Le Japon agit enfin contre les discriminations envers les personnes handicapées

Shirasawa Mayumi [Profil]

[22.09.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le Japon est devenu cette année le cent-quarantième pays à ratifier la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Comment cette ratification va-t-elle faire progresser les efforts pour interdire la discrimination vis-à-vis des personnes handicapées ?

Une ratification espérée depuis de longues années

Le Japon a ratifié la Convention relative aux droits des personnes handicapées le 20 janvier 2014, comme le souhaitaient depuis de longues années les personnes concernées. Cette Convention a été adoptée par l’assemblée générale des Nations unies en décembre 2006 et elle est entrée en vigueur en mai 2008. Elle interdit les discriminations contre tous les handicapés et définit des dispositifs pour que leurs droits soient effectifs. Alors que de nombreux pays d’Asie, y compris ses voisins, la Corée du Sud et la Chine, ainsi que des pays d’Afrique et l’ensemble des pays de l’Union européenne l’ont ratifiée, le Japon qui l’a signée en septembre 2007 a mis plus de cinq ans à prendre les aménagements législatifs nécessaires à la ratification. Pendant cette période, le pays a mené les préparatifs indispensables comme la révision de la loi sur le handicap ou encore la prise de mesures destinées à éliminer les discriminations à l’égard des handicapés, et cela lui a permis de devenir en janvier dernier le cent-quarantième pays à la ratifier.

Les médias ont peu parlé de ce grand pas en avant, et l’on sait très peu ce que signifie « l’interdiction de la discrimination » stipulée par la Convention, ou encore ce que sont les discriminations qui subsistent dans le quotidien des personnes handicapées. Cet article vise à expliquer le contenu de la Convention et à faire le point sur les efforts exigés pour éliminer les discriminations.

Le refus d’aménagement raisonnable constitue la discrimination

La Convention stipule que la discrimination fondée sur le handicap comprend toutes les formes de discrimination, y compris le refus d’aménagement raisonnable, ce qui est probablement le point qui aura le plus d’impact sur le quotidien de tous.

Les dispositifs qui garantissent aux handicapés toutes les opportunités dans les cas où ils ne peuvent participer à la société en raison de leur handicap constituent les « aménagements raisonnables ». L’article 2 de la Convention les définit de la manière suivante : 

« On entend par “aménagement raisonnable” les modifications et ajustements nécessaires et appropriés n’imposant pas de charge disproportionnée ou indue apportée, en fonction des besoins dans une situation donnée, pour assurer aux personnes handicapées la jouissance ou l’exercice, sur la base de l’égalité avec les autres, de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales. »

Cela signifie par exemple la présence d’un interprète en langue des signes pendant une conférence, la mise à disposition d’équipement d’aide auditif à la télévision ou au cinéma ou encore l’ajout de pente accessible aux personnes en fauteuil dans les restaurants ou les grands magasins. La Convention établit que ne pas offrir ces « aménagements raisonnables » constitue une discrimination. Il suffit de réfléchir pour réaliser qu’il existe dans notre quotidien un nombre infini de situations qui ne permettent pas aux personnes handicapées de participer comme les autres.

Un système de soutien insuffisant dans l’enseignement supérieur

Je m’occupe du soutien aux étudiants handicapés depuis de longues années. Si l’on prend l’exemple de l’université, les étudiants handicapés sont confrontés à toutes sortes de problèmes : ceux dont le handicap est auditif ne peuvent ni suivre les cours oraux ni entendre les avertissements sonores ou les informations diffusées en cas d’urgence, ceux dont le handicap est visuel ne peuvent comprendre le contenu des documents utilisés dans les cours ni les manuels et ils font aussi face à de nombreuse difficultés pour se mouvoir entre les salles de cours ou se rendre à l’université dans un environnement qui n’est pas accessible. Il y a aussi des étudiants handicapés moteur en fauteuil, d’autres touchés par l’autisme et les troubles envahissants du développement, et certains sont aussi polyhandicapés. Tous ont des besoins différents.

La ratification de la Convention signifie qu’il faudra désormais offrir des aménagements raisonnables répondant à ces besoins, comme des interprètes en langue des signes ou des traductions en texte, ainsi que des versions audio ou braille des documents utilisés en cours. Un des aspects essentiels de la Convention est qu’elle exige des actions concrètes et non seulement des bonnes paroles, et qu’elle spécifie les « modifications et ajustements nécessaires et appropriés » pour garantir que ces aménagements raisonnables seront offerts.

  • [22.09.2014]

Professeur adjoint au Centre de recherche et de soutien de l’Université de technologie de Tsukuba. Docteur de l’Université de Tsukuba, elle s’intéresse depuis ses études au soutien des étudiants handicapés. Depuis 2013, elle effectue des recherches au Rochester Institute of Technology (États-Unis) dans le cadre de l’International Fellowship Program de la Fondation Nippon. Elle est l’auteur de  nombreux ouvrages dont Comment prendre des notes en cours (Ningensha, 2007)

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