Le monde secoué par des manifestations, le Japon immobile

Nariai Osamu [Profil]

[22.11.2011] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Un mouvement de manifestation mené par la jeunesse s’étend aux Etats-Unis, première puissance économique mondiale. Il a pour origine l’importante distorsion de l’économie américaine causée par le ralentissement de l’économie depuis le choc Lehman de septembre 2008, et l’évolution de la reprise depuis.

Pendant les deux ans entre le deuxième trimestre de 2009 et le deuxième trimestre de 2011, le PIB américain a augmenté en termes réels de 4,8 %. Pourtant la progression de l’emploi dans le secteur non agricole n’a été dans la même période que de 0,8 %. Le taux de chômage chez les jeunes est de l’ordre de 20 %.

Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie a déclaré en 2001 : « Les 1% des Américains les plus riches gagnent un quart de l’ensemble des revenus, et contrôlent 40 % de la richesse. » Il y a vingt-cinq ans, ces chiffres étaient respectivement de 12 % et de 33%. C’est cette distorsion qui a mené au mouvement Occupy Wall Street.

La crise de l’euro, dix ans après sa création

La crise de la zone euro doit être comprise comme un problème fondamental lié à l’Europe de l’après-guerre, ou plutôt à l’organisation des nations européennes après la Première Guerre mondiale. Le point de départ de l’Union européenne était la volonté d’harmoniser les intérêts de l’Allemagne et de la France pour empêcher les conflits entre les deux pays au sujet de la Ruhr ou de la Lorraine. Jean Monnet, surnommé le père de l’Union européenne, a écrit dans son journal qu’il avait consacré tous ses efforts à cela. Aujourd’hui, dix ans après la naissance de l’euro, il est clair que l’Allemagne est le pays qui en a tiré le plus grand bénéfice. Mais le peuple allemand demande à présent à ses dirigeants de justifier le sauvetage des pays paresseux. Les dirigeants n’en ont pas encore été capables.

La crise financière concerne aussi le Japon

Pendant ce temps, en Grèce et dans d’autres pays, les peuples qui se sont laissés aller à la facilité à cause de politiques populistes, s’opposent aux mesures d’austérité, baisses de salaires et autres, en menant des grèves générales. Ces manifestations paraissent d’une nature différente de celles qui agitent les Etats-Unis, mais elles sont dues au fait que ces populations ont été gâtées par leurs politiciens, dont une partie leur a donné l’illusion que préserver leurs intérêts étaient dans l’intérêt au peuple tout entier. Quant aux manifestations en Afrique du Nord, elles sont inspirées par l’insatisfaction et la défiance vis-à-vis de pouvoirs politiques arbitraires établis de longue date. La mise en place de nouveaux systèmes politiques après le changement de régime inspire des inquiétudes, particulièrement en Egypte et en Lybie.

Les pays européens et les Etats-Unis profitent de toutes les opportunités pour se livrer à une concurrence acharnée pour obtenir des droits sur le pétrole. Ici, au Japon, la lenteur et l’indulgence montrées par nos politiques dans leur prise de décision nuisent de plus en plus à notre pays. Gardons-nous de prendre à la légère la crise financière comme quelque chose qui ne concerne que l’Europe. Il faut réagir vite. Le moment n’est pas à l’immobilisme. (29 octobre 2011)

(D’après un original en japonais.)

  • [22.11.2011]

Né en 1948 dans la préfecture de Shimane, Nariai Osamu est professeur d'économie internationale à l'université Reitaku. Il étudie l'économie à l'Université de Tokyo dont il obtient le diplôme en 1972. Il termine en 1999 son doctorat d'études culturelles internationales à l'université du Tohoku. Il a été chargé d'études à l'Agence de planification économique, économiste à l'OCDE, et expert de la JICA (en fonction à Brunei). Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont, en 2005, Exploring the Japanese Economy

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