L’importance de la sécurité maritime

Kawashima Shin [Profil]

[15.11.2011] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL |

Le prochain sommet de l’Asie orientale qui aura lieu en novembre, avec la participation des dirigeants américain et russe, attire une grande attention. M. Noda, le premier ministre japonais, qui avait exprimé peu de temps après sa prise de fonction son intention de mettre en sommeil l’initiative japonaise pour une Communauté d’Asie orientale, a annoncé récemment qu’il ferait une proposition lors du prochain sommet à propos de la sécurité en mer de Chine méridionale.

L’initiative pour une Communauté d’Asie orientale gelée par M. Noda est vraisemblablement la vision dont M. Hatoyama, alors premier ministre, s’était fait l’avocat en novembre 2009, lors du forum de la Coopération économique Asie-Pacifique. M. Hatoyama avait appelé à appliquer en Asie orientale le modèle européen en ces termes : « L’expérience européenne de réconciliation et de coopération est l’inspiration de mon projet. » Il avait ajouté : « Ma vision d’une communauté d’Asie orientale, fondée sur le principe d’une coopération régionale ouverte, est la création de liens entre les pays impliqués, par la coopération dans tous les domaines possibles, ce qui aboutira à une communauté fonctionnelle dans cette région. » Cette accumulation de liens de coopération, basée sur le fonctionnalisme, qui était la politique établie du Japon jusqu’alors, était en continuation avec la position selon laquelle la communauté d’Asie orientale serait centrée sur l’ASEAN +3. Il semble peu vraisemblable que M. Noda ait décidé de geler cet aspect.

Eviter les obstacles de la souveraineté et du nationalisme

La sécurité maritime dont parle M. Noda semble avoir des affinités avec « l’Arc de liberté et de prospérité » ou la diplomatie des valeurs élaborés par ses prédécesseurs avec la Chine à l’esprit, mais elle peut aussi être considérée comme étant une des relations de coopération concrètes de la plus haute importance, auxquelles appartiennent notamment l’économie et le commerce. Garantir la sécurité maritime et éviter que ces relations de coopération concrètes ne soient affectées par les questions de souveraineté et le nationalisme que peuvent engendrer des incidents maritimes est vital pour la coopération en Asie de l’Est, une région pour laquelle l’économie est la priorité.

Les questions maritimes sont bien sûr extrêmement sérieuses pour les pays voisins de la Chine. Actuellement, celles qui sont les plus préoccupantes et qui vont certainement le rester, sont le territoire et la souveraineté, la garantie de sécurité, les ressources, et les questions historiques. La Chine, pays continental, semble porter sur les mers le même regard que sur les terres, des ses eaux territoriales à sa zone économique exclusive jusqu’au plateau continental, un point de vue qui n’est pas nécessairement le même que celui de ses voisins qui sont des pays maritimes. A cet égard, il est nécessaire de faire des efforts pour discuter des moyens pratiques de garantir la sécurité maritime et simultanément d’appréhender mutuellement les différences de perception qui peuvent exister entre les pays de la région, Chine incluse, par exemple à propos des règles qui s’appliquent à la mer, et ainsi de développer une perception commune.

Quatre motifs pour la proposition

Je pense que quatre points sont au sens large à prendre en compte pour discuter de ces questions maritimes, et cela s’applique aussi aux propositions qui seront présentées pendant le prochain sommet d’Asie orientale. Le premier est que les pays de la région ont besoin de collaborer mutuellement pour prendre des mesures pratiques comme le serait une force de maintien de l’ordre qui garantirait la sécurité maritime. Le deuxième est la création d’un cadre de règlement des problème engendrés par des incidents en mer, auquel participerait la Chine. Le troisième est un dialogue à propos de l’interprétation juridique des règles définies par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Le quatrième est la mise en place par les pays de la région, et cela comprend évidemment la Chine, d’un cadre de coopération maritime sûr qui leur permettrait de s’informer mutuellement en cas d’accidents en mer et qui serait un moyen de résoudre les problèmes liés aux ressources naturelles et aux questions de souveraineté. La proposition de M. Noda ne pourra avoir de sens que si elle conduit à l’accumulation de progrès dans cette direction et que si le Japon y contribue pleinement. (4 octobre 2011)

(D’après un original en japonais.)

  • [15.11.2011]

Président du comité consultatif de rédaction de Nippon.com. Né en 1968 à Tokyo, il obtient en 1992 un diplôme de chinois à l'Université des langues étrangères de Tokyo. Il étudie ensuite à l'Université de Tokyo où il passe son doctorat en histoire. D'abord maître de conférence à l'Université de Hokkaido, puis le même poste à l'Université de Tokyo, il devient professeur à la même université en avril 2015. Auteur notamment de Chūgoku kindai gaikō no keisei (La formation de la politique étrangère chinoise moderne), 2004, et de Kindai kokka e no mosaku 1894-1925 (Vers un état moderne, 1894-1925), 2010.

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