La princesse Mako et l’avenir de la maison impériale

Nagai Takako [Profil]

[29.06.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | العربية | Русский |

À l’heure où les commentaires des médias sur la famille impériale se focalisent sur le désir d’abdiquer exprimé par l’empereur Akihito, l’annonce des fiançailles imminentes de la princesse Mako, puis son heureux voyage au Bhoutan, ont été reçus comme une bouffée d’air frais. Dans le même temps, le changement de statut de la princesse illustre l’impasse dans laquelle se trouve la famille impériale. En effet, sa taille ne cesse de se réduire, et elle perd un membre précieux à chaque fois qu’une femme quitte ses rangs lorsqu’elle se marie.

Les récents reportages des médias sur la princesse Mako d’Akishino, la petite-fille de l’empereur Akihito, âgée de 25 ans, ont donné aux observateurs de la famille impériale de bonnes raisons de se réjouir. L’emballement des médias a commencé en mai, avec la révélation soudaine des fiançailles imminentes de la princesse, pour se poursuivre en juin, avec la couverture de son voyage au Bhoutan, où elle est arrivée le 1er du mois à l’invitation du roi Jigme Khesar Namgyel Wangchuck.

Dans un monde en pleine mutation, la maison impériale constitue un objet d’admiration en tant qu’emblème de l’histoire et de la culture du Japon. Pendant son séjour d’une semaine au Bhoutan, la princesse Mako, habillée du kimono traditionnel pour un grand nombre de ses apparitions publiques, semble avoir été consciente de ce rôle. À l’occasion de l’Exposition royale de fleurs, l’un des grands moments de sa visite, elle avait choisi un exquis kimono en soie de style furisode (aux longues manches ballantes) teint à la manière yûzen, au motif de nuages brodés d’or. Les nuages, considérés par la tradition comme la demeure des dieux et des dragons, constituent un motif de bon augure dans les arts décoratifs japonais. La ceinture obi, décorée de fleurs et de phénix (autre symbole porte-bonheur) complétait cette tenue, dont l’apparence festive et néanmoins élégante était parfaitement appropriée à la situation.

Des nouvelles aigres-douces

La princesse Mako est la fille aînée du prince Akishino (le second fils de l’empereur et de l’impératrice) et de la princesse consort Kiko. En japonais, elle porte le titre de naishinnô, attribué aux filles et petites-filles dans la lignée masculine d’un empereur. La princesse Mako, qui a fait des études d’histoire de l’art à l’Université d’Edinburgh et obtenu un diplôme de muséologie de l’Université de Leicester, parle couramment l’anglais. Pendant son séjour au Bhoutan, sa maîtrise de cette langue lui a permis de remplir avec assurance son rôle d’ambassadrice culturelle (une importante fonction de la monarchie japonaise).

Hélas, ce voyage pourrait bien être sa dernière visite officielle à l’étranger en tant que membre de la famille impériale. En effet, l’annonce de ses fiançailles avec Komuro Kei, un ancien camarade de classe de l’Université chrétienne internationale de Tokyo, devrait être officiellement confirmée dans les mois qui viennent. Or, dans l’état actuel de la Loi de la maison impériale, lorsqu’elle se marie, la princesse Mako doit renoncer à son statut impérial.

La princesse Mako en visite au Bhoutan, le 2 juin 2017. Jiji Press)

Le dilemme de la famille impériale

On dit que la princesse Mako et Komuro Kei se sont rencontrés il y a cinq ans dans un groupe de discussion pour étudiants intéressés par les études à l’étranger. M. Komuro a fait sa demande en mariage un an plus tard, mais leur relation n’a pas été rendue publique avant le mois de mai dernier. Entre-temps, la princesse a continué ses études et occupé un poste de chercheuse au Musée de l’Université de Tokyo, sans jamais cesser de remplir ses fonctions officielles en tant que membre de la maison impériale. Komuro Kei a lui aussi poursuivi ses études, avant de prendre un emploi dans un cabinet juridique.

Bien entendu, les fiançailles imminentes et le futur mariage du couple offrent une bonne raison de se réjouir. Mais dans le même temps, l’annonce de ces événements a mis en relief le dilemme auquel la maison impériale se trouve confrontée du fait de son vieillissement et de sa taille de plus en plus réduite.

La famille impériale japonaise compte aujourd’hui 19 membres (y compris l’empereur âgé de 83 ans), dont seulement 8 d’entre eux sont encore dans leur trentaine ou plus jeunes. Sur ces 8 membres, 7 sont de sexe féminin. Dans l’état actuel de la loi, seuls les hommes issus de la lignée masculine peuvent prétendre à la succession, tandis que les princesses nées au sein de la famille impériale renoncent à leur titre et deviennent roturières lorsqu’elles se marient en dehors de la famille (ce qui est désormais la seule véritable option en termes de mariage). Si les 7 jeunes femmes de la famille impériale choisissent toutes de se marier, il n’y aura plus d’autres jeunes personnes dans ses rangs que le prince Hisahito, le frère cadet de la princesse Mako, aujourd’hui âgé de 10 ans – et c’est sur ses seules épaules que pourrait reposer tout le fardeau des charges incombant à la monarchie. Les conséquences à long terme de cette situation sont en vérité inquiétantes pour la succession impériale.

  • [29.06.2017]

Journaliste et rédactrice. A travaillé à la rédaction de plusieurs revues nationales avant de rejoindre l’hebdomadaire Shûkan Asahi, où elle est en charge de l’information sur la famille impériale. Auteur et coauteur de nombreux textes concernant la maison impériale et d’autres aspects de la société japonaise d’après-guerre.

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