Corée du Nord : la Chine est la cible de ses provocations

LEE Young-hwa [Profil]

[26.02.2016] Autres langues : 日本語 | 简体字 | 繁體字 |

Ces derniers temps, la Corée du Nord enchaîne les provocations internationales. Elle a procédé en mai 2015 à un tir expérimental d’un missile mer-sol balistique stratégique, le 6 janvier dernier à un essai nucléaire souterrain et le 7 février à un test déguisé de missile balistique à longue portée.

Quels sont les objectifs de ces démonstrations de force ? Leur raison ? Et à qui sont destinées ces intimidations ? Diverses interprétations circulent. La plupart affirment qu’il s’agit des États-Unis, comme par le passé. C’est en partie vrai pour le tir de missile, puisque le Conseil de sécurité des Nations unies prépare une résolution sur les essais nucléaires.

Mais je pense que depuis l’essai du missile mer-sol balistique stratégique, ces actions ont pris une nature entièrement différente de celles qui les ont précédées. Il ne fait aucun doute que ces actions sont des manifestations destinées principalement à la Chine. Cela signifie que leur message vis-à-vis de la communauté internationale, et particulièrement des États-Unis, est le suivant : « Nous sommes opposés à l’hégémonie chinoise. Cette arme nucléaire peut aussi être une intimidation dirigée contre la Chine. »

La stratégie à long terme de Kim Jong-un

Kim Jong-un qui a succédé au poste de dirigeant suprême de la Corée du Nord à la mort de son père en 2011 a procédé ensuite à l’épuration continuelle des proches et des hauts fonctionnaires qui assuraient la tutelle mise en place par son père. Aujourd’hui, il n’a quasiment plus d’opposition à l’intérieur du pays et il s’est visiblement jugé prêt à lancer ses thèmes à moyen et long terme pour son pays.

Il va sans dire que le premier problème qu’il a à résoudre est le redressement de l’économie qui est dans une situation désespérée. Jusqu’à présent, la Chine a soutenu la Corée du Nord de toutes les manières possibles, mais les demandes qu’il lui a faites n’ont pas conduit aux résultats espérés. Kim Jong-un semble être parvenu à la conclusion que la ligne fondamentale de la Chine quant à l’aide à apporter à son pays est de « ne lui laisser ni la vie ni la mort ». C’est la raison pour laquelle qu’il essaie d’obtenir de l’aide d’autres parties.

La différence avec l’Iran

Kim Jong-un n’a pas hésité à dire à ses proches que la Chine est un ennemi pour cent ans. Selon des informations que j’ai reçues, il a récemment déclaré : « Il ne faut pas craindre de montrer de l’audace face à la Chine. Si elle s’aligne sur les États-Unis et décide de participer aux sanctions, il faudra se résigner à lancer un missile nucléaire contre Pékin. » Ce propos a été tenu en privé mais il n’en est pas moins destiné à être entendu par la Chine.

La seule carte avec laquelle la Corée du Nord puisse négocier avec l’étranger est évidemment les missiles nucléaires sur lesquels elle travaille. La communauté internationale ne peut qu’exiger, comme condition à la levée des sanctions internationales et à la fourniture d’une aide, que la Corée du Nord renonce à ce projet comme l’Iran l’a fait. Mais si Pyongyang abandonne l’arme nucléaire, le régime actuel ne pourra qu’être écrasé par les pressions externes. Le chantage est le seul moyen dont disposent le pays et son dirigeant.

Mais sa nouvelle caractéristique est qu’il n’est pas dirigé contre les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon. Tournons-nous à présent vers la signification de la bombe à hydrogène et de ce missile mer-sol balistique stratégique, en liaison avec cette déclaration présentant la Chine comme un ennemi pour cent ans.

La Corée du Nord essaierait, en d’autres termes, de doter ses missiles de têtes plus lourdes alors qu’il n’est même pas certain qu’ils soient capables d’embarquer une arme nucléaire conventionnelle. De plus, elle veut équiper ses sous-marins conventionnels à rayon d’action limitée de missiles sol-mer balistiques stratégiques. Si elle y parvient, quelles seront leurs cibles ? Les États-Unis ne seront pas à leur portée et ce ne pourra être que les pays voisins. Ces nouveaux développements n’ont quasiment aucune incidence sur les États-Unis, mais représentent un menace directe pour la Chine.

Les critiques qu’essuie la Chine de la part de la communauté internationale, et particulièrement des États-Unis, pour ses initiatives en mer de Chine méridionale sont à l’arrière-plan de cette décision de la viser. La Corée du Nord veut justifier sa propre position dans la mesure du possible en prenant une attitude qui va dans ce sens. De plus, elle estime que la Chine ne peut, étant donné les problèmes économiques qu’elle affronte aujourd’hui, prendre de sanctions sévères à son égard.

  • [26.02.2016]

Professeur à la faculté d’économie de l’Université du Kansai. Né en 1954 dans la préfecture d’Osaka, dans une famille coréenne installée au Japon depuis trois générations, titulaire d’un doctorat en économie, il a fait toute sa carrière à l’Université du Kansai. D’avril à décembre 1991, il a étudié la sociologie à l’Académie nord-coréenne des sciences sociales. Il a formé en 1993 une ONG, le « Réseau d’action urgente pour le peuple nord-coréen (RENK) », dont il est actuellement président. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la Corée du Nord, dont Bôso kokka Kita-Chôsen no nerai (Un État voyou : les visées de la Corée du Nord) aux éditions PHP en 2009.

Articles liés
Autres chroniques

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone