Aux racines du boom japonais – le japonisme

Watanabe Hirotaka [Profil]

[26.08.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

L’art japonais en Europe : céramiques et laques

Dans le cadre des échanges entre le Japon et l’Europe, les premières œuvres artistiques à avoir éveillé l’intérêt des pays d’Europe de l’Ouest ne sont pas les estampes, mais les porcelaines. La céramique, d’abord développée en Chine, était prisée des familles royales et aristocratiques de toute l’Europe. Cependant, après la chute de la dynastie Ming, l’exportation des porcelaines a connu un coup d’arrêt ; c’est alors le Japon qui a repris le flambeau, au milieu du XVIIe siècle.

Céramique ancienne d’Imari, vers 1680 (Sèvres – Cité de la céramique. Photo : World Imaging)

C’est à cette époque qu’apparaissent les céramiques d’Imari, de Nabeshima ou encore de Kakiemon. Entre 1652 et 1683, sur une trentaine d’années, on estime que quelque 1,9 million de porcelaines japonaises ont été exportées vers l’Europe. Mais la production de blanc de Chine se développe en Europe et les techniques céramiques progressent, notamment à Meissen en Allemagne et Sèvres en France, qui produisent des porcelaines similaires à celles de Chine et du Japon ; les importations en provenance du Japon diminuent.

La laque, appelée laque japonaise, devient un temps synonyme de Japon, dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Sous l’influence des missionnaires chrétiens, la laque japonaise donne naissance au style Namban, utilisé pour une vaste gamme d’objets du culte comme du quotidien. Leur exportation vers l’Europe était confiée à la Compagnie des Indes Orientales.

Les estampes, simple papier d’emballage

Quant aux estampes, dont la technique de mise en couleurs a été établie vers 1765, leur exportation est intervenue beaucoup plus tard. La première serait le fait d’Isaac Titsingh (1745-1812), administrateur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales à Nagasaki. Philipp Franz von Siebold (1796-1866), médecin de la même compagnie arrivé plus tard au Japon, est considéré comme le découvreur de Hokusai en Europe.

Extrait du Hokusai Manga, vers 1812 (éd. Tôhekidô, 1878, Bibliothèque nationale de la Diète du Japon)

C’est au milieu du XIXe siècle que les Français s’entichent de l’art japonais. En 1851, les Frères Goncourt dépeignent dans leur Journal un salon décoré d’œuvres d’art japonaises. Ainsi, au début du Second Empire, le boom du Japon se développe parmi les intellectuels. Lors de l’Exposition universelle de 1867, l’art japonais compte déjà de fervents amateurs.

L’anecdote est célèbre, mais le succès des estampes japonaises en France tient à la découverte de croquis du Hokusai Manga utilisés pour emballer un envoi de céramique japonaise. Leurs qualités artistiques auraient éveillé l’intérêt du graveur Félix Bracquemond (1833-1914). C’était en 1856. C’est également à cette époque que M. et Mme Desoye ouvrent leur boutique d’art japonais, la première du genre à Paris.

On le sait, les estampes japonaises ont été particulièrement prisées des impressionnistes, et appréciées dans le monde entier. Un paravent japonais figure à l’arrière-plan du Portrait d’Emile Zola réalisé par Edouard Manet. Lors de la deuxième exposition du groupe impressionniste, en 1876, Claude Monet présente La Japonaise ; Degas, Gauguin ou encore Toulouse-Lautrec ont eux aussi été influencés par l’art japonais. De multiples estampes ornent la maison de Monet à Giverny, laissant deviner son goût pour cet art. Sous l’impulsion du marchand d’art japonais Hayashi Tadamasa (1853-1906), Edmond de Goncourt publie des monographies d’Utamaro (1891) et de Hokusai (1896). Durant cette première période du boom japonais, les œuvres d’art japonaises, à commencer par les estampes, sont très prisées.

À gauche : Edouard Manet, Portrait d’Emile Zola, 1868, Musée d’Orsay. À droite : Claude Monet, Madame Monet en costume japonais (« La Japonaise »), 1876, Museum of Fine Arts, Boston.

  • [26.08.2015]

Membre du comité de nippon.com. Professeur à l'Université de Tokyo des études étrangères, dont il sort diplômé en français en 1978, et où il passe en 1980 sa maîtrise en études culturelles régionales. Il termine en 1983 son doctorat en droit à l'Université Keiô, et obtient en 1986 un DEA d'histoire des relations internationales contemporaines à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Depuis 1999, il est professeur à l'Université de Tokyo des études étrangères où il dirige l'Institut des relations internationales (TUFS). De 2008 à 2010, il est ministre et directeur du service culturel et d'information de l'ambassade du Japon en France. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont La France sous Mitterrand (Ashi Shobô, 1990, Prix Shibusawa-Claudel), Histoire de la France contemporaine (Chûô Kôron Shinsho, 1998), À l’école de la stratégie diplomatique culturelle française (Taishukan, 2013) et La France contemporaine – la fin des Trente Glorieuses et l’ouverture vers l’Europe (Iwanami Shoten, 2015).

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