Revenir à une vision « internationaliste » de la politique de défense

Hosoya Yuichi [Profil]

[08.07.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | العربية | Русский |

En mai 2014, le Comité consultatif sur la reconstruction de la base juridique de la sécurité a présenté son rapport final au premier ministre. Hosoya Yûichi, membre du comité, examine ici les questions auxquelles celui-ci s’est intéressé, et notamment celle de la constitutionnalité de la légitime défense collective.

Le 15 mai 2014, le Comité consultatif sur la reconstruction de la base juridique de la sécurité s’est réuni au Kantei (le bureau du premier ministre) et son président, Yanai Shunji, a remis au premier ministre Abe Shinzô le rapport rédigé par le comité. Ce fut un événement historique à deux égards. Tout d’abord, la fondation du comité remontant au mois d’avril 2007, sous le premier gouvernement Abe, il aura fallu attendre sept longues années pour que la rédaction du rapport soit menée à terme. Ensuite, le rapport se prononce en faveur d’un exercice limité du droit de légitime défense collective, totalement prohibé si l’on s’en tient à l’interprétation de la Constitution qui prévaut au Bureau de la législation du cabinet ; si cette recommandation est appliquée, la coopération internationale va connaître une avancée spectaculaire dans la politique japonaise de défense. 

Je suis devenu membre du comité en septembre 2013, quelques mois après sa réactivation sous le second gouvernement Abe. En tant que spécialiste de la diplomatie et de la politique de défense de la Grande-Bretagne, j’ai le sentiment que la législation japonaise relative à la sécurité nationale n’est pas vraiment adéquate et qu’il faut l’améliorer, et c’est avec ce point de vue en tête que j’ai participé à la rédaction du rapport du comité.

Le premier ministre Abe Shinzô reçoit le rapport des mains du président du comité, Yanai Shunji, au Kantei le 15 mai 2014.

Ausculter le dispositif juridique de sécurité

En avril 2007, quand il a inauguré le Comité consultatif sur la reconstruction de la base juridique de la sécurité, le premier ministre Abe a expliqué en ces mots quelle en serait la mission : « Compte tenu des changements qui affectent l’environnement sécuritaire du Japon, il est nécessaire de reconstruire la base juridique de la sécurité, dans l’optique d’un gain d’efficacité et d’une meilleure adéquation à la nouvelle situation. Le comité sera réuni sous l’autorité du premier ministre en vue d’examiner, à travers des cas spécifiques, des questions liées à la Constitution, y compris celles qui concernent le droit de légitime défense collective. »

Et en février 2013, lors de la réactivation du comité sous le second gouvernement Abe, le premier ministre a déclaré : « Compte tenu de la sévérité croissante de l’environnement sécuritaire du Japon, il est nécessaire de reconstruire la base juridique de la sécurité de façon à ce que le Japon puisse réagir comme il convient à ces changements. » Les deux déclarations mentionnaient le besoin d’un dispositif juridique de sécurité adapté aux grands changements survenus dans l’environnement sécuritaire.

La recherche des éventuelles failles du dispositif juridique qui régit la sécurité du Japon constitue elle aussi une tâche prioritaire. Le droit de légitime défense collective faisait partie des questions qui se posaient à cet égard, mais il ne constituait pas l’unique sujet de délibération du comité. Si le dispositif juridique de sécurité du Japon présente des failles ou des lacunes, il n’est pas possible de protéger comme il convient la vie et la sécurité de la population, pas plus que de contribuer à faire avancer la cause de la paix. Il n’est pas juste de faire de l’exercice du droit de légitime défense collective l’unique préoccupation du comité.

  • [08.07.2014]

Professeur à l’Université Keiô. Né en 1971 dans le département de Chiba. Diplômé de l’Université Rikkyô en 1994, où il s’est spécialisé dans le droit. A effectué un troisième cycle en sciences politiques en 2000 et obtenu un doctorat de l’Université Keiô. A enseigné à l’Université d’Hokkaidô et à l’Institut des sciences politiques de Paris. Auteur de divers ouvrages, dont Sengo kokusai chitsujo to Igirisu gaikô (L’ordre international après-guerre et la diplomatie britannique ; prix Suntory pour les sciences sociales et humaines), Gaikô : tabunmei jidai no taiwa to kôshô (Diplomatie : dialogue et négociations à travers la civilisation), Rinriteki na sensô : Toni Burea no eikô to zazetsu (Guerres éthiques : gloire et échec de Tony Blair ; prix Yoshino Sakuzô du Yomiuri). Membre du comité consultatif de rédaction de Nippon.com.

Articles liés
Articles récents

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone