Pourquoi les Japonais ont-ils des relations humaines apaisées ?

Ehab Ahmed Ebeid [Profil]

[13.12.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Dans la rue, on voit souvent des Japonais s’excuser en baissant la tête tout en téléphonant sur leur portable. Il n’y a personne devant eux, mais ils s’excusent très sincèrement vis-à-vis de leur interlocuteur.

Les Japonais s’excusent beaucoup, c’est bien connu. Par contre, au Moyen-Orient et dans les pays arabes, comme en Europe et aux États-Unis, où s’excuser signifie assumer une responsabilité, les gens sont très réticents pour reconnaître leurs erreurs. Parce que présenter des excuses affaiblit sa position, et pourrait devenir désavantageux, par exemple en cas de procès.

« S’excuser » contient tout l’esprit japonais en condensé.

Il m’a fallu vivre au Japon de longues années avant de comprendre que s’excuser demandait du courage devant les autres, mais devenait possible en étant honnête avec soi-même. Autrement dit, c’est celui qui s’excuse qui prend l’avantage sur l’autre. Car reconnaître une faute n’est pas du tout s’humilier ni flatter l’autre.

Confucius a dit :
« Tous les hommes font des erreurs, mais la véritable erreur est de ne pas les reconnaître ».

Quand on a dérangé ou blessé quelqu’un, reconnaître son erreur et regretter, mais aussi ressentir la gratitude pour tout, telle est l’essence de relations humaines apaisées.

Il y a aussi ce qu’on appelle dans le bouddhisme les cinq formules de remerciement. Dire « Oui » (hai) d’un cœur honnête, exprimer son remord en disant « je suis désolé » (sumimasen), exprimer son humilité en disant « c’est grâce à vous » (okage-sama de), exprimer l’envie de rendre service en disant « je vais le faire » (watashi ga shimasu), et enfin, exprimer sa gratitude en disant « merci » (arigatô).

Cette morale existe et est transmise par les parents à leurs enfants quelque soit la religion, mais s’exprime de manière très différente selon les personnes et les pays.

Je souhaite que mon enfant grandisse dans le respect de l’enseignement des cinq formules. Et pour commencer, c’est à moi, son père, de toujours les garder dans mon cœur.

Voilà l’une des nombreuses choses que j’ai apprises au Japon.

(D’après un original en japonais écrit le 6 novembre 2013.)

  • [13.12.2013]

Né à Gizeh en Egypte en 1970. 1991 : enseignant adjoint du département de littérature japonaise de la Faculté des lettres de l’Université du Caire après l’obtention de son diplôme dans ce même département. Depuis 2011, chef-enseignant de langue étrangère du Centre d’éducation sociale des langues étrangères de l’Université des étudess étrangères de Tokyo. Il compile un dictionnaire et un livre de grammaire arabe en japonais, et de japonais en arabe.

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