Une année de changement dans le « système de 1972 »
Le Japon, la Chine et Taïwan entrent dans une ère nouvelle

Kawashima Shin [Profil]

[28.02.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

L’année 2012 est une année importante pour le calendrier mondial, avec les gouvernants nationaux allant vers les élections ou prévus pour changer dans un certain nombre de pays majeurs. L’Asie de l’Est ne fait pas exception en la matière. La Chine verra un nouveau groupe de leaders prendre les rênes et Taïwan organisera des élections présidentielles en janvier (*). Le président de la Corée du Sud, lui, a un mandat de cinq ans, ce qui signifie que Lee Myung-bak restera au pouvoir jusqu’en 2013 ; alors que de l’autre côté de la frontière, en Corée du Nord également, avec le décès de Kim Jong-il à la fin 2011, la nouvelle année apportera probablement de nouveaux visages parmi les dirigeants.

Tout ceci promet aussi des changements dans la politique internationale de la région en 2012. Il y a en particulier des chances pour qu’apparaissent des signes de transition dans la situation de la Péninsule coréenne comme dans les relations entre les deux rives du détroit — Chine continentale et Taïwan —, deux dynamiques qui sont restées jusqu’à présent des éléments prévisibles dans les structures de base des relations dans la région pendant plus d’un demi-siècle. Le Japon sera appelé à prévoir les différents changements qui risquent de survenir et devra faire preuve de souplesse dans ses réponses à ces changements de situation, et porter les jugements appropriés tout en gardant l’intérêt national à l’esprit.

Nouveau regard sur le système de 1972

A partir d’une large perspective historique également, 2012 sera probablement une année décisive. Elle marque le quarantième anniversaire de la rupture des liens officiels du Japon avec Taïwan et de la normalisation de ses relations avec la Chine, ainsi que le vingtième anniversaire depuis la fin des relations diplomatiques de la Corée du Sud avec Taipei et ses relations normalisées avec Pékin. Dans le monde académique, les discussions se concentrent de plus en plus sur ce qu’on appelle le « système de 1972 », faisant référence au cadre mis en place lorsque le Japon a normalisé ses relations avec la Chine cette année-là, en tant que base des liens entre deux nations depuis.

C’est à l’intérieur de ce cadre que les pays ont basé leurs relations sur une amitié bilatérale et qu’ils ont également traité les questions comme le problème de Taïwan, les différends sur la perception de l’histoire et les querelles territoriales, soit en arrivant à un consensus, soit en laissant les problèmes en suspens pour être repris plus tard.

A partir des premières années de cette période jusqu’à aujourd’hui, la question du statut de Taïwan a toujours été le problème majeur des relations sino-japonaises. (En fait, un examen approfondi des incidents territoriaux sur les îles Senkaku du Japon — que la Chine revendique sous le nom d’îles Diaoyu — montre qu’il s’agit d’une simple manifestation du problème plus large de Taïwan). L’histoire partagée par ces pays, reste, elle aussi, une facette importante de leurs relations. Mais aujourd’hui, la situation de Taïwan est fluctuante et la puissance nationale de la Chine ainsi que ses relations avec les Etats-Unis montrent également des signes de changement. Vue dans cette toile de fond, le système de 1972 apparaît encore plus incertaine en tant que base fiable pour des relations entre le Japon et la Chine.

La question de Taïwan

L’envers du système de 1972, ce sont les relations du Japon avec Taïwan. Le cadre mis en place lorsque Tokyo a rompu ses liens officiels avec Taipei a, de la même manière, servi depuis de base pour les relations Japon-Taïwan. En d’autres termes, ce cadre cherchait à limiter les relations bilatérales aux secteurs économique et commercial, d’une part, et au secteur culturel, d’autre part. Les investissements japonais à Taïwan ont augmenté après la fin des relations diplomatiques officielles, et les relations actuelles entre les deux parties sont devenues extrêmement étroites. Des liens mutuels de forte amitié se sont créés, comme le montrent les 20 milliards de yens de dons taiwanais qui ont été versés après le 11 mars 2011, date du tremblement de terre et du tsunami au Japon.

Aujourd’hui, toutefois, la situation du Détroit de Taïwan a changé. Un potentiel de changement fondamental sur la scène politique internationale en Asie de l’Est est également apparu en raison de la croissance spectaculaire de la Chine. Et ceci est en train de mettre en avant certains éléments irritants dans le système de 1972.

Pour toutes ces raisons, 2012 promet d’être une année pendant laquelle le Japon devra réfléchir de manière approfondie à la transformation de la dynamique internationale en Asie de l’Est, ainsi qu’au futur de ces deux côtés du système de 1972. (22 décembre 2011)

D’après un original en japonais

 

(*) ^ Le 14 janvier 2012, le président sortant Ma Ying-jeou a été élu pour un second mandat de quatre ans à la présidence de Taïwan. (N.D.L.R.)

  • [28.02.2012]

Président du comité consultatif de rédaction de Nippon.com. Né en 1968 à Tokyo, il obtient en 1992 un diplôme de chinois à l'Université des langues étrangères de Tokyo. Il étudie ensuite à l'Université de Tokyo où il passe son doctorat en histoire. D'abord maître de conférence à l'Université de Hokkaido, puis le même poste à l'Université de Tokyo, il devient professeur à la même université en avril 2015. Auteur notamment de Chūgoku kindai gaikō no keisei (La formation de la politique étrangère chinoise moderne), 2004, et de Kindai kokka e no mosaku 1894-1925 (Vers un état moderne, 1894-1925), 2010.

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