70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale : des leçons à tirer pour le monde entier

Watanabe Tsuneo [Profil]

[08.05.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Les médias occidentaux ne font-ils pas fausse route sur les questions mémorielles en Asie de l’Est ? Les actes passés du Japon, qui remettaient en question l’ordre international, sont certes critiquables, mais ils ne doivent pas faire oublier les tentatives actuelles de certains pays pour renverser l’ordre établi.

Quelle compréhension des questions de fond ?

En cette année de commémoration du 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, les occasions de revenir sur le passé et de réfléchir aux questions mémorielles sont nombreuses. Si la déclaration préparée par le chef du gouvernement japonais, Abe Shinzô, et sa perception des questions mémorielles suscitent tant d’attention de la part de la Chine et la Corée du Sud mais aussi des nations occidentales, c’est sans doute parce que les débats sur ces questions attisent le nationalisme au Japon comme en Chine, et qu’on peut craindre que ces différends ne débouchent sur un conflit.

Cependant, jusqu’à présent, le débat porté par les principaux médias occidentaux autour de la vision historique du gouvernement Abe est souvent peu constructif, voire contre-productif si l’on admet que l’objectif est d’éviter un conflit et d’assurer la stabilité en Asie. Les parties impliquées, sans s’attacher aux faits, se contentent de débattre de façon superficielle des questions historiques, en s’appuyant sur des principes politiques et un point de vue moral d’aujourd’hui. De plus, ces débats autour de la perception historique du passé du Japon détournent l’attention d’un défi majeur, celui du changement d’ordre mondial actuellement à l’œuvre par la force en Asie de l’Est, une réalité grave à laquelle peu d’attention est accordée.

La position d’Abe Shinzô

Les médias occidentaux se concentrent, aujourd’hui comme hier, sur la question de savoir si les « révisionnistes » japonais cherchent à justifier l’invasion japonaise en Chine dans les années 1930. Il est indéniable qu’il existe des révisionnistes au Japon. Parce que le Japon est un pays démocratique qui garantit la liberté d’expression, où de telles déclarations ne sont pas interdites.

Si le Japon menaçait effectivement ses voisins en renforçant sa puissance militaire et en cédant à une tentation expansionniste, et que de tels signes indiquant une tentative de renverser par la force l’ordre mondial actuel existaient, l’inquiétude face au révisionnisme serait compréhensible. Mais ce n’est pas le cas.

Certains articles présentent Abe Shinzô lui-même comme un révisionniste. Il est certes un homme politique de sensibilité conservatrice, mais, dans le même temps, il soutient fermement l’alliance avec les États-Unis, qui a participé à ériger l’ordre mondial après-guerre. D’autre part, bien qu’il tienne à titre personnel à se rendre au sanctuaire Yasukuni où sont honorés les Japonais morts au combat, loin de remettre en cause l’ordre établi, il en est au contraire un fervent partisan.

Si le révisionnisme pose problème, c’est sans doute par crainte que la justification des invasions passées soit également celle d’une remise en cause de l’ordre mondial à l’avenir. Cependant, à l’heure actuelle, le pays dont on peut craindre qu’il tente de renverser par la force l’ordre établi dans la zone asiatique n’est pas le Japon mais, paradoxalement, précisément celui qui critique sévèrement la perception historique du Japon, à savoir la Chine.

  • [08.05.2015]

Directeur de la recherche stratégique de la Fondation de Tokyo. Né en 1963, diplômé de la faculté de chirurgie dentaire de l’Université Tohoku, titulaire d’un master en sciences politiques de The New School. Ancien chercheur au Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS) et au Centre stratégique Mitsui. Spécialiste des relations entre le Japon, les États-Unis et la Chine et des questions sécuritaires et militaires en Asie. Auteur notamment du Livre pour comprendre l’Amérique d’aujourd’hui (Mikasa Shobô, 2012) et de 2025, année du retournement États-Unis/Chine (PHP Institute, 2011).

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