À qui appartient Okinawa ?
Une réflexion, entre Chine et Japon

Nagamoto Tomohiro [Profil]

[11.07.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Sous l’influence du différend territorial sino-japonais concernant les îles Senkaku se développe en Chine une théorie dite de « l’appartenance d’Okinawa ». Quels changements s’opèrent actuellement dans la conscience des habitants d’Okinawa, alors que l’archipel vient de commémorer le 41e anniversaire de son retour sous la souveraineté japonaise ? Le chef éditorialiste du journal Okinawa Times commente.

Le différend territorial concernant la souveraineté des îles Senkaku ne montre aucun signe d’apaisement. Des propos à caractère émotionnel sont échangés d’un pays à l’autre, là où seule la raison devrait régner. Les médias transmettent et amplifient la tendance, et les échanges sur internet s’enveniment. Cela n’en finit pas. Cette situation n’est bénéfique pour aucun des deux pays.

L’un des points sur lequel le décalage est le plus important se situe au niveau d’une théorie qui prend actuellement de l’ampleur en Chine, théorie dite de « l’appartenance d’Okinawa ».

Un journal chinois prêche la résurgence d’un mouvement indépendantiste okinawaïen

Le Quotidien du Peuple (Renmin Ribao), organe officiel du Parti Communiste Chinois, dans un article publié le 8 mai dernier, a écrit : « Le temps est venu de rediscuter de la question des Ryûkyû [autre nom de l’archipel d’Okinawa, qui fut un royaume indépendant jusqu’au milieu du XIXe siècle.— NdT], toujours historiquement non-résolue » (une traduction en japonais de cet article a été mise en ligne le 10mai sur le site People’s daily on line, le site internet du Quotidien du Peuple). Suite à cet article, le Global Times, un autre titre du groupe Quotidien du Peuple, a publié le 11 mai un éditorial qui stipulait : « Si le Japon a en tête la destruction de la puissance chinoise, alors la Chine doit développer des forces pour “le retour à l’indépendance des Ryûkyû” dans la zone d’Okinawa ».

Le 10 mai, le journal chinois de Hong Kong Wen Wei Bao avait déjà affirmé : L’archipel des Ryûkyû est un territoire chinois depuis les temps anciens, le Japon a volé les îles Ryûkyû [Okinawa] et Diaoyu [Senkaku] par la force, avec l’appui des États-Unis d’Amérique ». Le Ministère des Affaires Étrangères chinois lui-même, par l’intermédiaire de sa revue Connaissance du monde du 16 mars, avait publié un essai qui affirmait « Le Japon ne possède pas de droit de souveraineté légal sur Okinawa ».

Il semble que ce type d’essais remettant en cause la souveraineté japonaise sur Okinawa soit en augmentation depuis la nationalisation des îles Senkaku en septembre 2012. Non seulement ces essais parlent de la question de l’appartenance et de la souveraineté sur Okinawa sans se préoccuper de l’opinion de ses habitants, mais des opinions très controversées comme « Rendez-nous Okinawa » polluent internet.

Les sentiments indéfectibles des habitants d’Okinawa

Le 15 mai, à l’occasion du 41e anniversaire du retour de l’archipel sous la souveraineté japonaise, des chercheurs d’Okinawa ont fondé la Société de Recherche sur l’indépendance du peuple des Ryûkyû. Cette démarche s’inscrit dans le contexte de l’attitude du pouvoir japonais central qui a toujours ignoré l’opinion des habitants d’Okinawa sur la question des bases militaires. Mais que la Chine s’imagine sérieusement que de telles initiatives justifient en aucune manière que « la Chine doit développer des forces pour le retour à l’indépendance des Ryûkyû », cela ne saurait être autre chose qu’un dangereux anachronisme.

L’historien Tomiyama Kazuyuki, professeur de l’Université des Ryûkyû, a souligné que « au cours des Temps Modernes, tout en conservant des liens avec une Chine (des dynasties Ming et Qing) affaiblie, le Royaume des Ryûkyû entretenait des liens de dépendance avec le puissant fief Satsuma (du Japon) ». Il qualifie le royaume des Ryûkyû à l’époque des Temps Modernes de « Royaume à double allégeance » (Histoire de Ryûkyû-Okinawa, Ryûkyû-Okinawa-shi no sekai). Depuis cette période, l’archipel des Ryûkyû-Okinawa a vécu plusieurs changements de régime. Il est exact qu’à chaque fois des débats internes se sont fait jour sur la question de l’appartenance d’Okinawa. En 1879, quand fut aboli le royaume des Ryûkyû pour laisser la place au département d’Okinawa fondé simultanément, certains hauts fonctionnaires du royaume demandèrent l’asile à la dynastie des Qing ; en 1945, quelque temps après la fin de la bataille d’Okinawa, des voix se firent entendre contre le retour d’Okinawa au Japon, préférant la création d’un pays indépendant, d’autres préférant au contraire le maintien d’un mandat américain. En 1972, lors du retour sous la souveraineté japonaise, une opposition a existé.

Coincé entre deux grands pays, comment l’archipel d’Okinawa pourrait-il maintenir une indépendance ? Comment vivre en paix tout en maintenant la culture originale de l’archipel que les habitants chérissent tout en maintenant une autonomie économique réelle viable ? Ce sentiment existe aujourd’hui encore dans l’île.

  • [11.07.2013]

Chef éditorialiste d’Okinawa Times. Né à Okinawa en 1950. Après ses études à l’Université des Langues Étrangères de Tokyo, il travaille d’abord pour la mairie de Tokyo, puis il devient employé à l’Okinawa Times en 1974. Après avoir été Chef de la section Éducation et Arts, Directeur de la rédaction et Directeur régional de l’antenne de Tokyo, il occupe les fonctions de Chef éditorialiste depuis 2012.

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