« Le théâtre politique » et la méfiance du public

Ogoura Kazuo [Profil]

[26.01.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Lors de la double élection du 27 novembre dernier, qui devait désigner à la fois le gouverneur de la préfecture d’Osaka et le maire de la ville du même nom, les candidats favorable au regroupement du pouvoir préfectoral et municipal ont perdu les deux postes.

À l’évidence, c’est l’idée d’éliminer de l’organisation du pouvoir au niveau local la redondance due à la coexistence des préfectures et des « villes désignées par ordonnance » (métropoles dotées d’un haut degré d’autonomie) qui était en jeu. Dans le cas d’Osaka, il était question de rassembler la préfecture et la ville en une seule entité administrative sous la tutelle du gouverneur. En ce sens, l’élection était un scrutin populaire sur la forme à donner aux collectivités locales du Japon.

Une population favorable à la « reformation »

Un examen plus approfondi du scrutin met toutefois en lumière diverses caractéristiques de la scène politique japonaise d’aujourd’hui.

On peut citer à cet égard la méfiance généralisée que suscitent désormais les partis politiques établis et l’ensemble du système. Les électeurs ont massivement rejeté les candidats des deux grands partis en faveur de candidats indépendants partisans d’une « reformation » (ishin) moderne, terme qui renvoie aux réformes radicales qui ont accompagné la modernisation opérée au xixe siècle par la Restauration de Meiji. Le verdict des urnes montre clairement la désaffection de l’électorat pour les partis et le système.

Cette perte de confiance ne se limite pas à l’Archipel. Un phénomène similaire s’observe aux États-Unis, où des élections ont été gagnées par des candidats se réclamant du « changement », tandis que le mouvement « Tea Party » est en plein essor. En ce qui concerne le Japon, il ne fait guère de doute que la relève qui s’est dessinée il y a deux ans quand le Parti démocrate a mis un terme au long règne du Parti libéral-démocrate tenait moins à l’adhésion de la population à la ligne politique du PD qu’à une vaste aspiration au « changement ».

En grattant sous la surface des résultats de la double élection d’Osaka, on trouve aussi le succès remporté par une campagne basée sur des mots d’ordre simplistes, comme le « assez de gaspillage ».

Ces deux tendances — méfiance à l’égard des institutions en place et simplification des enjeux politiques — sont révélateurs de ce qu’on pourrait appeler le « théâtre politique ». Certes, toute réforme ou révolution comporte inévitablement une part dramatique. Mais nous ferions bien de ne pas oublier que c’est le désenchantement à l’égard de la politique et la simplification des enjeux qui ont fait le lit des dictatures de jadis. (29 novembre 2011)

(D’après un original en japonais)

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  • [26.01.2012]

Professeur invité à l’Université Aoyama Gakuin. Secrétaire général du Tokyo Bid Committee (comité Tokyo JO 2020). Né en 1938. Diplômé de la Faculté de droit de l’Université de Tokyo et de la Faculté d’économie de l’Université de Cambridge. Est entré en 1962 au ministère des Affaires étrangères, où il a occupé les postes de directeur général du Département des affaires culturelles et du Bureau des affaires économiques, vice-ministre des Affaires étrangères et ambassadeur du Japon au Vietnam, en Corée du Sud et en France. Président de la Fondation du Japon d’octobre 2003 à septembre 2011. Auteurs de plusieurs ouvrages, dont Gurôbarizumu e no Hangyaku (La Révolte contre la globalisation, 2004).

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