Emploi « non-régulier », un concept flou

Genda Yûji [Profil]

[08.04.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Aujourd’hui, 40 % des employés sont titulaires d’un « emploi non-régulier ». Le gouvernement d’Abe Shinzô a décidé de promouvoir, durant la session parlementaire en cours, le slogan « Un salaire égal pour un travail égal » afin de réduire les disparités salariales entre employés dits « réguliers » (sei-sha’in) et « non-réguliers » (hi-sei-sha’in, un type de contrat précaire).

Cependant, la route est longue et sinueuse. Les entreprises refusent de voir grossir leur masse salariale pour cause d’augmentation forcée du salaire des employés non-réguliers. Dans le même temps, les syndicats craignent une dégradation des conditions salariales pour les employés réguliers, à la faveur d’un nivellement par le bas. Tout le monde s’accorde à dire que les disparités de salaire entre employés réguliers et non-réguliers doivent disparaître mais, dans les faits, le passage à l’acte suscite des antagonismes virulents.

Pleins feux sur les employés non-réguliers

Pas un jour ne passe sans voir les termes « employé régulier » et « employé non-régulier » évoqués dans la presse et les autres médias. Depuis quand les contrats précaires attirent-ils une telle attention ? Une recherche par mot-clé dans le quotidien Asahi Shimbun montre l’évolution de l’occurrence des termes sei-sha’in (employé régulier) et hi-sei-sha’in (employé non- régulier) dans les articles du journal, visible dans le graphique ci-dessous. En 2015, le mot sei-sha’in figurait dans 565 articles, contre 110 pour le mot hi-sei-sha’in. C’est en 2001 que, pour la première fois, le terme sei-sha’in apparaissait dans plus de 300 articles, alors que jusqu’en 1993, on le trouvait dans moins de cent articles chaque année.

Une définition floue

Soulignons également que la catégorie « employé régulier », sei-sha’in, ne possède pas de définition précise. Étonnamment, dans la législation japonaise relative au travail, le terme d’« employé régulier » n’apparaît pas. Un « employé régulier », sous contrat à durée indéterminée, est assuré de rester employé à temps plein par la même entreprise, en contrepartie de quoi il doit être polyvalent et mobile : telle est l’image qu’on se fait du sei-sha’in. Cependant, aucun cadre législatif ne précise la durée de ce contrat ni la diversité des affectations de l’employé. De ce fait, légalement, le statut d’« employé régulier » n’existe pas.

Dans ce cas, quel est le statut d’« employé non-régulier », qui touche aujourd’hui 40 % des employés ? À vrai dire, les statistiques gouvernementales sur les employés réguliers et non-réguliers reposent sur un fondement peu stable, celui de savoir si, sur son lieu de travail, l’employé est considéré comme un sei-sha’in ou non.

Pour un même travail, un employé peut être considéré ici comme sei-sha’in, et là comme hi-sei-sha’in. Au niveau légal, rien n’oblige une entreprise à conférer à un employé le titre de sei-sha’in dans telles ou telles conditions. Le statut d’employé régulier ou non-régulier est donc extrêmement opaque.

On imagine souvent l’employé non-régulier comme un travailleur affecté à des tâches simples, mais ce n’est pas toujours le cas. Nombre d’entre eux occupent des postes qui demandent de l’expérience et un savoir-faire spécialisé. Ils se sentent souvent rabaissés par ce terme de hi-sei-sha’in. Il est temps de supprimer cette appellation discriminatoire et négative.

  • [08.04.2016]

Né en 1964, professeur de sociologie à l’Université de Tokyo où il a fait des études d’économie. Après avoir été chercheur invité à l’Université d’Harvard, puis d’Oxford, il devient professeur à l’Université Gakushûin jusqu’en 2007, année où il obtient la même position à l’Université de Tokyo. Son dernier ouvrage est intitulé Koritsu mugyô — SNEP (Les personnes solitaires sans emploi). Membre du comité consultatif de rédaction de Nippon.com depuis avril 2014.

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