Le recrutement des infirmiers étrangers : une réforme s’impose

Wakisaka Noriyuki [Profil]

[11.07.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Depuis 2008, le Japon recrute des infirmiers et des aides-soignants originaires d’autres pays d’Asie. Mais ce système doit être complètement revu en raison des problèmes qu’il a suscités.

Des recrues qui repartent dans leur pays sitôt leur diplôme obtenu

Cela fait quatre ans que le Japon recrute des infirmiers et des aides-soignants originaires d’Indonésie et des Philippines, conformément aux dispositions des accords de partenariat économique qu’il a conclus avec ces deux pays. Ce système s’est avéré problématique à divers égards, en particulier à cause du poids qu’il fait peser sur les établissements qui accueillent des candidats à ces postes et de la difficulté des examens nationaux japonais que ces derniers doivent passer pour pouvoir obtenir leur diplôme et rester au Japon. Au cours du printemps 2012, un problème supplémentaire est apparu, celui des infirmiers et aides-soignants étrangers qui, une fois leur diplôme obtenu, décident de retourner dans leur patrie.

Komiyama Yôko, ministre de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, a évoqué la question le 8 mai, au cours d’une conférence de presse. Elle a expliqué que sur les trente six candidats étrangers qui ont obtenu le diplôme japonais de prestataire de soins de santé, deux étaient déjà repartis dans leur pays et quatre autres envisageaient de le faire. Ces personnes font partie du premier groupe de candidats étrangers diplômés dans le cadre des accords de partenariat économique, étant donné que pour se présenter à l’examen il faut avoir au préalable travaillé pendant une période de trois ans au Japon en tant que stagiaire. Komiyama Yôko a précisé que certains des nouveaux diplômés devaient rentrer chez eux pour des raisons indépendantes de leur volonté, entre autres la nécessité de s’occuper de membres de leur famille. Mais le fait qu’un sixième de ceux qui ont suivi une formation et passé avec succès l’examen donnant accès au diplôme aient décidé de quitter le Japon a profondément choqué.

Des candidats déçus par la réalité

Un des problèmes les plus graves posés par le système de recrutement de prestataires de soins étrangers, c’est le très petit nombre de postulants qui réussissent à passer l’examen national japonais qui leur est imposé. Sur les cent quatre candidats qui sont arrivés d’Indonésie en 2008, seuls vingt-quatre ont réussi à l’une des quatre sessions où ils pouvaient se présenter avant la fin de leurs trois années de formation. Vingt-sept autres ont été autorisés à prolonger leur séjour d’un an pour pouvoir se présenter à la session du printemps 2012. Mais à peine huit d’entre eux ont réussi et les dix-neuf autres ont dû rentrer en Indonésie.

Pourquoi des jeunes gens qui sont venus au Japon dans l’espoir d’y travailler comme infirmier ou aide-soignant ont-ils dû rentrer dans leur patrie en voyant leur rêve brisé ou ont-ils décidé de partir une fois leur diplôme en poche ? Il y a plusieurs explications à cela.

La première raison, c’est la hauteur des deux grands obstacles que les postulants doivent franchir, à savoir la barrière de la langue et l’examen donnant accès au diplôme. En 2009, les candidats au diplôme d’infirmier ont eu une première occasion de se présenter à l’examen. Mais cette année là, aucun d’entre eux n’a réussi. Au cours des deux années qui ont suivi, le taux de réussite a légèrement progressé puisqu’il a été respectivement de 1,2 % et de 4 % en 2010 et 2011. Et en 2012, il est passé à 11,3 %. Mais on est très loin du pourcentage global de réussite qui est de 90,1 % pour l’ensemble des candidats, japonais et étrangers confondus. Le taux de réussite des candidats étrangers au diplôme d’aide-soignant était quant à lui de 37,9 %, un résultat décevant comparé aux 63,9 % du taux global de réussite.

La seconde raison, c’est le décalage entre les rêves des candidats étrangers et la réalité qui les attend au Japon. Du fait qu’ils ont tous déjà eu une formation et une expérience professionnelles dans leur pays, ils sont prêts à travailler à leur arrivée au Japon. Mais comme ils n’ont pas de diplôme japonais, ils sont traités comme des « assistants » sur leur lieu de travail. Des personnes qui étaient employées comme infirmier ou aide-soignant qualifié dans leur propre pays, où ils collaboraient avec des médecins et avaient la responsabilité d’une partie des soins médicaux des patients, se sont retrouvés au Japon confinés dans des tâches subalternes se limitant à assurer l’hygiène corporelle des malades et à assister les infirmiers en titre. Une fois arrivés au Japon, elles ont dû accepter des conditions de travail et des perspectives bien différentes de celles qui étaient les leurs auparavant et, qui plus est, elles ont dû faires des efforts considérables pour apprendre la langue japonaise.

Toutefois, un grand nombre de candidats étrangers sont agréablement surpris par l’écart considérable entre les salaires japonais et ceux de leur propre pays. Les stagiaires qui viennent au Japon pour travailler dans les domaines de l’agriculture ou de la confection voient souvent leur paye en partie amputée de façon illégale, mais ce type de problème est peu fréquent dans le secteur des soins de santé. Il ne faut donc pas s’étonner que certains décident de rentrer dans leur pays retrouver leur famille, après avoir fait des économies substantielles durant leur séjour au Japon.

  • [11.07.2012]

Né en 1954. Editorialiste du Asahi Shimbun où il a été engagé en 1979. A travaillé au bureau général pour l’Asie de ce même quotidien à Bangkok et en tant que correspondant à Bruxelles. Occupe son poste actuel depuis 2006. Auteur de divers ouvrages dont Dai Ôshû no jidai : Buryusseru kara no hôkoku (L’ère de la Grande Europe — Rapport de Bruxelles)

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