Steve Jobs et le Japon

Hayashi Nobuyuki [Profil]

[26.12.2011] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Du vivant de Steve Jobs, on disait qu'il n'aimait sans doute pas le Japon. En réalité, il avait de profonds liens avec notre pays. Hayashi Nobuyuki, un journaliste qui a suivi Steve Jobs pendant de longues années, les retrace pour nous depuis leur origine, sa découverte du bouddhisme zen.

Le 5 octobre 2011, le monde a perdu un grand homme, Steve Jobs, le fondateur d’Apple.

Depuis sa disparition, Steve Jobs, l’homme qui a réussi en quinze ans seulement à faire de la firme américaine à la pomme au bord de la faillite la société avec la première capitalisation boursière au monde, attire une grande attention pour ses extraordinaires qualités de businessman.

Steve Jobs était aussi un orateur d’exception : l’allocution qu’il a donnée aux étudiants de Stanford lors de la cérémonie de remise des diplômes en 2005 a ému le monde entier, et au Japon et elle figure aujourd’hui dans plusieurs manuels d’anglais destinés aux lycéens.

Un homme exceptionnel qui a marqué le début du XXIe siècle

Steve Jobs n’était pas qu’un dirigeant extrêmement habile et un tribun de premier plan. Sa véritable grandeur, c’est d’avoir créé une nouvelle culture pour le début de notre siècle et développé un nouveau marché.

« De temps à autre arrive un produit révolutionnaire qui change tout », aimait-il à dire, et cela s’applique parfaitement à ce qu’il a accompli, lui qui n’a cessé de changer le monde.

Dans les années soixante-dix, alors qu’il avait une vingtaine d’années, il a créé Apple, la société qui a introduit les ordinateurs chez les particuliers ; dans les années quatre-vingt, il a lancé la souris pour s’en servir. Il a aussi été à l’origine de la PAO (publication assistée par ordinateur), utilisée aujourd’hui presque universellement dans l’édition, en transformant en produit les imprimantes à laser qui étaient alors extrêmement coûteuses.

Pendant la période qu’il a passée loin d’Apple, durant laquelle il a repris Pixar, il a développé un nouveau genre cinématographique, le dessin animé en images de synthèse. Après son retour chez Apple, en 1996, il a été, avec le lancement de l’iMac, à l’origine d’une autre révolution, celle de la forme des PC, puis en 2001, avec le lancement de l’iPod, il a fait entrer Apple dans le monde de la musique. Avec l’iPod, la messe était dite pour le MD ou le CD. En réalisant la fusion du téléphone et de l’ordinateur avec l’iPhone, il a changé le secteur de la téléphonie mobile dans le monde entier. Cet appareil qui permet à chacun de ses utilisateurs – il y en a aujourd’hui une centaine de millions – d’avoir dans leur poche la technologie informatique de pointe a significativement changé leur vie.

La tablette iPad qui l’a suivi semble destinée à faire des ordinateurs personnels une relique du passé, et elle continue à faire changer notre façon de vivre et de travailler.

Le Japon qu’il aimait, le Japon qui l’aimait

Les révolutions numériques que nous a apportées Jobs ne concernent pas seulement le monde étroit des ordinateurs personnels ou de la musique, elles touchent des secteurs bien plus nombreux.

Les innombrables bouquets de fleurs et messages déposés devant l'Apple Store de Ginza à Tokyo après l'annonce de la mort de Steve Jobs, le 6 octobre 2011. Dans la foule, des gens se recueillent en joignant les mains.

Et la plupart d’entre elles n’affectent pas seulement son pays, les Etats-Unis : elles ont eu aussi un impact considérable au Japon.

Prenons l’exemple de l’iPod : les trains bondés japonais sont aujourd’hui remplis d’hommes et de femmes, jeunes et vieux, qui ont tous des oreillettes blanches. L’iPhone a profondément ébranlé le monde de la téléphonie portable japonaise. La tablette iPad a contraint le Japon qui avait pris du retard à cet égard à progresser dans le domaine de l’accès numérique à l’écrit, tout en donnant un nouvel espoir aux seniors qui avaient raté la vague de la révolution digitale.

Le jour du lancement de l’iPhone 4S, peu de temps après la disparition de Steve Jobs, des files impressionnantes se sont formées devant les sept Apple Stores japonais (deux à Tokyo –Shibuya et Ginza –, et un dans les villes d’Osaka, de Nagoya, Sapporo, Fukuoka, et Sendai). C’est aussi là que se sont accumulés un nombre incalculables de bouquets et de messages quand la mort de Steve Jobs a été annoncée.

Steve Jobs accordait une grande attention à la forme de ses produits caractérisés par une esthétique de la simplicité et un raffinement n’ignorant aucun détail, qui ont rencontré un écho particulier au Japon.

A ce sujet, il est très intéressant de savoir que Steve Jobs aimait le Japon et qu’il a eu avec notre pays des liens profonds toute sa vie durant.

  • [26.12.2011]

Né en 1967 à Tokyo, il commence à s'intéresser à l'informatique et à Apple dès 1979. Il se lance dans le journalisme en 1990, alors qu'il étudie à l'université de Houston. Depuis 1991, il a participé à presque tous les événements organisés par Apple, et son travail l'a amené à rencontrer de nombreux dirigeants et personnalités liées à la firme. Il a notamment réalisé en 1993 une interview de John Sculley qui la dirigeait alors et a couvert de nombreuses conférences de presse de Steve Jobs, dont la première après son retour à la tête de la société, à l'occasion de la Mac World Expo de janvier 1997, et sa dernière intervention en public lors de la Worldwide Developers Conference de 2011. Il est l'auteur de plusieurs livres, dont Steve Jobs, Idai naru kureiteibu deirekutā no kiseki (Steve Jobs, les lieux d'un grand directeur créatif), ASCII 2008, et Steve Jobs ha nani wo nokoshita (Que nous a laissé Steve Jobs), Nikkei BP-sha, 2011.

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