Le Japon doit renforcer sa politique d’action culturelle et d’information
La France, grande puissance culturelle qui fait progresser la réforme, et le Japon, obsédé par la réduction des dépenses

Watanabe Hirotaka [Profil]

[15.02.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

En décembre dernier, j’ai été invité à participer à Paris au premier colloque international de l’Institut français, le nouvel organisme pivot de l’action culturelle française à l’étranger. L’Institut français, créé au début de l’année 2011, se substitue à Culturesfrance, une agence qui dépendait du ministère de la Culture, et devient l’opérateur du ministère des Affaires étrangères pour l’action culturelle extérieure de la France. Il a le statut d’EPIC et peut à ce titre recevoir des financements publics et privés. Parmi les intervenants à ce colloque figuraient non seulement des personnalités de premier plan du domaine de la culture, de l’éducation et de la diplomatie, mais aussi Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, et Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères. La France, grande puissance culturelle, cherche à redynamiser sa politique d’action culturelle.

La diplomatie culturelle japonaise manque de moyens financiers et humains

Au Japon, par contre, à en juger par les débats à ce sujet, la diplomatie culturelle n’est pas encore perçue comme importante. Pourquoi l’idée de donner un nouveau dynamisme à notre diplomatie à travers la culture ne prospère-t-elle pas au Japon ? Dans le contexte des discussions actuelles sur la réforme des institutions administratives indépendantes, il serait question de fusionner les deux qui sont tournées vers l’international, à savoir la Fondation du Japon et le JNTO (Office national du tourisme japonais). Je pourrais comprendre s’il s’agissait de les fusionner dans la perspective de renforcer leur coopération mutuelle efficace avec une vision stratégique de la politique culturelle et de communication, sans attendre l’exemple français, mais je suis opposé à cette fusion si elle n’a d’autre but que de réduire les dépenses.

Plutôt que de chercher à économiser de l’argent, la vraie question est de savoir si cela créera une structure capable de permettre à chaque entité de jouer pleinement son rôle. J’ai été responsable du service culturel et d’information de l’Ambassade du Japon en France, et nous manquions tellement de ressources financières et humaines pour développer nos activités culturelles, que nous ne pouvions envisager de réduire notre budget. Avant de discuter d’une fusion entre ces institutions, il est indispensable de réfléchir suffisamment aux types d’activités et au renforcement et développement de réseaux que devrait avoir la nouvelle entité, aux genres de projets qu’elle pourrait entreprendre, avec une véritable vision stratégique. La verticalité de l’administration pose certes problème, mais il me semble que la faiblesse de ses différents composants est la raison pour laquelle ils sont séparés les uns des autres.

Si l’on réfléchit à l’état actuel de notre action culturelle à l’étranger, il faut sans doute commencer par faire progresser la discussion sur la manière d’organiser la structure qui la gère. Elle devra être forte pour former une plateforme réunissant les exigences des véritables spécialistes et les ministères et agences impliquées.

Favoriser les manifestations à périodicité fixe

Pour ma part, je souligne depuis longtemps que l’organisation à l’étranger de manifestations à périodicité fixe serait une manière de faire avancer le débat. Le ministère des Affaires étrangères, préoccupé qu’il est par la recherche de la réduction de son budget n’y est pas favorable, mais les célébrations commémoratives à l’étranger peuvent ne pas être des projets nécessitant un financement important. Tout dépend de la manière dont elles sont organisées. En 2008 a été commémoré en France le cent-cinquantième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays, et le nombre de manifestations culturelles organisées à cette occasion a atteint 758, uniquement pour celles comptabilisées à l’ambassade du Japon en France. La majorité d’entre elles ont été financées par le secteur privé, même si certaines ont partiellement bénéficié du soutien du gouvernement.

De plus, de tels événements à périodicité régulières constituent aussi un test pour la coopération entre les différents ministères et agences gouvernementales concernés. Étant donné qu’il s’agit de diplomatie, il faut sans doute débattre d’abord de l’impact dans ce domaine. Il faudrait favoriser le développement de manifestations culturelles régulières telles que les commémorations, les biennales ou les triennales.

Si ce qui compte avant tout est de diminuer les dépenses, il est à craindre que la diplomatie culturelle du Japon aille de mal en pis. Cet argument étique, tourné uniquement vers le futur immédiat, me semble inconvenant pour la troisième économie mondiale. Alors que se diffuse aujourd’hui dans le monde une image positive du Japon en tant qu’acteur global, qui joue un rôle de leader, et de pays dont les normes, les valeurs et la culture méritent l’estime, car elles incluent la paix et la sécurité ainsi que la modestie et la prévenance qui font partie de son mode de pensée et de vie, il me semble possible de l’améliorer encore. Répéter que la prospérité des industries culturelles japonaises et l’élévation de son rang contribuent grandement à cela n’est pas nécessaire.

(25 décembre 2011)

  • [15.02.2012]

Membre du comité de nippon.com. Professeur à l'Université de Tokyo des études étrangères, dont il sort diplômé en français en 1978, et où il passe en 1980 sa maîtrise en études culturelles régionales. Il termine en 1983 son doctorat en droit à l'Université Keiô, et obtient en 1986 un DEA d'histoire des relations internationales contemporaines à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Depuis 1999, il est professeur à l'Université de Tokyo des études étrangères où il dirige l'Institut des relations internationales (TUFS). De 2008 à 2010, il est ministre et directeur du service culturel et d'information de l'ambassade du Japon en France. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont La France sous Mitterrand (Ashi Shobô, 1990, Prix Shibusawa-Claudel), Histoire de la France contemporaine (Chûô Kôron Shinsho, 1998), À l’école de la stratégie diplomatique culturelle française (Taishukan, 2013) et La France contemporaine – la fin des Trente Glorieuses et l’ouverture vers l’Europe (Iwanami Shoten, 2015).

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