Il y a seulement la Chine de l’Armée de libération

Tanaka Naoki [Profil]

[24.07.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 |

L’année 2014 marque le 25ème anniversaire des événements de Tian’anmen. Pendant ce quart de siècle, de nombreuses propositions sur le potentiel de la Chine contemporaine se sont effacées, et le pays a changé de nature de manière significative. Je souhaite revenir sur ce qui est arrivé pendant cette période.

Parmi les propositions qui ont disparu figure notamment celle selon laquelle « le développement économique conduira aussi à une modernisation de la politique ». Je voudrais en ajouter une autre: « la liberté d’association est une nécessité logique pour le développement de l’économie chinoise ». L’augmentation de la productivité à valeur ajoutée est indispensable au développement de l’économie chinoise. Il ne faut faire revenir la croissance économique qu’aux investissements en ressources humaines et en capital. Pour augmenter la productivité à valeur ajoutée en tant qu’élément contribuant à la croissance, il va sans dire qu’il faut intensifier la recherche-développement et les investissements en ressources humaines. Mais cela passe nécessairement par la liberté d’association. Pourtant, depuis les événements de Tian’anmen, la modernisation de la politique a été fondamentalement déniée, ce qui fait qu’il est impossible d’espérer que la liberté d’association soit reconnue. Il ne fait aucun doute que ces événements ont écrasé quelque chose d’extrêmement fondamental pour la Chine.

Le contexte de la visite en Chine de l’empereur japonais

La communauté internationale s’intéresse cependant avant tout à la concrétisation des libertés politiques. Mais à propos de la Chine, il faut d’abord tourner son attention vers les conséquences de Tian’anmen, c’est-à-dire vers les entraves politiques qui en ont découlé de manière durable pour le Parti communiste chinois lui-même.

On dit que Deng Xiaoping aurait envisagé ce qui se passait alors sur la place Tian’anmen pleinement conscient du fait que si le mouvement n’était pas réprimé, il perdrait le pouvoir. C’est ce qui l’a conduit à liquider le problème par la force. Personne ne pensait alors que les soldats de l’Armée populaire de libération retourneraient leurs armes contre le peuple, encore moins les soldats eux-mêmes. Aujourd’hui, on peut trouver des témoignages de soldats en ce sens. Mais les hommes de l’Armée populaire de libération, qui est en réalité l’armée du Parti, ont dirigé leurs armes contre le peuple. Le Parti communiste chinois a ainsi perdu son apparence de leader de la révolution par le peuple.

Puisque les fondements du contrôle du Parti étaient ébranlés, certains dirigeants du Parti se sont certainement dit que sa domination ne pouvait être justifiée qu’en revenant à un fait historique indiscutable, que personne ne saurait nier, « la victoire dans la guerre de résistance contre l’agression japonaise obtenue par le Parti communiste ». On peut dire que cela a fourni l’occasion de lancer l’éducation patriotique anti-japonaise.

L’empereur du Japon a effectué une visite en Chine en 1992, trois ans seulement après les événements de Tian’anmen. Cela a suscité des controverses au Japon. J’ai eu l’occasion de demander lors d’une conversation privée, à Miyazawa Kiichi qui était premier ministre en 1992, pourquoi il avait pris cette initiative. Voici ce qu’il m’a répondu : « J’ai interrogé les spécialistes de la Chine sur tous les scénarios possibles. Leur position fondamentale était que plus le temps passait, que ce soit cinq ou dix ans, plus les relations bilatérales se détérioreraient. Si l’empereur devait aller en Chine, il fallait que ce soit en 1992. Ne pas le faire empêcherait de passer à une nouvelle étape dans les relations entre nos deux pays. Il a été décidé que l’empereur s’y rendrait en 1992, vingt ans après le rétablissement des relations diplomatiques, parce que cela paraissait la seule option possible. »

Cette visite de l’empereur en 1992 est parfois évoquée comme une sorte de mesure d’assistance vis-à-vis de la Chine embourbée dans les incidents de Tian’anmen, mais à ma connaissance, les choses n’ont pas été si simples. Les relations entre le Japon et la Chine avaient déjà commencé à changer de nature. Elles n’étaient plus amicales comme à l’époque du rétablissement des relations diplomatiques, mais tendues comme elles le sont encore aujourd’hui. Dans ce contexte, la vérité est probablement que la visite de l’empereur a été décidée parce qu’il fallait passer à un nouveau stade dans la mesure où le Japon pouvait le faire.

  • [24.07.2014]

Économiste, né en 1945, titulaire d’une maîtrise d’économie de l’Université de Tokyo, il a précédemment été chercheur à l’Association d’études de l'économie nationale et président de l’Institut de recherche politique du XXIe siècle, avant de devenir président du Centre d'études de la politique publique internationale. Il est l’auteur de nombreux ouvrages.

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