Les hydrates de méthane : une nouvelle source potentielle d’énergie sur la sellette

Ishikawa Kenji [Profil]

[30.05.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

En mars 2013, des chercheurs japonais ont réussi à extraire du gaz d’hydrates de méthane de sédiments sous-marins proches de l’Archipel, ce qui constituait une première mondiale. Mais ce gaz ne pourra devenir une ressource énergétique fiable qu’une fois qu’un certain nombre de problèmes techniques auront été résolus.

Le 1er avril 2013, le bureau de la politique maritime du gouvernement japonais a présenté les grandes lignes de son programme pour les cinq années à venir, où les hydrates de méthane tiennent une place tout à fait remarquable. Le nouveau Plan cadre sur la politique maritime prévoit une évaluation de l’étendue des gisements d’hydrates de méthane contenus dans les sédiments des fonds marins qui entourent le Japon ainsi que le développement des techniques nécessaires pour extraire de façon rentable le méthane qu’ils contiennent.(*1)

L’intérêt pour cette nouvelle source d’énergie naturelle ne cesse de croître depuis le 12 mars dernier, date à laquelle on a réussi pour la première fois à extraire du gaz de dépôts sous-marins d’hydrates de méthane situés dans la fosse de Nankai, au large de la préfecture d’Aichi. Mais les perspectives offertes par le gaz d’hydrates de méthane sont encore floues. Si les medias l’ont présenté comme une ressource énergétique locale susceptible de résoudre le casse-tête énergétique du Japon, certains chercheurs sont beaucoup plus sceptiques et considèrent qu’il n’a aucun avenir.

Dans les lignes qui suivent, j’ai essayé d’évaluer le potentiel réel des hydrates de méthane en tant que ressource énergétique en m’appuyant uniquement sur des informations de première main.

Gaz d’hydrates de méthane versus gaz naturel conventionnel

La majorité des scientifiques considèrent que les gisements sous-marins de gaz naturel conventionnel, qui est constitué pour l’essentiel de méthane, se forment dans l’écorce terrestre à partir de débris animaux et végétaux décomposés, en particulier de plancton, et dans des conditions de température et de pression atmosphérique élevées. Les hydrates de méthane, en revanche, apparaissent dans des sédiments situés soit sous le plancher océanique, soit à une profondeur d’enfouissement relativement faible dans les zones où le sol est gelé en permanence (pergélisol). 

Le graphique ci-dessous (figure 1) met en évidence le type d’environnement dans lequel le méthane est susceptible de se trouver, à savoir quand il y a décomposition de matière organique par des bactéries anaérobies (dans un milieu dépourvu d’oxygène), ou quand la température et la pression sont élevées, dans la mesure où il y a présence d’eau (même à l’intérieur de l’écorce terrestre). Dans les conditions d’environnement qui correspondent au bas de la partie gauche du graphique, ces éléments se combinent pour former un composé solide constitué de molécules de gaz emprisonnées dans un réseau de molécules d’eau disposées en cage (voir figure 2).

Figure 1.   Zone sous-marine de stabilité potentielle des hydrates de méthane

Source : Consortium de recherches sur les ressources en hydrates de méthane du Japon (EN)

Les conditions de formation des hydrates de méthane dans les fonds marins sont réunies à partir d’une profondeur de 500 mètres, où la température de l’eau est souvent inférieure à 5°C. C’est pourquoi les réserves marines de gaz d’hydrates de méthane pourraient être beaucoup plus importantes que celles de gaz conventionnel. Mais les hydrates de méthane sont nettement moins fréquents sur les continents puisqu’on en a découvert seulement dans le sol gelé en permanence (pergélisol) des hautes latitudes de pays tels que le Canada et la Russie.

Figure 2. La structure des hydrates de méthane : les molécules de gaz (en vert) sont emprisonnées dans des molécules d’eau (en rouge) formant des cristaux de glace. (Avec l’aimable autorisation du Consortium de recherches sur les ressources en hydrates de méthane du Japon)

Les recherches menées depuis des années par le Japon ont permis de montrer que les fonds sous-marins qui entourent l’Archipel contiennent des gisements importants d’hydrates de méthane. Et on a tout lieu de supposer qu’il en va de même pour le plateau continental qui borde les rivages de toute la planète. Du fait de sa situation le long du continent eurasiatique, l’archipel japonais est environné de nombreux fonds propices à la formation d’hydrates de méthane.

A en croire les médias, la quantité de gaz d’hydrates de méthane contenue dans le périmètre des eaux territoriales japonaises équivaudrait à celle du gaz naturel conventionnel consommé pendant un siècle au Japon. Mais ce chiffre, tiré d’une étude effectuée en 1996, ne semble pas très fiable à en juger ne serait-ce que par l’étendue limitée des gisements repérés jusqu’à présent. Les estimations proposées à partir des résultats des tentatives d’extraction de la fosse de Nankai, par exemple, évaluent la quantité de gaz contenue dans cette zone à onze fois celle du gaz naturel liquéfié (GNL) importé par le Japon en 2011.

  • [30.05.2013]

Journaliste. Né en 1958. Diplômé de l’Université des sciences de Tokyo. A commencé par travailler comme reporter pour un hebdomadaire avant de s’installer à son compte en tant qu’écrivain et éditeur. A publié de nombreux livres et articles de revues ainsi que des textes de présentation sur les recherches, les technologies et les activités de diverses entreprises. Auteur entre autres de Kaitei shigen : Kaiyôkoku Nippon no ôkina kakushi zaisan (Les ressources des fonds marins : les réserves considérables des mers japonaises), et Shizen enerugi no kanôsei to genkai (Potentiel et limites des énergies naturelles).

Articles liés
Articles récents

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone