Faire découvrir « Anne… la maison aux pignons verts » aux petits Japonais
La vie de la traductrice Muraoka Hanako

Peter Durfee [Profil]

[05.09.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 |

Samedi 21 et dimanche 22 juin 2014 se tenait au Tokyo Big Sight la 25e Conférence internationale de traduction japonais-anglais (IJET(*1)), organisée par l’Association japonaise des traducteurs (JAT). Plus de 70 interventions ont eu lieu, suivies par des traducteurs et interprètes bien sûr, mais aussi par une foule de jeunes gens aspirant à exercer ces métiers ; cet événement a attiré deux fois plus de visiteurs qu’en temps normal.

L’une des interventions les plus écoutées a été celle de Muraoka Eri. Mme Muraoka est revenue sur la vie mouvementée de sa grand-mère, Muraoka Hanako (1893-1968), traductrice du roman Anne… la maison aux pignons verts, qu’elle a fait découvrir aux enfants japonais.

Hanako, héroïne d’une série télévisée

Yoshitaka Yuriko interprète Hanako dans la série télévisée matinale de la NHK (photo : Jiji Press)

La série télévisée matinale de la NHK Hanako et Anne, en cours de diffusion, est basée sur l’œuvre d’Eri, Le berceau d’Anne – la vie de Muraoka Hanako.

Dans son intervention à l’IJET, Eri a dévoilé avec humour que certains épisodes de la série étaient inventés.

Par exemple, « Hanako utilise son dictionnaire d’anglais pour bloquer le couvercle de la jarre à saumure, mais pour ma grand-mère, ce dictionnaire était un véritable trésor, et je l’imagine mal s’en servir ainsi. »

De même, à propos de la scène où Hanako, après avoir bu trop de vin, est ivre : « Je ne pense pas que ma grand-mère ait jamais bu jusqu’à se saouler. Les producteurs ont sans doute voulu faire de la publicité aux vins de Kôfu ! », a-t-elle déclaré, déclenchant les rires de l’assistance.

La jeunesse de Hanako – des rencontres déterminantes

Muraoka Hanako (née Annaka Hana) a grandi dans une famille d’agriculteurs pauvres de Kôfu, dans la préfecture de Yamanashi. En lien avec le travail de son père, elle intègre à l’âge de dix ans, en qualité de boursière, l’école protestante pour filles Tôyô Eiwa. Sous la direction de professeurs étrangers exigeants, Hanako découvre alors l’anglais.

La naissance de la traductrice Muraoka Hanako est le fruit de multiples rencontres. Tout d’abord, à l’école, elle fait la connaissance d’Isabella Blackmore (1863-1942), missionnaire canadienne et professeure d’anglais sévère mais enthousiaste. Le niveau d’anglais atteint par Hanako dans cet environnement est un précieux atout. Ensuite, elle rencontre le poète Sasaki Nobutsuna (1872-1963), et Katayama Hiroko (1878-1957), connue comme traductrice sous le pseudonyme de Matsumura Mineko, une ancienne élève de l’école de Hanako, quinze ans plus tôt. Tous deux lui feront découvrir la beauté de la poésie tanka et la littérature moderne, développant ainsi sa sensibilité à la langue japonaise.

La mort d’un fils et la naissance d’une traductrice

Hanako, devenue professeure d’anglais puis éditrice après ses études, connaît une vie mouvementée et traverse une époque tout aussi difficile, marquée par le séisme du Kantô et la guerre du Pacifique. Mais la plus grande épreuve qu’elle ait eu à subir est la mort de son fils adoré, emporté par la maladie juste avant l’anniversaire de ses six ans.

« Ma grand-mère s’est relativement vite remise de la tragédie du séisme du Kantô, mais pas du décès de son fils, un choc terrible. Baptisée dans sa tendre enfance, elle était une chrétienne fervente, mais cette épreuve a failli avoir raison de sa foi. Cependant, le verset du Nouveau Testament “Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique” lui a permis de garder la foi. Ensuite, elle a décidé d’offrir son amour à tous les enfants du Japon en traduisant pour eux les histoires écrites en anglais qui avaient nourri son propre imaginaire. »

(*1) ^ La 1re édition de l’IJET s’est déroulée à Hakone en 1990. Depuis, elle est organisée alternativement au Japon et dans un pays de langue anglophone (San Francisco, Yokohama, Vancouver, Kyoto, Sydney, Miyazaki…) depuis 25 ans.

  • [05.09.2014]

Traducteur et éditeur pour Nippon.com et directeur de la Nippon Communications Fondation. Il est venu au Japon en 1985. Après avoir terminé ses études à l’American School in Japan, il obtient un diplôme en langue japonaise à l’Université de Californie à Berkeley. Il rejoint Japan Echo Inc. en 1996 comme traducteur vers l’anglais pour Japan Echo et le Japan Review of Internation Affairs, ainsi que pour d’autres clients, privés et institutionnels. Il a traduit le Voyage du Docteur Noguchi, une biographie du Dr Hideyo Noguchi.

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