Le potentiel inexploité du Japon et de ses jeunes

Nariai Osamu [Profil]

[16.03.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية |

Pour le Japon, 2011 a été l’année des désastres. Quelles leçons peuvent être tirées de cette année de turbulences, qui a vu le déclenchement d’une crise mondiale de risque souverain, des craintes d’une seconde récession économique après la crise financière de 2008 et la croissance du chômage, et quels sont les défis à relever pour l’année 2012 ?

L’esprit d’entreprise des bénévoles

Malgré l’ampleur sans précédent des désastres provoqués par le tremblement de terre et l’accident nucléaire du 11 mars, le secteur public a perdu du temps pour la mise en œuvre d’un véritable effort de reconstruction. Dans ce contexte de réponse au ralenti, les organisations sans but lucratif se sont engagées, elles, dans des activités d’aide qui peuvent offrir un aperçu pour une nouvelle attitude à adopter par le Japon. On voit également de nombreux exemples d’individus n’appartenant à aucune organisation qui se rejoignent lors de certaines activités et s’organisent par le biais de ce procédé. Les activités de bénévoles entreprises par les étudiants auront sans doute également un impact sur leur vie future. La leçon la plus importante que nous pouvons tirer de ceci est que, lorsque le secteur public s’est avéré défaillant, le secteur à but non lucratif a travaillé d’arrache-pied et a pu évaluer avec précision les besoins des victimes du désastre.

Les pêcheurs, par exemple, ont donné des bateaux usagés pour aider la reprise de la pêche dans les régions ravagées par la catastrophe. Des individus ont également mis en place un système pour la vente sur Internet de produits de la mer fraîchement pêchés afin d’attirer les bateaux de pêche vers les ports affectés. Et, dans une tournure créative, les vêtements donnés aux habitants des zones sinistrées ont été placées sur des cintres, plutôt que dans des boîtes en carton, pour que le choix des vêtements par les réfugiés soit plus proche pour eux d’un moment de shopping.

Les activités de ce type ne sont pas profitables au départ. Mais lorsqu’elles prennent racine, elles ont le potentiel de s’agrandir en entreprises capables de couvrir les frais de personnel des intervenants. C’est ici le processus de l’entrepreneuriat à l’œuvre. Le phénomène est également digne d’attention dans le contexte d’un renforcement des aspects positifs d’une société vieillissante.

Les jeunes Japonais doivent perdre de leur complaisance

De la même manière, toutefois, il y a des jeunes au Japon qui sont satisfaits du statu quo et n’ont aucun intérêt au changement. Cette attitude va à l’encontre des tendances mondiales, comme le fait remarquer l’article du magazine The Economist « The Great Mismatch » (La Grande discordance) du 10 septembre 2011. L’article mentionne certains développements suprenants au niveau mondial, parmi lesquels :

. Les offres d’emploi pour les travailleurs non qualifiés sont de plus en plus rares dans les pays développés.

. Un changement est en train de prendre place parmi les pays anglophones, pour déléguer les travaux de routine de niveau moyen dans le secteur tertiaire vers les pays émergents et en développement.

Alors qu’un changement radical est en train de se produire dans d’autres parties du monde, le Japon est confronté à une situation différente. L’ « enquête d’opinion publique sur la vie de la population » menée par le Bureau du Cabinet du Premier ministre, offre un aperçu suprenant sur les attitudes des jeunes de vingt ans. Dans les années 1970, juste un peu plus de 50% des jeunes de cette tranche d’âge étaient satisfaits de leur vie actuelle. En 2010, par contre, ce chiffre dépasse les 65%. Un des facteurs de cette situation est peut être le fait que les jeunes d’aujourd’hui peuvent vivre aux crochets de leurs parents babyboomers. Ces jeunes Japonais complaisants restent coupés du reste du monde par la barrière de la langue, alors que les entreprises japonaises sont engagées vers l’avenir. Rien de surprenant donc à la décision de Panasonic d’employer principalement des non-Japonais.

Mon message aux jeunes du Japon, c’est qu’il y a différents chemins à prendre dans la vie. Ces options peuvent inclure de passer votre vie en vous accrochant à un travail avec une entreprise bien établie ou une agence gouvernementale, ou d’acquérir les capacités dans le bénévolat pour être au service de votre communauté locale. Même si les jeunes ne se sentent pas capables d’aller travailler quelque part sur la scène mondiale, j’espère qu’ils pourront au moins relever certains défis au Japon et élargir ainsi leur potentiel. (16 janvier 2012)

  • [16.03.2012]

Né en 1948 dans la préfecture de Shimane, Nariai Osamu est professeur d'économie internationale à l'université Reitaku. Il étudie l'économie à l'Université de Tokyo dont il obtient le diplôme en 1972. Il termine en 1999 son doctorat d'études culturelles internationales à l'université du Tohoku. Il a été chargé d'études à l'Agence de planification économique, économiste à l'OCDE, et expert de la JICA (en fonction à Brunei). Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont, en 2005, Exploring the Japanese Economy

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