Relations sino-japonaises : l’exercice d’équilibriste continue en 2015

Kawashima Shin [Profil]

[29.05.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Des signes d’amélioration…et d’hésitation

Cette année, qui marque le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, s’annonce comme une période-test pour les relations entre la Chine et le Japon. D’ici la fin de l’été, les deux pays vont rencontrer un certain nombre d’épreuves sur le chemin qui mène à l’amélioration des liens bilatéraux.

Les questions liées à l’interprétation de l’histoire restent à l’évidence une pierre d’achoppement. Mais on a pu observer quelques signes positifs depuis le sommet bilatéral du mois de novembre dernier entre le Premier ministre Abe Shinzô et le président Xi Jinping. On peut notamment citer la multiplication des visites de touristes chinois au Japon, dont beaucoup se sont livrés à une débauche d’achats, l’augmentation des jeunes Japonais effectuant des études en Chine et la mise en place de nouveaux canaux de communication entre les partis au pouvoir au Japon et le Parti communiste chinois. Qui plus est, le ministre chinois des Affaires civiles est venu au Japon au mois de mars, une visite au niveau ministériel d’autant plus marquante que c’était la première depuis trois ans.

Deux autres événements méritent tout particulièrement d’être relevés. Pour commencer, après le sommet bilatéral, le Japon et la Chine ont repris, au bout d’une interruption de deux ans et demi, leurs pourparlers sur la mise en place d’un dispositif de communication maritime (visant à éviter les accrochages en mer entre les deux pays), pourparlers qui ont abouti à la conclusion d’un accord général en ce domaine. Ensuite, les ministres des Affaires étrangères de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud ont tenu à Séoul, le 21 mars, leur 7e réunion trilatérale. Bien qu’elle n’ait duré que 90 minutes, cette rencontre s’est soldée par la publication d’un communiqué de presse conjoint.

Les discussions entre les trois ministres ont essentiellement porté sur le développement de la coopération trilatérale dans des domaines qu’on pourrait qualifier de « minimaux », tels que la gestion des catastrophes, l’environnement et les programmes d’échange de jeunes, mais les interprétations de l’histoire ont aussi été abordées. Le communiqué de presse contenait une référence indirecte à cette question : « dans l’esprit de regarder l’histoire en face et d’avancer vers l’avenir ». On dit que c’est le ministre des Affaires étrangères chinois, et non son homologue du pays hôte, la Corée du Sud, qui a interpellé Kishida Fumio, le ministre des Affaires étrangères du Japon, sur ce sujet. Dans le texte du ministère intitulé Aperçu sur la réunion trilatérale, on peut lire ceci : « Lors de la réunion, il y eut des remarques sur la question de l’histoire, et le ministre Kishida a déclaré que la position du Japon reste celle qu’il a exprimée à diverses occasions, notamment lors de réunions bilatérales. »

La question de l’histoire occupe cette année une place importante dans les relations entre le Japon et la Chine. Les pourparlers sur le dispositif de communication maritime proposé en sont désormais au stade final, mais il semble que Pékin hésite à faire le dernier pas. Et en dépit de la réunion trilatérale des ministres des Affaires étrangères chinois, japonais et sud-coréen, on dit que l’idée d’un sommet trilatéral suscite peu d’enthousiasme du côté chinois.

Le lien entre la politique intérieure de la Chine et son attitude envers le Japon

Toute considération sur la question de l’histoire mise à part, l’évolution de la situation intérieure dans les deux pays – plus particulièrement en Chine – joue un rôle déterminant dans les relations bilatérales. Le litige territorial entre la Chine et le Japon, la question de l’histoire et les relations économiques entre les deux pays sont indissociables de la politique intérieure de la Chine. Pour le camp conservateur de ce pays, il s’agit de sujets particulièrement sensibles, et il est difficile pour Pékin de prendre des initiatives audacieuses en direction de Tokyo alors qu’il se heurte à des problèmes sur le front intérieur.

L’année dernière, un certain nombre de personnages politiques de haut rang ont été arrêtés sous l’inculpation de corruption, dont Zhou Yongkang, un ancien membre du Comité permanent du Bureau politique du PCC. Fin avril, l’un de ses proches collaborateurs, Li Chuncheng (ancien secrétaire adjoint du Parti communiste du Sichuan), a été exclu du parti et de la fonction publique. À la mi-mai, Liu Han, ancien président du groupe Hanlong, a été condamné à mort. Et le 29 juillet, on a appris que Zhou Yongkang faisait l’objet d’une enquête pour « violations sérieuses de la discipline du parti » diligentée par le Comité central du PCC pour l’inspection de la discipline. Dans le même temps, diverses initiatives allant dans le sens d’un dégel des relations sino-japonaises ont pu être observées. En juin, l’ancien Premier ministre Fukuda Yasuo s’est rendu à Pékin, où il a rencontré le conseiller d’État Yang Jiechi et le ministre des Affaires étrangères Wang Xi. De retour au Japon, M. Fukuda a fait un compte-rendu de sa visite au Premier ministre Abe, après quoi il est retourné à Pékin pour y rencontrer le président Xi le 28 juillet.

Ces événements m’incitent à penser que nous devons, cette année aussi, rester attentifs à l’évolution de la situation intérieure de la Chine, dans le cadre de notre réflexion sur la ligne de conduite à adopter en ce qui concerne la relation bilatérale. Au nombre des affaires de corruption actuellement sous la lumière des projecteurs figure celle où se trouve impliqué Guo Boxiong, ancien vice-président de la Commission militaire centrale. Au même titre que d’autres affaires intérieures, celle-ci peut avoir un impact sur l’attitude de Pékin vis-à-vis de Tokyo. Ce serait une bonne nouvelle si la situation intérieure se stabilisait à temps pour permettre de progresser dans l’amélioration des relations bilatérales dans le cas où une occasion propice se présenterait un peu plus tard dans l’année, comme l’espèrent les deux parties. Au cours des mois qui viennent, nous autres Japonais avons tout intérêt à surveiller de près le paysage intérieur chinois.

  • [29.05.2015]

Président du comité consultatif de rédaction de Nippon.com. Né en 1968 à Tokyo, il obtient en 1992 un diplôme de chinois à l'Université des langues étrangères de Tokyo. Il étudie ensuite à l'Université de Tokyo où il passe son doctorat en histoire. D'abord maître de conférence à l'Université de Hokkaido, puis le même poste à l'Université de Tokyo, il devient professeur à la même université en avril 2015. Auteur notamment de Chūgoku kindai gaikō no keisei (La formation de la politique étrangère chinoise moderne), 2004, et de Kindai kokka e no mosaku 1894-1925 (Vers un état moderne, 1894-1925), 2010.

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