Le Japon doit accroître ses dépenses d’APD dans le domaine de la santé

Kanamori Sayako [Profil]

[05.07.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

Chaque année, quelque 150 milliards de dollars sont dépensés en aide publique au développement. Ce chiffre atteint 28,3 milliards de dollars pour les seuls États-Unis, qui sont le premier pays donateur. Quant au Japon, son budget annuel d’APD avoisine les 15,6 milliards de dollars(*1). Mais ce montant ne représente que 1 % du budget total du gouvernement et les dépenses japonaises d’APD (prélevées sur le compte général du budget) ont diminué de moitié par rapport à 1997, année de leur plus haut niveau.

Les dépenses liées à la santé ne représentent que 2,1 % du montant total de l’APD fournie par le Japon, un chiffre extrêmement faible si on le compare aux 15,5 % affichés par les vingt-deux membres du Comité d’aide au développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques(*2). Le Japon résiste aussi à la tendance générale, observée depuis quelques années, en faveur de l’augmentation des dépenses d’APD liées à la santé : alors que, au niveau international, ces dépenses ont été multipliées par cinq au cours des vingt dernières années, elles n’ont pratiquement pas progressé au Japon depuis la fin des années 1990. L’Archipel risque de ce fait de délaisser une longue tradition de leadership mondial dans le domaine de la santé et d’adopter en matières d’APD des priorités qui ne sont pas conformes aux vœux de sa population.

Une longue histoire de contributions à la santé mondiale

Le Japon, l’histoire en atteste, a fait nombre de contributions importantes à la santé dans le monde. Ainsi, les médecins japonais ont joué un rôle déterminant dans les campagnes de vaccination contre la variole après l’épidémie de 1978, qui s’est avérée la dernière puisque, grâce à ces campagnes, la variole a été éradiquée dès 1980. Les médecins japonais ont également été à la pointe des efforts en vue d’éradiquer la polio, efforts qui sont sur le point d’aboutir, et ont joué un rôle de premier plan dans l’élimination de cette maladie de la région occidentale du Pacifique (achevée en 2000).

Au sommet du G8 réuni en 2008 dans l’île de Kyûshû et à Okinawa, le Japon a exprimé le souhait que la communauté internationale prête davantage d’attention aux maladies infectieuses et fait une contribution financière importante au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Les efforts consentis par cet organisme se sont avérés extrêmement bénéfiques pour les centaines de millions de personnes qui vivent avec les effets de ces trois grandes maladies infectieuses et les menaces dont elles sont porteuses.

On voit donc que le Japon joue depuis longtemps un rôle clé dans les efforts d’APD consentis par la communauté internationale dans le domaine des soins de santé.

Valoriser les réussites du Japon dans le domaine des soins de santé

Le Japon, qui fournit à sa population des soins de santé de grande qualité et peu coûteux, se place parmi les premiers pays du monde en termes d’espérance de vie. Les connaissances et l’expertise qui lui ont permis d’en arriver là sont un acquis dont les Japonais peuvent être fiers. Les réussites du Japon dans le domaine des soins de santé ont une telle portée que le journal médical britannique The Lancet, dont l’influence est internationale, a consacré en août 2011 une édition spéciale au système de santé du Japon, pour marquer le cinquantième anniversaire de la couverture maladie universelle dans ce pays. C’était la première fois que la revue publiait un numéro spécial consacré à un pays du monde développé, ce qui montre bien l’importance des succès remportés par le Japon au cours des cinquante dernières années. Le pays se trouve aujourd’hui en situation d’apporter sa contribution à la communauté internationale en partageant la façon qui lui est propre de faire les choses. Nous devons nous donner l’ambition de jouer un rôle dirigeant et de devenir l’un des principaux vecteurs des initiatives en faveur de la santé dans le monde.

En vérité, ce projet jouit du soutien de l’opinion japonaise, comme en témoignent les résultats d’un récent sondage, d’où il ressort que 73,1 % des Japonais estiment que, dans le cadre de l’APD, leur pays doit accorder la priorité à la santé(*3).

Du point de vue économique aussi, la santé est l’une des activités en croissance dans le monde. Le moment est venu de mettre à contribution l’avantage comparatif du Japon dans le domaine de la santé pour élaborer une stratégie de développement qui serve à la fois les intérêts du pays et ceux de la communauté internationale.

(D’après l’original japonais écrit le 20 mai 2013)

(*1) ^ Statistiques publiées par le CAD de l’OCDE (2013). Les chiffres fournis concernent l’année 2011. Outre les dépenses du compte général, ceux du Japon regroupent des dépenses du compte spécial du budget et des prêts et investissements publics.

(*2) ^ CAD de l’OCDE (2010)

(*3) ^ Bureau du cabinet, Enquête d’opinion publique spéciale sur la coopération internationale dans le domaine de la santé (2010).

  • [05.07.2013]

Chef du service de la santé à l’Institut japonais pour la santé dans le monde. Titulaire d’un diplôme de biologie de l’Université Tsukuba, obtenu en 2002, et d’une maîtrise de parasitologie médicale de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de l’Université de Londres. Après avoir exercé quelque temps le métier d’expert-conseil en affaires, a obtenu en 2009 un doctorat de santé publique de l’Université de Tokyo. Est entré la même année au ministère des Affaires étrangères, où elle a travaillé dans le domaine des politiques internationales de santé jusqu’en avril 2012, date à laquelle elle a été nommée au poste actuel.

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