’autres termes, pour résumer ce sondage, le public espère, en donnant à la coalition au pouvoir le contrôle sur le Sénat, que le gouvernement consacrera désormais ses efforts à remettre l’économie du Japon sur pied.

D’après le Nikkei Shimbun du 26 juillet, le gouvernement serait en train de considérer la mise en place d’un certain nombre de réformes spécifiques de la réglementation, dont l’assouplissement des règlements sur l’emploi (comme les clauses sur les heures supplémentaires, les renvois et les contrats pour l’emploi à durée limitée) dans des « zones spéciales de stratégie nationale », l’élargissement de l’accueil des infirmiers et autres professionnels des soins de santé de nationalité étrangère, la révision des prescriptions sur les lits d’hôpitaux, l’autorisation aux entreprises de posséder des terrains agricoles et la levée de l’obligation de prévoir des places de stationnement pour les immeubles commerciaux. J’espère que le Premier ministre Abe saura faire preuve de leadership pour mettre en œuvre des mesures de déréglementation encore plus poussées dans des domaines comme les soins de santé et l’agriculture dans ces zones stratégiques.

Début des discussions pour définir un Code d’action dans la Mer de Chine méridionale

Une série de rencontres de l’ASEAN+ se sont tenues à Brunei du 27 juin au 2 juillet. Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères ASEAN-Chine, un accord a été obtenu pour que des discusions officielles permettant d’élaborer un « Code d’action dans la Mer de Chine méridionale » juridiquement contraignant débutent en septembre sur le problème des conflits territoriaux entre la Chine, les Philippines et le Vietnam dans la Mer de Chine méridionale. Ce qui représente un grand pas en avant si l’on se souvient que, lors de la rencontre de l’ASEAN au Cambodge en juillet l’an dernier, les choses n’avaient fait que se compliquer, au point que les ministres assemblés avaient été dans l’impossibilité de présenter un communiqué commun.

Il est toutefois difficile de penser que ceci conduira vers une solution aux problèmes territoriaux dans la Mer de Chine méridionale. La Chine ne tient pas à « internationaliser » (discussions multilatérales) cette question et persiste à vouloir que les problèmes soient réglés bilatéralement par les parties intéressées. Sur le problème des droits territoriaux du Récif de Scarborough, sur lequel la Chine a établi de fait son contrôle l’an dernier, après un long face-à-face entre les garde-côtes chinois et philippins, Manille a fait appel à l’arbitrage d’un tribunal international mais la Chine refuse tout compromis. Récemment, les navires de surveillance chinois stationnent dans les eaux à proximité des Îles Spratleys qui sont sous le contrôle effectif des Philippines et réclament aux Philippines de cesser « les actes faisant obstacle à la souveraineté de la Chine. »

En outre, immédiatement après la réunion des ministres des Affaires étrangères ASEAN-Chine, le gouvernement chinois a approuvé le remaniement des organes et du personnel de son administration des Affaires océaniques, « en vue de défendre l’ordre maritime, de protéger les droits et intérêts maritimes de la Chine, et de renforcer ses capacités d’application des lois ». Et un nouveau Bureau national des affaires océaniques, destiné à faire respecter les lois par des navires armés dans la Mer de Chine orientale et la Mer de Chine méridionale, a vu officiellement le jour le 22 juillet.

Importants risques de conflit dans la Mer de Chine méridionale

Il est difficile de penser, dans ce contexte, que la Chine va se mettre rapidement au travail pour concrétiser l’accord sur l’élaboration d’un Code d’action dans la Mer de Chine méridionale conclu lors de la rencontre des ministres des Affaires étrangères ASEAN-Chine. Elle va probablement prendre du temps pour ces travaux et, dans le même temps, procéder à « l’application des lois » conformément à sa juridiction sur les eaux territoriales pour établir ainsi des antécendents de son contrôle effectif en Mer de Chine méridionale. Il y a eu récemment une importante augmentation du nombre de cas de navires de l’administration chinoise capturant les bateaux de pêche vietnamiens et philippins aux alentours des Îles Paracels et des Îles Spratleys, et interférant avec les activités des navires explorant les ressources sous-marines dans les parages. D’après le gouvernement philippin, les cas d’obstruction dans les eaux des Spratleys, qui n’étaient qu’au nombre de 7 entre 1995 et 2009, ont augmenté jusqu’à 24 de 2010 à 2012.

Avec la mise en activité totale du Bureau national des affaires océaniques, il est à craindre que les conflits avec le Vietnam et les Philippines augmentent et que la situation en Mer de Chine méridionale devienne encore plus tendue.

(D’après un original écrit en japonais le 29 juillet 2013.)

  • [21.08.2013]

Obtient son doctorat en histoire à l’Université Cornell aux Etats-Unis. Actuellement président du Collège doctoral de recherche politique (GRIPS), président de l’Institut des Economies en Développement, Organisation Japonaise du Commerce Extérieur et membre exécutif du Conseil pour les Politiques des Sciences et des Technologies, Bureau du Cabinet du Premier ministre. Ses travaux incluent Teikoku to sono genkai (L’Empire et ses limites) et Beyond Japan : The Dynamics of East Asian Regionalism (coédition). Conseiller senior du comité consultatif de rédaction de Nippon.com.

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