Le processus de décision politique du PDJ, un retour aux méthodes du PLD

Masuzoe Yôichi [Profil]

[19.07.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Comment se déroule la prise de décision politique au Japon ? Qui possède le pouvoir le plus important en cette matière ? Les hommes politiques, les hauts fonctionnaires ou les groupes d’intérêt (lobbies) ? Durant les longues années où le Parti libéral démocrate (PLD) a dirigé le Japon, ces questions ont été étudiées par de nombreux chercheurs, qui en ont tiré un certain nombre de conclusions.

Le « triangle de fer », un foyer de collusion

Au sein de la commission des affaires politiques du PLD, composée de sous-commissions thématiques, chacune d’entre elles rassemblait les parlementaires impliqués dans un domaine touchant à leurs intérêts ou s’en préoccupant, les responsables de l’administration de tutelle ainsi que les représentants des groupes d’intérêt, qui décidaient ensemble des politiques à mettre en œuvre. Dans le cadre du régime parlementaire, les postes de ministre sont attribués à des élus de la majorité, qui mettent en œuvre les politiques dans divers domaines. Ainsi, les tensions entre le gouvernement (le cabinet) et la majorité étaient quasi inexistantes.

De ce fait, pour l’administration comme pour les groupes d’intérêt, disposer d’une influence sur les hommes politiques de la majorité représentait le plus court chemin vers la concrétisation des politiques qui leur tenaient à cœur. Outre les sous-commissions thématiques, notons par exemple l’existence de la commission des affaires fiscales, qui décidait du contenu de la révision fiscale chaque année. Etant donné le fort impact des révisions fiscales sur les secteurs concernés, les groupements professionnels soucieux d’obtenir des avantages fiscaux multipliaient les appels envers les parlementaires influents au sein de cette commission.

Les hommes politiques recherchaient les dons et les voix des organisations patronales, qui se transformaient en machines à collecter de l’argent et des votes. Les hauts fonctionnaires traçaient pour les politiciens les bases des politiques à mettre en œuvre et exerçaient leur domination sur les groupements professionnels par le biais des réglementations et des subventions, entre autres. Ainsi s’est formé le « triangle de fer » entre hommes politiques, bureaucrates et patrons.

« Priorité à l’humain sur le béton » : un slogan vidé de sa substance

Le Parti démocrate du Japon (PDJ), qui critiquait cette structure propice à la collusion entre politiques, bureaucrates et patrons durant les années PLD, a pris les rênes du pays. Son slogan « Priorité à l’humain sur le béton » était une formule emblématique, critiquant la politique du PLD et sa collusion avec le secteur des travaux publics. Ce slogan a d’ailleurs joué un rôle important dans l’avènement de l’alternance.

Le PDJ, qui critiquait les méthodes du PLD évoquées plus haut, est donc arrivé au pouvoir ; le processus de décision politique a-t-il pour autant sensiblement évolué par rapport à l’époque du PLD ? La réponse est non, plus le temps passe et plus on en revient aux anciennes méthodes. Il s’agit là d’une violation du programme politique du PDJ qui se traduit par une baisse de la cote de popularité du gouvernement.

Le PDJ aussi, à ses débuts au pouvoir, a tenté de briser les collusions entre politiques, bureaucrates et patrons, et de faire en sorte que les décisions politiques relèvent avant tout du ressort de la sphère politique. Cette action, concrétisée par les séances d’examen budgétaire, a donné certains résultats, notamment sous la forme d’un coup d’arrêt au gaspillage des deniers publics, et elle a été soutenue par l’opinion. Cependant, au bout du compte, faute de pouvoir tenir tête aux bureaucrates connaissant mieux les dossiers, l’administration a progressivement pris le dessus en matière de décisions politiques. De fait, les groupements professionnels coopèrent avec les bureaucrates pour se rapprocher des parlementaires du PDJ.

Le vif espoir suscité par le maire d’Osaka, Hashimoto Tôru

Cette tendance s’est renforcée après le séisme du Tôhoku du 11 mars 2011. Parce que le PDJ n’a pas su gérer la crise et qu’au bout du compte, il a dû s’en remettre aux bureaucrates. En outre, le pouvoir attire les organisations patronales comme le miel attire les fourmis. Et, peu à peu, le PDJ en est venu à compter sur l’argent et les voix qu’apportent ces fourmis.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que la population soit déçue par le PDJ au pouvoir, qui façonne un système de collusion entre politiques, bureaucrates et patrons à la façon du PLD, et dans une mesure encore plus importante qu’autrefois. De cette déception est né un espoir de plus en plus vif, reporté sur Hashimoto Tôru, maire d’Osaka et chantre du bouleversement. (21 mai 2012)

(D’après un texte original en japonais)

  • [19.07.2012]

Né en 1948 dans la préfecture de Fukuoka. Obtient en 1971 son diplôme d’études politiques de la faculté de droit de l’Université de Tokyo. D’abord maître de conférences en études politiques à la faculté de droit de l’Université de Tokyo, puis chercheur invité à l’Institut d’histoire des relations internationales contemporaines de la Sorbonne et à l’Institut de hautes études internationales de Genève, il occupe ensuite un poste de professeur associé à la faculté d’études politiques de l’Université de Tokyo entre 1979 et 1989. En 2001, il est élu à la Chambre haute. À partir de 2007, il est ministre de la Santé et du Travail des cabinets successifs d’Abe Shinzô, Fukuda Yasuo et Asô Tarô. Il est président du Nouveau parti de la réforme d'avril 2010 à juillet 2013 et gouverneur de Tokyo depuis février 2014.

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