Jeux olympiques 2020 : pourquoi Tokyo a remporté la sélection ?

Ogoura Kazuo [Profil]

[10.10.2013] Autres langues : 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Le 7 septembre 2013, lors de son assemblée générale qui se tenait à Buenos Aires, le Comité International Olympique (CIO) a désigné Tokyo ville hôte des Jeux olympiques et paralympiques de 2020.

Pour analyser la raison de la victoire de Tokyo, il convient non seulement d’explorer pourquoi la stratégie et les actions de promotion de la candidature de Tokyo ont réussi, mais aussi de réfléchir au pourquoi de l’échec des deux autres candidatures. En outre, des facteurs extérieurs ont pu intervenir, comme le contexte politique et économique de chaque pays et la situation internationale. Commençons aujourd’hui par observer la stratégie propre de la candidature de  Tokyo.

Surmonter ses points faibles — une stratégie payante

La stratégie de Tokyo, en un mot comme en cent, a consisté à mettre l’emphase sur les efforts qui seraient faits pour surmonter ses actuels points faibles. Et son principal point faible, largement souligné, était le niveau relativement bas du soutien de la population locale au projet d’organiser les Jeux olympiques à Tokyo, qui, en 2012, n’atteignait pas 50%.

Afin d’accroître ce soutien, le comité en charge de la promotion du dossier a distribué des badges olympiques, réalisé diverses brochures, organisé des événements promotionnels et des conférences, publié des interviews de décideurs dans une quantité de domaines. En outre, les espaces de communication et de relations publiques ont été élargis à la Diète, au conseil municipal de Tokyo, aux conseils municipaux d’arrondissement, et aux réunions des milieux économiques tels que les Chambres de commerce et le Rotary Club, prenant ainsi le temps de faire grossir le soutien populaire.

Ce type d’activité avait énormément attiré l’attention à l’occasion des Jeux olympiques de Londres. En particulier, à l’issue des Jeux de Londres, la parade des médaillés à Tokyo a eu un impact très positif pour lancer la campagne du ticket Tokyo 2020.

C’est précisément parce que la montée du soutien s’est faite en douceur que l’esprit des Japonais s’est cristallisé autour du désir d’accueillir les Jeux olympiques, et que la délégation japonaise a pu montrer un véritable esprit d’équipe lors de la phase finale de la sélection de sa candidature.

(À gauche) : Les enfants accueillant le Comité d’évaluation du CIO devant le Kokugikan (hall du sport national), le 5 mars. (À droite) : Le drapeau de la candidature de Tokyo couvert des signatures d’athlètes. (avec l’aimable autorisation de Tokyo 2020)

Aucune opposition ouverte de la Corée du Sud ni de la Chine

Un deuxième point faible de Tokyo était le manque de soutien de ses deux voisins, la Corée du Sud et la Chine. Les tensions avec la Corée du Sud et la Chine avaient été pointées dans la communauté internationale comme un élément négatif de la candidature de Tokyo.

Cependant, la stratégie de la part des supporters de Tokyo s’est attachée à obtenir par des actions diverses les soutiens individuels des membres du CIO. Mais il y a eu peu de demandes de soutien officiel aux leaders chinois et coréens au niveau du gouvernement japonais ou des hauts responsables olympiques.

Cette stratégie reposait sur l’analyse qu’une stratégie indirecte en direction de ces deux pays pour faire admettre l’opinion que la politique ne devait pas s’immiscer dans les Jeux olympiques serait bien plus efficace qu’une manœuvre politique voyante. Et de fait, les leaders politiques des deux pays ont maintenu jusqu’au bout une attitude indifférente devant la candidature de Tokyo. Paradoxalement, Chine et Corée du Sud ont même échoué à utiliser leur soutien comme une valeur d’échange sur les questions politiques en cours. En d’autres termes, le problème des tensions actuelles a pu être totalement déconnecté du dossier olympique. Le résultat a été que si la Chine ni la Corée du Sud n’ont apporté un soutien visible à la candidature de Tokyo, elles n’y ont en tout cas fait aucune entrave.

De façon plus générale, concernant l’Asie, le fait que deux parmi les six candidats au poste de prochain président du CIO soient d’origine asiatique a eu un effet délicat. En effet, si les Jeux de 2020 avaient lieu dans un pays d’Asie, l’élection d’un nouveau président du même continent devenant par là même plus difficile, il était difficile de réaliser une solidarité de l’ensemble de l’Asie autour de la candidature de Tokyo.

En revanche, l’ouverture d’une large zone économique dans l’avenir facilitait en quelque sorte la demande du Japon d’organiser les Jeux Olympique en Asie.

La reconstruction après le séisme est apparue comme une « grande cause »

Le troisième point faible de Tokyo se trouvait dans son manque d’une grande cause. De ce point de vue, Madrid et Istanbul pouvaient au moins mettre en avant le fait que des J.O dans leur ville serait « une première », soutenue par leur statut de grande ville touristique internationale. Inversement, initialement, Tokyo n’avait que des aspects modestes à présenter tels que l’efficacité et la compétence organisationnelle, la sûreté de l’environnement urbain, sans véritable « cause » pour emporter la motivation. Or c’est justement cela qui s’est avéré le point fort lors de la phase terminale de la sélection.

En effet, à la différence des autres villes candidates qui ont assis leur stratégie de communication sur leurs réponses à la question du « Pourquoi organiser les J.O. chez nous », Tokyo a mis l’accent sur le « Comment ils seront organisés chez nous », et sur le fait que « Tokyo, c’est l’assurance que tout sera parfait ».

Dans le même temps, Tokyo a progressivement amené sa « grande cause », à savoir : combiner les Jeux olympiques et la reconstruction suite au séisme du Nord-Est. En particulier, un appel international a été lancé pour faire du « Power of Sports » un moteur dans le processus de rétablissement après la catastrophe. Profitant des opinions qui exprimaient des craintes sur les risques de séisme ou de radioactivité, Tokyo a montré un schéma qui donne tout son poids à l’esprit de défi de l’athlète et du sportif pour gagner le soutien de la majorité devant l’attitude du Japon qui donne tout ce qu’il a dans la reconstruction.

Ainsi, en définitive, la victoire de Tokyo, qui partait avec un certain nombre de faiblesses, fut d’avoir réussi à transformer ces points faibles en autant d’arguments positifs. Le sourire de la déesse de la victoire serait-il légèrement ironique ?

(Adapté d’une chronique rédigée le 13 septembre 2013)

  • [10.10.2013]

Professeur invité à l’Université Aoyama Gakuin. Secrétaire général du Tokyo Bid Committee (comité Tokyo JO 2020). Né en 1938. Diplômé de la Faculté de droit de l’Université de Tokyo et de la Faculté d’économie de l’Université de Cambridge. Est entré en 1962 au ministère des Affaires étrangères, où il a occupé les postes de directeur général du Département des affaires culturelles et du Bureau des affaires économiques, vice-ministre des Affaires étrangères et ambassadeur du Japon au Vietnam, en Corée du Sud et en France. Président de la Fondation du Japon d’octobre 2003 à septembre 2011. Auteurs de plusieurs ouvrages, dont Gurôbarizumu e no Hangyaku (La Révolte contre la globalisation, 2004).

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