Le Partenariat transpacifique, un bien public international pour l’Asie-Pacifique

Yachi Shôtarô [Profil]

[30.12.2011] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

La participation au Partenariat transpacifique (TPP) constitue l’une des voies possibles de renouveau pour le Japon, en perte de vitesse depuis les années 1990. C’est l’avis de Yachi Shōtarō, ancien vice-ministre administratif des Affaires étrangères et professeur à l’université Waseda. Par ailleurs, le TPP peut devenir un bien public international pour la région Asie-Pacifique, mais il n’a pas vocation à rivaliser avec la Chine.

Le Japon, en tant qu’Etat, est aujourd’hui à la croisée des chemins. Va-t-il poursuivre la chute entamée dans la première partie de la décennie 1990 avec l’éclatement de la bulle économique, ou, comme un pays industrialisé responsable, renaître une nouvelle fois ? Pour que le Japon retrouve son dynamisme, il est nécessaire de réévaluer la période de l’après-guerre et ses performances, et de créer de nouvelles opportunités dans de nombreux domaines. L’une d’entre elles est la participation au Partenariat transpacifique (TPP).

La participation au TPP, le seul accord négocié actuellement qui soit précurseur de la zone de libre-échange Asie-Pacifique (FTAAP), constitue, pour le Japon comme pour les autres pays d’Asie-Pacifique, une possibilité précieuse de construire un bien public international dans la région.

S’adapter à l’évolution de l’ordre économique mondial

Pour le Japon, la participation au TPP est importante pour quatre raisons. La première est l’adaptation à l’évolution de l’ordre économique mondial. Depuis le milieu du 17e siècle, la communauté internationale moderne est dominée par l’Occident – Europe et/ou Etats-Unis –, mais, aujourd’hui, le moteur de la croissance économique se déplace vers l’Asie-Pacifique. Dans ce contexte, par son implication active dans l’intégration économique de la zone Asie-Pacifique, le Japon doit contribuer au potentiel de croissance de la région tout en participant au renforcement de sa productivité. Lors de la réunion des dirigeants du Forum de coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) à Honolulu au mois de novembre, le Canada et le Mexique ont, dans le sillage du Japon, affiché leur volonté d’adhérer au TPP. Avec eux, le nombre de participants au TPP s’élève à 12 nations, soit 40 % du produit intérieur brut mondial. Une part extrêmement importante, comparée aux 26 % de l’Union européenne et aux 23 % de l’ASEAN+3 (Association des nations de l’Asie du Sud-Est, Japon, Chine et Corée du Sud). La création d’une zone économique d’une telle ampleur constituerait une réelle opportunité pour le Japon.

La possibilité de se positionner en tant que pays décideur

Le deuxième intérêt de l’adhésion au TPP est qu’elle pourrait permettre au Japon de devenir pour la première fois un important pays décideur au sein de la communauté internationale. Jusqu’à présent, en matière de négociations économiques, pour l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) comme pour les cycles de négociations au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Japon n’a hélas jamais été l’un des principaux acteurs. De par sa puissance économique, il était l’un des membres-clés du cycle d’Uruguay (de 1986 à 1994) avec les Etats-Unis, l’Union européenne et le Canada, mais, isolé sur les questions agricoles, il a finalement été contraint d’accepter les décisions prises par ses partenaires. Et pour le cycle de Doha actuellement en cours (depuis 2001), le Japon ne fait même pas partie des membres-clés. L’Archipel manque cruellement de présence en tant que pays décideur des règles du commerce mondial. Cependant, pour ce qui est de l’intégration économique en Asie-Pacifique, le Japon est impliqué non seulement dans le TPP, mais aussi dans l’ASEAN+3, l’ASEAN+6 (ASEAN, Japon, Chine, Corée du Sud, Inde, Australie, Nouvelle-Zélande) et dans les projets d’accords de libre-échange ou de partenariat économique avec la Chine et la Corée du Sud ; il a ainsi la possibilité de devenir l’un des pays décideurs dans la construction d’échanges commerciaux libres et ouverts et d’un nouvel ordre économique en Asie-Pacifique.

Le TPP est, au départ, une initiative prise par des petits pays comme Singapour, le Brunei, la Nouvelle-Zélande ou le Chili. A l’heure où le cycle de Doha s’enlise, couvrir une plus grande zone géographique et construire un système économique d’échanges internationaux plus libre et plus ouvert, grâce au TPP, constituera une forte stimulation pour l’économie mondiale dans son ensemble. Le Japon en détient la clé.

