Quel sens donner aux heurts entre la Chine et le Vietnam ?

Ogawa Kazuhisa [Profil]

[03.07.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | Русский |

La tension monte en mer de Chine méridionale entre la Chine et le Vietnam autour de forages pétroliers chinois dans les îles Paracels. Depuis le début du mois de mai, la Chine a réagi aux protestations émises par le Vietnam vis-à-vis de cette atteinte à ses droits et intérêts dans le domaine des ressources naturelles en envoyant des patrouilleurs armés qui ont tiré au canon à eau ou éperonné des bateaux vietnamiens. Par ailleurs, les manifestations anti-chinoises au Vietnam ont dégénéré en violences qui ont fait des morts. 

Enfin, en mer de Chine orientale, des avions de chasse chinois Su27 ont, le 24 mai dernier, volé anormalement près d’avions de renseignements électroniques des Forces aériennes et maritimes d’autodéfense à proximité de la limite entre les zones aériennes japonaise et chinoise.

Du point de vue chinois, la mer de Chine méridionale, où sont situés les archipels des Paracels et des Spratly, que revendiquent notamment le Vietnam et les Philippines, et la mer de Chine orientale, où elle a un différend avec le Japon à propos des Senkaku, sont sans aucun doute des zones maritimes stratégiquement importantes pour son territoire.

À première vue, il peut sembler que la Chine continue à prendre une attitude de fermeté et à faire pression sur tous les pays environnants. Mais elle ne fait pas preuve de la même fermeté partout, et il n’est pas exagéré de dire qu’elle distingue stratégiquement l’usage qu’elle en fait. Le Japon doit en être conscient quand il envisage sa politique vis-à-vis de la Chine.

Des heurts qui suivent les règles internationales

Lors des incidents récents au large des îles Paracels, des bâtiments de la Garde côtière chinoise qui comprenaient des patrouilleurs armés ont certainement attaqué au canon à eau et éperonné des bateaux vietnamiens à multiples reprises, avec une violence de loin supérieure à la manière dont la Chine a réagi face au Japon dans la mer de Chine orientale.

Les médias japonais les ont rapportés dans des articles qui parlaient d’« escalade » ou de « risque de guerre », mais en réalité, il ne s’agit nullement d’actes de violence. On peut y discerner la volonté chinoise de garder la situation sous contrôle et de la gérer efficacement.

Intéressons-nous à la photo ci-dessus. De quelque manière qu’on le regarde, le patrouilleur armé de la garde côtière chinoise qui éperonne le bateau vietnamien dirige son canon automatique vers le ciel. Il s’agit d’une action d’évitement, c’est-à-dire d’un simulacre d’attaque, conforme aux règles du Code for Unplanned Encounters at Sea adopté lors du Western Pacific Naval Symposium, organisé le 22 avril à Qingdao, auquel ont participé les chefs des marines de 21 pays, dont le Japon .

Un simulacre d’attaque désigne une action qui ne peut déclencher un conflit, comme un survol à basse altitude, l’usage d’un radar de contrôle de tir, ou encore menacer en pointant un missile ou un fusil. La Chine veut montrer en d’autres termes qu’elle respecte les règles internationales minimales pour éviter une détérioration de la situation.

Comme on le voit, les actions de la Chine en mer de Chine méridionale sont à leur façon mesurées. Il est probablement plus rationnel de penser que si les heurts entre la Chine et le Vietnam sont bien plus violents que ceux qui l’opposent au Japon, ce n’est pas parce que la situation en mer de Chine méridionale est plus grave, mais parce qu’ils reflètent la différence que font le Parti communiste chinois (PCC) et de l’Armée populaire de libération (APL) dans leur perception des risques en mer de Chine méridionale et en mer de Chine orientale.

  • [03.07.2014]

Analyste militaire, né en 1945 dans la préfecture de Kumamoto. Diplômé de l’École d’aviation des Forces terrestres d’autodéfense, il a travaillé ensuite comme journaliste dans la presse régionale et hebdomadaire puis s’est établi comme le premier analyste militaire indépendant au Japon. Il a participé à l’élaboration de la politique gouvernementale dans le domaine des relations étrangères, de la sécurité et de la gestion de crise. Depuis avril 2012, à l’invitation du gouverneur de la préfecture de Shizuoka, il est professeur à l’Université de Shizuoka où il est spécifiquement chargé de l’amélioration du système de gestion de crise de la préfecture. En mars 2011, il a créé l’Institut de recherche du changement dans les relations internationales. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dans le domaine de la défense nationale.

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