Maneki-neko : les figurines de chats porte- bonheur

Richard Medhurst [Profil]

[26.12.2014] Autres langues : ENGLISH | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Un chat qui fait signe de la patte peut être mignon, mais face à une armée de ces félins dans la même position, on se sent plutôt déconcerté.

Ces statues de chats appelées maneki-neko sont des porte-bonheur qu’on trouve un peu partout au Japon, souvent à l’entrée des magasins et des restaurants. Elles sont déclinées en plusieurs couleurs, raison pour laquelle il est perturbant de faire face à tout un groupe de figurines identiques, dont seule la taille varie. On se croirait un peu devant la foule au départ d’un marathon.

Des origines obscures

Cet attroupement félin se trouve à Gôtokuji, un temple de Setagaya à Tokyo. Selon la légende, un seigneur féodal du XVIIe siècle du domaine de Hikone (aujourd’hui une partie de la préfecture de Shiga) passait par là lorsqu’un chat apparut et l’invita dans le temple. Le seigneur fut ravi d’avoir accepté l’invitation puisqu’il se mit à pleuvoir des trombes et qu’il lui fut ainsi épargné de se retrouver trempé jusqu’aux os. En remerciement, il fit de nombreuses offrandes et choisit le temple où il avait trouvé refuge comme temple officiel de sa famille.

Une partie du temple fut destinée à rendre hommage au chat de la légende, considéré comme l’une des multiples manifestations du Bodhisattva Kannon, déesse de la miséricorde. Lorsque les prières étaient exaucées, des maneki-neko étaient offerts en signe de gratitude : ainsi débuta la collection. Au début, plusieurs sortes de figurines étaient sans doute mélangées, mais aujourd’hui seules les versions blanches officielles, approuvées par le temple, sont acceptées.

Telle serait l’origine du premier maneki-neko, mais les légendes à ce sujet sont nombreuses. L’une des plus célèbres est celle du sanctuaire d’Imado, également à Tokyo : une vieille femme aurait dû abandonner son chat car elle était trop pauvre pour le nourrir ; le chat lui est apparu en rêve, lui recommandant de confectionner des figurines en céramique à son effigie. Le premier maneki-neko serait né ainsi.

Il est difficile de choisir parmi ces légendes obscures, mais une chose est sûre, c’est que le chat de Gôtokuji a servi de source d’inspiration à la création d’une superstar des mascottes régionales. Hikonyan est un chat samouraï créé en 2007 : son nom vient de la ville qu’il représente, Hikone, dans la préfecture de Shiga et de « nyan », l’onomatopée japonaise pour le miaulement. La décision de rendre hommage à l’épisode du chat offrant refuge au samouraï prouve la solidité du lien qui perdure entre le temple de la capitale et la ville de l’ouest de l’archipel.

Une ribambelle de maneki-neko

Les maneki-neko font un geste d’invitation à la façon japonaise, c’est-à-dire le bras levé et la paume de la main tournée vers le bas. Pour quelqu’un qui n’est pas Japonais, cela évoque plutôt un signe de salut. La patte gauche levée est censée attirer les clients, la patte droite l’argent. Alors, pourquoi ne pas en faire avec les deux pattes en l’air, me direz-vous ? À vrai dire, cela existe, mais c’est généralement considéré comme de la triche – et on dirait plutôt que le chat fait banzai.

Les couleurs aussi ont des significations. Les figurines de couleur blanche ont des vertus génériques, les noires le pouvoir de chasser les mauvais esprits et les rouges de protéger contre les maladies, tandis que les dorées vous aideront à devenir riche. Outre ces couleurs traditionnelles, le chat rose pour être heureux en amour s’est aussi fait une place.

On trouve de plus en plus de maneki-neko à l’étranger, à Taiwan par exemple et en particulier dans tous les Chinatown du monde, où ils sont considérés comme des porte-bonheur. L’idée – erronée – qu’ils trouvent leur origine en Chine est d’ailleurs répandue. Je me souviens avoir été surpris d’en voir dans un épisode de la série télévisée britannique Sherlock où apparaissait le Chinatown de Londres.

Victimes des intempéries

Sous la patte qui n’est pas levée, beaucoup de ces félins – mais pas ceux de Gôtokuji – tiennent un koban, une plaque en or qui servait de monnaie à l’époque d’Edo (1603-1868). Là encore, aucune certitude, mais sans doute cela aurait-il détonné dans un temple. Notons en passant la contradiction avec le proverbe « neko ni koban » (« donner de l’or à un chat », en français « jeter des perles aux pourceaux ») qui souligne le fait qu’un chat ne connaît rien à l’argent.

Faute d’argent, les chats de Gôtokuji trouvent la puissance dans le nombre. Un bon millier d’entre eux sont entassés dans l’espace limité qui leur est réservé. On peut se demander si un jour le temple sera à court de place, ou si les plus anciens sont remplacés. A ce propos, exposés aux intempéries, certains ont subi les outrages du temps, une ironie du sort pour ces chats dont l’ancêtre a sauvé un samouraï d’une averse.

(D’après un original en anglais paru le 1er août 2014)

  • [26.12.2014]

Traducteur et éditeur pour Nippon.com. Titulaire d’un mastère de poésie moderne et contemporaine obtenu en 2002, à l’Université de Bristol. Est parti la même année pour le Japon où il a enseigné l’anglais pendant trois ans, à Chiba. A également vécu en Chine et en Corée. A travaillé à la mairie d’Izumi, dans la préfecture de Toyama de 2008 à 2013. S’est ensuite installé à Tokyo où il est devenu traducteur à plein temps chez Nippon.com en 2014.

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