Une large intégration économique au sein de la région Asie-Pacifique

 

Le TPP peut devenir un bien public international

Troisièmement, dans cette optique, le TPP peut devenir un bien public international pour l’Asie-Pacifique, et il le doit. Certains voient dans le TPP un moyen de rivaliser avec la Chine, mais ce n’est absolument pas le cas. La création d’un système économique d’échanges internationaux libre et ouvert en Asie-Pacifique comporte des avantages pour la Chine aussi. Afin qu’à l’avenir, la Chine aussi reconnaisse ces avantages et adhère au TPP, le Japon doit faire preuve de leadership. Dans ce but, la coopération avec les Etats-Unis est indispensable, et il faut même que le Japon favorise l’implication des Etats-Unis en Asie-Pacifique.

Le gouvernement Obama, tant au niveau politique que sécuritaire, se considère comme un “Etat de l’Asie-Pacifique” et affirme de plus en plus son rôle de partenaire actif dans la région. Le Japon, allié des Etats-Unis, doit activement soutenir cette réorientation de la stratégie diplomatique américaine en faveur de l’Asie-Pacifique. Au niveau national, certains voient dans le TPP une manœuvre des Etats-Unis pour disposer librement du Japon, un point de vue fondé sur une victimisation associée à divers contextes historiques. Les négociations diplomatiques débutent avec la confrontation des positions et des revendications respectives des partenaires ; considérer que la partie est perdue d’avance relève de ce que l’on peut seulement qualifier de défaitisme passéiste significatif d’un complexe d’infériorité vis-à-vis des Etats-Unis. Le Japon doit davantage croire en ses propres forces et en l’appréciation de la communauté internationale, il doit faire preuve de détermination à construire les règles internationales en compagnie des nations avec lesquelles il partage des valeurs communes. La « fenêtre de tir » qui lui permettra d’évoluer vers une diplomatie active est en train de s’ouvrir. Il ne faut en aucun cas laisser échapper cette chance historique.

Pour une réforme intérieure du Japon

Le quatrième intérêt du TPP pour le Japon est qu’il constitue une opportunité de réforme intérieure. L’adhésion au TPP s’accompagnera nécessairement de sacrifices douloureux. Le TPP couvre 21 secteurs, dont l’agriculture et la médecine, et il porte sur de nombreux problèmes. Dans le même temps, il constitue une formidable opportunité de réformer l’industrie et divers systèmes. En particulier, dans le cas de l’agriculture, il est nécessaire de mettre en œuvre une réforme destinée à modeler une agriculture fortement tournée vers l’exportation. Poursuivre la politique protectionniste actuelle ne permet aucunement d’espérer consolider l’agriculture. Certaines filières, comme celles de la cerise et de la pomme, sont devenues plus compétitives grâce à la libéralisation du marché ; il faut promouvoir les mesures qui exploitent le potentiel de compétitivité de l’agriculture japonaise. Seulement, un débat interne au Japon doit être mené sur la libéralisation des marchés et la modification des divers systèmes, et, lors des négociations avec les nations partenaires, des mesures appropriées, comme la mise en place d’une période de délai, doivent être étudiées pour les produits et secteurs sensibles. Le gouvernement japonais doit approfondir le débat tant sur son sol qu’à l’extérieur, et accompagner de subventions suffisantes les mesures qui exigent des sacrifices, afin de convaincre la population.

Le Japon doit activement participer au TPP

Lors de la catastrophe du 11 mars, quelque 160 pays du monde entier ont proposé leur aide au Japon ; que cela signifie-t-il ? Il s’agit sans doute de l’expression d’un sentiment de reconnaissance envers le Japon qui, après-guerre, a surmonté les plaies de la Seconde Guerre mondiale et s’est reconstruit en tant qu’Etat, puis a ensuite fortement contribué à la communauté internationale. Ces pays ont aussi certainement exprimé l’espoir de voir le Japon continuer d’assumer ses importantes responsabilités et de jouer un grand rôle dans le monde, sans se laisser abattre par la terrible catastrophe qui l’a frappé. Conscients du fait que l’Archipel se dresse à la croisée des chemins, les pays du monde entier lui envoient, me semble-t-il, un message d’encouragement. Pour y répondre, le Japon doit activement participer au TPP.

  • [30.12.2011]

Ancien membre du comité de rédaction de nippon.com. Né en 1944. En 1969, diplômé de troisième cycle en politique de la faculté de droit de l’Université de Tokyo, il intègre le ministère des Affaires étrangères. Directeur du Bureau de politique étrangère puis adjoint au secrétaire général du gouvernement, et occupe le poste de vice-ministre administratif des Affaires étrangères de 2005 à 2008. Enseigne actuellement dans les universités de Waseda, Keiô et Tokyo. Conseiller du cabinet du Premier ministre Abe Shinzô depuis décembre 2012.

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