Regards japonais sur la Chine
Trois zones d’ombre

Ogoura Kazuo [Profil]

[07.05.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

De vagues sentiments de malaise et d’antagonisme envers la Chine sembleraient se propager parmi les Japonais. En profondeur, ces sentiments proviennent sans aucun doute de la frustration de la situation actuelle dans laquelle se trouve le Japon, en comparaison en particulier avec la montée récente de la Chine dans le monde. En même temps, il y a toutefois un certain nombre de zones d’ombre dans le regard que les gens portent sur la Chine qui ont un effet préjudiciable sur les sentiments des Japonais vis-à-vis de leur grand voisin.

Une de ces zones d’ombre est la perception de l’état actuel de la société chinoise. Selon une hypothèse très largement partagée, des disparités et des inégalités considérables existent entre différentes régions et différentes classes sociales et beaucoup de gens se sont convaincus eux-mêmes que ces goufres auront une influence profonde sur le futur de la Chine. Il n’y a aucun doute sur le fait que les différences sociales et régionales se sont considérablement élargies pendant la croissance économique explosive du pays. Mais une plus longue perspective historique montre que des différences sociales relativement importantes ont toujours été une des caractéristiques de la société chinoise. A cet égard, les premières années du régime communiste ont été exceptionnelles. Pris dans cette perspective, ce serait une erreur de penser que l’existence d’inégalités sociales représenterait, en soi, une situation nouvelle et critique. Aussi longtemps que la croissance économique donne aux gens le sentiment que la vie est meilleure aujourd’hui qu’elle n’était hier, le mécontentement populaire a de fortes chances de se dissiper même si les écarts continuent de s’agrandir.

Le chemin pour le Japon

Beaucoup de gens au Japon sont dans l’incapacité de voir ce point et ont des appréhensions sur ce qui est de l’avenir de la Chine. Les dizaines de milliers de protestations qui s’élèvent tous les ans à travers la Chine sont souvent citées comme une évidence en faveur de ce regard pessimiste. Dans de nombreux cas, le catalyseur de ces manifestations de masse est tout simplement l’insatisfaction par rapport à certains aspects de la gestion de l’administration pour l’utilisation des terrains, les transports, l’alimentation, le logement ou des questions de même type ayant une influence directe sur la vie normale des gens. Ces protestations sont une manière d’évacuer le mécontentement par rapport à la dictature monopartite du PCC. Dans cette optique, elles peuvent être considérées moins comme une source d’instabilité politique que comme une sorte d’amortisseur social.

Il y a un certain nombre de raisons pour les sentiments d’aversion des Japonais vis-à-vis de la Chine, parmi lesquelles la violation des droits de propriété intellectuelle, la sécurité alimentaire (les produits importés de Chine ont été impliqués dans plusieurs incidents d’empoisonnement alimentaire ces dernières années) et la sécurité des transports en Chine. Il est certain que l’approche chinoise est problématique à certains égards comparée avec la manière dont les autorités japonaises traitent les questions similaires. Mais il semble toutefois relativement mesquin de considérer ces cas comme des domaines dans lesquels la Chine cause problème aux Japonais. Ceci ne tient pas compte du fait que ce sont les Chinois eux-même qui souffrent le plus de cet état de choses. Les gens au Japon feraient mieux au contraire d’encourager les gouvernements du Japon et de la Chine à travailler de concert pour résoudre ces problèmes.

En dernier lieu, laissez-moi dire un mot sur les perceptions de l’histoire. Certaines personnes au Japon se plaignent du fait que la Chine pratique ce qui pourrait être appelé « la diplomatie du harcèlement » en reprenant constamment des incidents malheureux qui ont eu lieu par le passé. Il est certain que cet élément se retrouve dans la ligne de politique étrangère suivie par la Chine à certaines périodes. Mais la recherche de précédents historiques est l’une des manières caractéristiques dans lesquelles la culture chinoise engage le débat sur toutes sortes de questions. Les Chinois utilisent les incidents de leur histoire comme base pour interpréter le présent. Il me semble particulièrement infantile de la part des Japonais de se fâcher uniquement parce que les Chinois font continuellement référence à l’histoire. (4 janvier 2012)

(Ecrit en japonais à l’origine)

  • [07.05.2012]

Professeur invité à l’Université Aoyama Gakuin. Secrétaire général du Tokyo Bid Committee (comité Tokyo JO 2020). Né en 1938. Diplômé de la Faculté de droit de l’Université de Tokyo et de la Faculté d’économie de l’Université de Cambridge. Est entré en 1962 au ministère des Affaires étrangères, où il a occupé les postes de directeur général du Département des affaires culturelles et du Bureau des affaires économiques, vice-ministre des Affaires étrangères et ambassadeur du Japon au Vietnam, en Corée du Sud et en France. Président de la Fondation du Japon d’octobre 2003 à septembre 2011. Auteurs de plusieurs ouvrages, dont Gurôbarizumu e no Hangyaku (La Révolte contre la globalisation, 2004).

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