Le futur incertain de l’industrie japonaise des machines-outils

Hikosaka Masao [Profil]

[24.01.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Les machines-outils, qu’on appelle parfois « machines-mères » jouent un rôle vital dans la fabrication des composants de tous les produits de l’industrie, depuis les voitures jusqu’aux appareils ménagers. En 2010, le Japon qui, depuis 27 ans, était le premier producteur mondial en ce domaine en termes de valeur a été évincé par la Chine. Sachant que Taiwan et la Corée du Sud sont en train de combler leur retard, on peut se demander ce que l’avenir réserve à l’industrie japonaise des machines-outils.

« Pour vivre bien, un pays doit produire bien. » Ces paroles de sagesse proviennent de l’introduction à Made in America : Regaining the Productive Edge (Made in America : comment reprendre l’avantage en termes de productivité), publié en 1989 par la Commission sur la productivité industrielle du Massachusetts Institute of Technology.(*1) Ce rapport, conçu pour répondre aux inquiétudes suscitées par le déclin de l’industrie américaine, voulait mettre le doigt sur la menace que représentait l’essor de la production enregistré au Japon et en Europe dans huit secteurs clés — depuis la construction automobile jusqu’à l’industrie chimique en passant par l’aéronautique civile, l’électronique et les machines-outils. Il concluait par le constat que la santé de l’industrie est une composante essentielle de la puissance d’une nation. Au cours des deux décennies qui se sont écoulées entre temps, la puissance industrielle des États-Unis n’a cessé de reculer face à celle du Japon. Dans les années qui viennent, il semble probable que les nouvelles économies émergentes que sont la Chine et l’Inde vont prendre le relais du Japon.

Il existe une relation étroite entre le niveau de développement d’un pays dans le secteur des machines outils et son taux de croissance économique. Il n’est donc pas étonnant que la demande de machines outils soit en pleine essor en Chine (1,3 milliard d’habitants) et en Inde (1,1 milliard d’habitants). Le volume de la demande ne se situe pas au même niveau dans ces deux pays. Les entreprises chinoises sous contrat pour la fourniture de services liés à la fabrication de composants électroniques utilisés dans les smartphones et les tablettes tels que le iPhone et le iPad d’Apple ont conçu des machines universelles d’usinage capables de prendre en charge plus de 2 000 pièces en même temps. Les entreprises taiwanaises et coréennes ont elles aussi fait une entrée en force dans la concurrence pour l’approvisionnement du marché chinois en machines-outils à bas prix. En Chine, tout comme en Inde et sur l’ensemble du marché asiatique, les fabricants chinois, taiwanais et coréens ont recours à des stratégies concurrentielles qui leur permettent de rattraper à grande vitesse les entreprises japonaises et allemandes. Dans ce contexte, où en est l’industrie japonaise des machines-outils ? Les entreprises nippones vont-elles connaître le même sort que leurs homologues américaines ? Ce secteur est-il voué à un déclin inexorable dans l’Archipel ?

(*1) ^ Michael L. Dertouzos et al., Made in America: Regaining the Productive Edge (Cambridge, MA: The MIT Press, 1989), p.1.

  • [24.01.2012]

Directeur de la rédaction au Kanagata Shinbun (Journal du moule métallique) et au Nihon Sanki Shinbun (Journal japonais de la machine industrielle). Né en 1940. Après un bref passage au Nagoya Times, a travaillé à la rédaction de News Digest Publishing, une maison d’édition spécialisée dans les machines-outils. Au cours de 35 ans de carrière, a interviewé quelque 3 000 fabricants et utilisateurs de machines-outils du monde entier.

Articles liés
Articles récents

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone