Parler de l’empereur en japonais

Richard Medhurst [Profil]

[25.11.2016] Autres langues : ENGLISH | ESPAÑOL | Русский |

Un keigo supérieur

Lorsque le personnel de service s’adresse à la clientèle au Japon, il fait preuve de courtoisie en utilisant le langage honorifique, appelé keigo. Puisque le client est roi, la déférence appropriée est de mise. Une différence de rang – que ce soit lors d’une brève intervention de service ou dans une entreprise – met en jeu un vocabulaire différent que celui qui est utilisé dans une conversation habituelle, de tous les jours. Il faut souvent du temps, même à un jeune diplômé japonais dans un nouvel environnement, pour apprendre à utiliser correctement ce vocabulaire, sans parler bien entendu d’un étranger apprenant la langue.

C’est un des niveaux de keigo, mais que se passe-t-il si la personne à laquelle vous vous adressez est vraiment roi – ou empereur ? Il existe, au-dessus du langage honorifique standard, un autre niveau appelé saikô keigo utilisé lorsque l’on s’adresse ou que l’on parle de personnes de rang élevé. Il s’applique à la fois à la famille impériale japonaise et aux membres des familles royales étrangères, mais pas aux présidents ou autres chefs d’État roturiers, et il était également requis autrefois pour le shôgun, les régents et les autres membres puissants de la noblesse.

Comme pour la forme standard du langage honorifique, saikô keigo possède des noms, des verbes et d’autres mots distincts qui se substituent à ceux du vocabulaire de tous les jours. Ils apparaissaient autrefois très fréquemment dans les journaux et les reportages radio sur les activités impériales. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, toutefois, la forme la plus haute du langage honorifique a largement disparu des média. Certains mots subsistent, néanmoins, en tant que représentants de cette forme révérencieuse de discours.

Majesté et Altesse

L’empereur Akihito est nommé en japonais tennô heika (天皇陛下), qui pourrait se traduire par « Sa Majesté impériale » ou, plus littéralement, « Sa Majesté, l’empereur ». Le terme heika, utilisé ici, est le saikô keigo le plus couramment employé en japonais aujourd’hui. Ce titre honorifique est donné uniquement à l’empereur et à l’impératrice (kôgô heika), l’impératrice douairière (la veuve de l’empereur précédent lorsqu’elle survit à son époux, kôtaigô heika) et, en théorie, à la grande impératrice douairière (l’impératrice une génération avant, taikôtaigô heika) bien qu’il n’y ait pas eu de grande impératrice douairière japonaise depuis des siècles.

Les autres membres de la famille impériale sont officiellement appelés denka (殿下). Le Prince héritier Naruhito, par exemple, est appelé kôtaishi denka (皇太子殿下). Si heika est grosso modo équivalent à « Majesté » en français, denka peut être considéré comme « Altesse », cette traduction du terme japonais étant préférée par l’Agence de la maison impériale. Ces titres de courtoisie ne sont cependant pas requis à tout prix pour la plupart des membres de la famille impériale et le terme honorifique standard sama est également vu et entendu régulièrement dans les médias. Kôgô sama, kôtaishi sama, par exemple. Exception faite pour l’empereur qui est toujours tennô heika et ne peut jamais être tenno sama.

Lorsque l’empereur Shôwa décède le 7 janvier 1989, presque tous les journaux japonais ont imprimé le terme hôgyo (崩御), un mot signifiant « disparaître » en saikô keigo. Seuls quelques uns d’entre eux, y compris le journal Akahata du Parti communiste japonais, choisirent de ne pas employer ce terme. Il va sans dire que le désir de montrer un respect particulier en se référant au décès d’un empereur a aidé à préserver ce terme honorique le plus élevé dans le langage alors que beaucoup d’autres étaient tombés en désuétude.

En octobre 2016, le journal Sankei Shimbun a employé le terme peu usité de kôkyo (薨去) pour décrire le décès du prince Takahito de Mikasa, l’oncle de l’empereur Akihito. D’autres journaux, toutefois, ont utilisé le terme honorifique standard de seikyo (逝去).

  • [25.11.2016]

Traducteur et éditeur pour Nippon.com. Titulaire d’un mastère de poésie moderne et contemporaine obtenu en 2002, à l’Université de Bristol. Est parti la même année pour le Japon où il a enseigné l’anglais pendant trois ans, à Chiba. A également vécu en Chine et en Corée. A travaillé à la mairie d’Izumi, dans la préfecture de Toyama de 2008 à 2013. S’est ensuite installé à Tokyo où il est devenu traducteur à plein temps chez Nippon.com en 2014.

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