L’avenir de la recherche scientifique japonaise

Hayashi Yukihide [Profil]

[27.02.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

En 2012, la communauté scientifique japonaise s’est grandement réjouie lorsque Yamanaka Shinya a obtenu le prix Nobel de médecine pour ses travaux sur les cellules souches. Mais en dépit de cette excellente nouvelle, l’avenir de la recherche scientifique au Japon reste très préoccupant. Dans les lignes qui suivent, Hayashi Yukihide se penche sur ce problème et il propose de créer un fonds régional pour la recherche de façon à enrayer le déclin du Japon dans ce domaine tout en tirant parti du potentiel scientifique de l’Asie.

Quand Yamanaka Shinya de l’Université de Kyoto a obtenu le prix Nobel de physiologie ou médecine, en 2012, le Japon tout entier s’en est réjoui. Que des chercheurs japonais soient reconnus au niveau international pour leurs travaux dans le domaine des sciences fondamentales a indéniablement quelque chose de très gratifiant. Mais il ne faut pas pour autant en conclure que la science japonaise est en plein essor. La plupart des indicateurs montrent au contraire qu’au Japon, la recherche scientifique est entrée dans une période de déclin.

Pour évaluer la production scientifique d’un pays, on utilise en général comme critère de base le nombre d’articles de recherches publiés par les savants dudit pays. L’Institut national pour la politique en matière de science et de technologie (NISTEP) du Japon a publié un classement établi à partir des articles scientifiques recensés, entre autres, par Thomson Reuters (Tableau 1). D’après le NISTEP, entre 2008 et 2010, les chercheurs japonais ont publié 6,6 % des articles scientifiques recensés dans le monde. Ce qui met le Japon au cinquième rang mondial dans ce domaine, derrière les Etats-Unis (27,5 %), la Chine (11,1 %), la Grande Bretagne (7,6 %) et l’Allemagne (7,4 %). Entre 1998 et 2005, le Japon était pourtant en concurrence avec la Grande-Bretagne pour la seconde place de ce même classement. Mais depuis, la production scientifique japonaise est entrée lentement dans le déclin du point de vue quantitatif.

Tableau 1.  Les dix pays les plus performants en termes de publication d’articles scientifiques (moyenne de 2008 à 2010)

Rank Pays Part du total (%)
1 États-Unis 27,5
2 Chine 11,1
3 Grande-Bretagne 7,6
4 Allemagne 7,4
5 Japon 6,6
6 France 5,4
7 Canada 4,5
8 Italie 4,4
9 Espagne 3,7
10 Inde 3,7

Source : Institut national pour la politique en matière de science et de technologie (NISTEP) du Japon, 2011.

La situation est encore moins reluisante quand on en vient aux critères qualitatifs. La portée d’un article scientifique est évaluée à partir du nombre de fois qu’il est mentionné dans les publications des autres chercheurs. Pour mesurer la qualité ou l’impact de leurs recherches, le NISTEP a classé les pays en fonction du pourcentage d’articles de recherches ayant fait l’objet d’un nombre de citations élevé (Tableau 2). Pour la période qui va de 2008 à 2010, les Etats-Unis arrivent en tête (42,3 %), suivis par la Grande-Bretagne (12 %), l’Allemagne (11 %), la Chine (9,2 %), la France (7,4 %) et le Canada (6,2 %). Le Japon ne vient qu’en septième position avec 5,9 %. Ces résultats mettent en évidence un net déclin par rapport au début du XXIe siècle, où le Japon était à la quatrième place, derrière les Etats-Unis, la Grande Bretagne et l’Allemagne.

Tableau 2.  Les dix pays les plus performants en termes d’articles scientifiques de premier plan (moyenne de 2008 à 2010)

Rank Pays Part du total (%)
1 États-Unis 42,3
2 Grande-Bretagne 12,0
3 Allemagne 11,0
4 Chine 9,2
5 France 7,4
6 Canada 6,2
7 Japon 5,9
8 Italie 5,6
9 Espagne 4,5
10 Pays-Bas 4,4

Source : Institut national pour la politique en matière de science et de technologie (NISTEP) du Japon, 2011.

  • [27.02.2013]

Chercheur principal au Centre de stratégie de recherche-développement de l’Agence japonaise pour la science et la technologie. Directeur de projets et professeur au Centre de recherches scientifiques et technologiques de l’Université de Tokyo. Né en 1948. Diplômé en génie atomique de l’Université de Tokyo. A été vice-ministre du ministère de l’Education, de la Culture, des Sports, de la Science et de la Technologie (MEXT) et vice-président de l’Agence japonaise pour la recherche spatiale. Auteurs de divers ouvrages dont Rikakei reigû shakai : chinbotsu suru Nihon no kagaku gijutsu (Une société peu favorable à la filière scientifique : le déclin de la science et de la technologie au Japon).

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