J’ai vu la formule magique du film japonais
Le Japon, pays des adaptations cinématographiques

Txabi Alastruey [Profil]

[05.11.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Chaque automne a lieu au Japon le Tokyo International Film Festival (TIFF). Les professionnels du cinéma aussi bien japonais que d’autres pays se retrouvent ainsi pour le plus important festival du Japon, et l’un des plus connus en Asie (le seul festival japonais certifié par la Fédération Internationale des Associations de Producteurs de Films, la FIAPF).

Inauguré en 1985, le premier Grand Prix de la compétition fut remporté par Somai Shinji pour son film Typhoon Club. D’autres œuvres de genres et de styles très variés ont été récompensés depuis lors, tels Le Cerf-volant bleu de Tian Zhuangzhuang en 1993, Ouvre les yeux d’Alejandro Amenabar en 1997 ou Amours chiennes d’Alejandro Gonzales Inarritu en 2000. Depuis sa création, le Festival International du Film de Tokyo a récompensé des réalisateurs de grand talent et démontré le très haut niveau de ses critères de sélection.

26e édition du Festival International du Film de Tokyo (en 2013). Grands maîtres et professionnels du cinéma mondial se retrouvent sur le fameux « tapis vert ». (De gauche à droite) Mitani Kôki (réalisateur), Yakusho Kôji (acteur), Tom Hanks et Paul Greengrass (réalisateur anglais).

Les prix répondent généralement aux attentes, mais ce qui se déroule en coulisse est souvent le point le plus intéressant du festival. Un film qui n’était pas destiné aux grands circuits commerciaux peut soudain attirer à lui beaucoup d’intérêt de la part du public. Ou un metteur en scène, un scénariste, l’auteur de l’œuvre originale et les acteurs engagent la conversation avec le public pour parler de leur création. Dans la salle, des discussions passionnées s’engagent sur tel film qu’on a vu, les interprétations personnelles s’échangent, c’est formidable.

De façon générale, au Japon les gens vont peu au cinéma comparé à d’autres pays. Trop occupés par leur travail, ils quittent les bureaux très tard, tout cela rend quasiment impossible d’aller au cinéma en semaine. Aussi quand on décide de passer deux heures devant un film, et qu’on ne veut pas regretter ses 2 000 yens (environ 15 euros !), on est assez sévère sur le choix du film qu’on va voir.

D’autre part, j’ai découvert que les Japonais ressemblaient assez aux gens de n’importe quel autre pays développé. Pour aller vite, les Japonais aiment les films faciles à comprendre, ils ne sont pas très exigeant sur la qualité artistique des films. Comme les Américains, pourrait-on croire, mais il faut bien se rendre compte que ce que les Japonais trouvent facile à comprendre est bien différent de ce qu’imaginent les Américains.

Une bonne histoire est une histoire de tous les jours

En Amérique, tout est formaté, un film est une comédie romantique ou un film de super héros ou un remake de film d’horreur, ce sont les films qui répètent toujours les mêmes règles qui rapportent. Mais au Japon, ce que les gens demandent, ce sont des histoires qui se passent dans la vie quotidienne. L’industrie japonaise du cinéma reconnaît qu’il y a une différence entre les films américains et japonais du point de vue de la profondeur et de la qualité. Mais c’est parce que la demande est aux films « populaires ». Une fois cela admis, le travail sur la « forme » facile à rassembler les suffrages du public est aussi exigeante que dans les films américains.

Un point caractéristique est que 90% des films japonais sont des adaptations de mangas ou de romans. Même dans le genre science-fiction ou le fantastique, il n’est pas imaginable que la vision du monde ou l’expression de la nature des personnages soient autre chose que « japonais ». Pour qu’apparaisse sur l’écran quelque chose avec lequel le public se sente le plus possible en familiarité, la meilleure façon est d’adapter une œuvre que le public connaît et a déjà aimé sous une autre forme.

Par exemple, Okuribito (Departures), qui a reçu une récompense pour le meilleur film étranger aux Oscars 2009, et bien que le générique du film ne mentionne aucune œuvre originale à l’origine du scénario, est adapté d’un récit autobiographique intitulé Nôkanfu Nikki (Journal d’un croque-mort bouddhiste). Les Japonais sont tellement habitués à ce que les films soient des adaptations que quand un roman connaît un grand succès, les lecteurs attendent l’adaptation au cinéma ou à la télévision comme quelque chose de naturel.

Il y a aussi des remakes. Moins qu’aux États-Unis, mais l’approche est plus audacieuse. Yamada Yôji, réalisateur de la série Otoko wa tsurai yo, a réalisé cette année Tokyo kazoku (Famille à Tokyo) . Ce film n’est rien d’autre qu’un remake de Voyage à Tokyo de Ozu Yasujirô. L’œuvre est en elle-même de très bonne facture. Mais je me demande si les critiques cinématographiques du monde entier accepteraient un remake de Citizen Kane par Spielberg, par exemple ?

Le cinéma asiatique sauvera-t-il le cinéma japonais ?

Bien que l’industrie cinématographique montre globalement des signes de déclin, il y a toujours des films très intéressants au Japon. Et en Asie, des œuvres d’avant-garde sont encore produits et certains d’entre eux sont bien acclamées en Europe et en Amérique.

Mais si les critiques occidentals se sentent parfois perdus avec les films asiatiques, c’est dans la majorité des cas un problème de différence culturelle. Car ces œuvres ne manquent généralement pas de pertinence d’un point de vue artistique.

Par exemple, les films de Okita Shûichi méritent plus d’attention qu’ils n’en ont eue jusqu’à présent. Nankyoku ryôrinin (Le Cuistot du Pôle Sud), a amusé le public en 2009 (à propos, encore une adaptation, d’un essai de Nishimura Jun), et son Kitsutsuki to ame (Le Pic et la pluie) avec Yakusho Kôji en 2011, qui raconte l’histoire d’une équipe de cinéma qui se rend dans un village du Kansai pour tourner un film de zombis, a également eu beaucoup de succès. Ce film-ci était un scénario original, écrit par le metteur en scène lui-même, et a reçu le Prix Spécial du jury du Festival International du Film de Tokyo en 2011.

Le Festival International du Film de Tokyo m’a procuré d’innombrables moments de grande joie. Tous ces films, toutes nationalités confondues, m’ont aidé à développer mon imagination les longues soirées de week-ends.

(Traduit du japonais, l’article original est en espagnol, 17 octobre 2013)

  • [05.11.2013]

Diplômé du département d’anglais à l’Université publique du Pays Basque. Effectue sa première visite au Japon en 2000, a enseigné l'espagnol dans plusieurs écoles. Rentre en Espagne en 2002, travaille comme scénariste et traducteur pour le réalisateur de cinéma Tinieblas González, ainsi que comme représentant du Tinieblas Film Corporation International Film Festival. Retourne au Japon après d’autres séjours en Uruguay et au Costa Rica. Enseigne l’espagnol et enseigne la production cinématographique en espagnol à des classes d’étudiants de l’Université des études étrangères de Tokyo. Travaille aussi comme scénariste et traducteur.

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