La hausse du salaire de base conduira-t-elle à une amélioration de la conjoncture ?

Harada Yutaka [Profil]

[10.06.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Lors de la rencontre avec les représentants des dirigeants d'entreprises et des syndicats tenue en décembre dernier, le gouvernement a préconisé une augmentation du salaire de base, et non une simple augmentation des deux bonus annuels. Par suite, les principales entreprises japonaises ont répondu favorablement dans le cadre des traditionnelles négociations de printemps sur les salaires. Quelle signification aura pour l'économie japonaise cette augmentation « impulsée » par le premier ministre ? Harada Yutaka, professeur d'économie à l'université Waseda et chercheur invité à la Tokyo Foundation, l'explique.

Une augmentation globale supérieure à 2 % cette année

Les grandes entreprises japonaises ont toutes répondu, avant la fin de mars, aux demandes d’augmentation formulées par les syndicats dans le cadre du traditionnel cycle de négociations de printemps. D’après la note du Keidanren (Fédération des organisations économiques japonaises) sur ce sujet du 16 avril dernier, la hausse moyenne des salaires accordée par les deux parties à partir d’avril 2014 atteint 2,39 %. Cela inclut l’augmentation annuelle régulière, mais si l’on tient compte du fait que la hausse moyenne des salaires de l’an passé se montait à 1,88 %, on peut en déduire que l’augmentation de base est cette année de l’ordre de 0,51 %. Au Japon, comme nous allons le voir plus loin, on distingue en effet entre l’augmentation « régulière » et l’augmentation « de base », ne trouvant pas forcément d’équivalent dans les systèmes de salaire dans d’autres pays.

La note du Keidanren ne concerne cependant que les plus grandes entreprises. Pour avoir une vision plus complète, il faut attendre la publication par le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, des données sur les augmentations résultant du cycle de négociations de printemps dans les principales entreprises privées. Les seules données disponibles à l’heure actuelle sont les prévisions de la fondation Institute for Labor Administration. Elles se sont jusqu’à présent généralement avérées exactes. Pour cette année, le chiffre retenu étant 2,07 %, il est permis de penser que globalement l’augmentation dépassera les 2 %.

Augmentation « de base » et augmentation « régulière »

Les salariés des générations qui ont fait leur entrée dans la vie active avant 1990 comprennent ce dont il s’agit, mais il est utile de rappeler ce que sont ces deux augmentations, puisque les entreprises japonaises ont cessé de pratiquer l’augmentation « de base » depuis l’éclatement de la bulle financière de l’économie japonaise au début des années 1990.

L’augmentation « de base » n’est pas une simple augmentation du traitement, mais une hausse de la partie de la rémunération qui est le salaire de base. Les entreprises japonaises utilisent un système de rémunération dans lequel le salaire augmente en fonction de l’ancienneté. C’est ce que l’on désigne par augmentation « régulière ». La figure 1 illustre le salaire en fonction de cette augmentation.

Dans cette figure, on voit que le salaire à 30 ans et de 280 000 yens, et de 285 000 yens un an plus tard : il s’agit de l’augmentation à l’ancienneté, indiquée par la flèche rouge A. Mais en 2014, les salaires de tous les employés, quelle que soit leur ancienneté, seront augmentés de 3 000 yens, ce qui est la partie correspondant au salaire de base (flèche bleue B).

Les deux augmentations entraînent une hausse du coût du travail mais les entreprises sont en général moins favorables à la hausse du salaire de base. En effet, dans le cas de l’augmentation régulière à l’ancienneté, ni la masse salariale ni le salaire moyen ne change dans la mesure où une entreprise recrute chaque année le même nombre d’employés, puisque ceux qui ont atteint l’âge de partir à la retraite le feront (bien sûr, si le nombre de nouvelles recrues augmente chaque année, le salaire moyen baisse, et s’il diminue, il monte).

Mais dans le cas d’une augmentation de base, le salaire moyen augmente, ce qui entraîne évidemment une augmentation de la masse salariale. Les entreprises ont souffert depuis l’éclatement de la bulle de la hausse rapide du yen ou du recul de la demande et elles ont souhaité, dans la mesure du possible, éviter les augmentations de base qui font nécessairement pression sur la gestion des entreprises, puisqu’elles entraînent une hausse des frais fixes, en leur préférant une revalorisation des bonus lorsque leurs profits progressaient. Elles ont donc évité d’en offrir à leurs salariés, et cela explique que les journaux aient fait leurs gros titres de l’augmentation de base de ce printemps en soulignant qu’il s’agissait d’une première depuis 20 ans.

  • [10.06.2014]

Né en 1950, M. Harada, conseiller au Daiwa Institute of Research, est chercheur senior à la Tokyo Foundation. Après des études d’économie agricole à l’Université de Tokyo, il entre à l’Agence de planification économique. Il obtient en 1979 un mastère en économie à l’université de Hawaii. Ancien chercheur senior à l’institut de recherche économique et sociale du secrétariat du premier ministre, M. Harada qui a été chef économiste à la banque Daiwa, est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Naze Nihon keizai ha umaku ikanai no ka (Pourquoi l’économie japonaise ne va pas bien).

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