Hong Kong : le front d’une nouvelle guerre froide ?

Kurata Tôru [Profil]

[20.11.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | العربية |

Les élections pour désigner le chef de l’exécutif en 2017 ont provoqué des manifestations massives à Hong Kong, dans un conflit qui risque de se prolonger entre le gouvernement chinois et les partisans de la démocratie. Ces protestations seront-elles le front d’une nouvelle guerre froide entre le système chinois et la norme internationale, comme le voit Kurata Tôru, spécialiste de la politique chinoise contemporaine ?

Le 28 septembre, les habitants de Hong Kong sont descendus dans les rues pour demander le droit de choisir le chef de l’exécutif de leur ville par des élections libres. L’intervention de la police, tentant de disperser la foule avec des grenades lacrymogènes, a de fait provoqué l’occupation des principales artères du district financier par les protestaires. Ces événements, qui semblent en surface n’être rien de plus que des manifestations pacifiques d’étudiants sans armes et de résidents moyens pour des élections libres, ont attiré l’attention du monde entier et ont été publiquement commentées par les dirigeants occidentaux. Joshua Wong, leader d’un des plus grands groupes de ce mouvement protestaire, a même fait la une du magazine Times. Car une des raisons pour laquelle Hong Kong a été ainsi brusquement propulsé sur le devant de la scène internationale, c’est que les problèmes soulevés ne concernent pas uniquement l’ancienne colonie britannique mais ont des ramifications majeures dans le gouvernement central de la Chine comme pour la politique mondiale.

La « chinisation » de la démocratie

La démocratisation de Hong Kong commence dans les années 1980 et coïncide avec le début des pourparlers entre les gouvernements britannique et chinois pour la restitution du territoire. La Grande-Bretagne veut instaurer, comme dans ses autres colonies, une démocratie « à l’anglaise » avant de la remettre en 1997. La Chine s’y oppose tout d’abord mais finit par accepter en définitive que la démocratie soit maintenue, en vertu d’une clause de la Loi fondamentale de Hong Kong de 1990 stipulant que le chef de l’exécutif de la ville serait choisi par des élections libres. De nombreux résidents de Hong Kong étaient inquiets à ce moment-là et craignaient de passer sous l’emprise du Parti communiste chinois. La promesse de Pékin, leur accordant le droit de choisir eux-mêmes le chef de leur ville, les avait alors rassurés.

Quelque trente années plus tard, une décision historique pour la démocratisation de Hong Kong est prise lorsque le comité central du Congrès National du Peuple de Chine annonce, le 31 août, que les premières élections libres seront permises pour choisir le chef de l’exécutif de la ville en 2017. Mais Pékin pose une condition à ce vote : les candidats devront tout d’abord être choisis par le comité nominatif, composé en majeure partie de sympathisants du gouvernement central, écartant de la sorte tous les candidats n’ayant pas été nommés par la majorité des membres du comité. Ce qui ne laisse pratiquement aucune chance aux opposants de Pékin de se présenter à ces élections. Les élections comportant uniquement des candidats pro-Pékin approuvés au préalable par le parti communiste ressemblent fort au procédé électoral en vigueur sur le continent chinois et sont bien éloignées de la démocratie. La transplantation de la démocratie initiée par la Grande Bretagne a été reprise par Pékin après la restitution de Hong Kong et remplacée par une démocratie « à la chinoise » dans laquelle les électeurs accordent leurs droits à des candidats approuvés par le Parti communiste.

Une contestation non-violente selon la norme internationale

Les partisans hongkongais de la démocratie, désireux d’avoir des élections libres et conformes à la norme internationale, n’ont pas accepté ces élections « à la chinoise », et les étudiants comme les résidents ont opposé une résistance farouche dès que la décision de Pékin a été connue.

Une des caractéristiques de ce mode d’intervention pro-démocratique est d’être un mouvement de protestation selon la norme internationale, basé sur des valeurs et des concepts occidentaux. Au début 2013, Benny Tai, professeur assistant de l’Université de Hong Kong, a proposé le mouvement « Occupy Central », à savoir organiser des sit-in dans le district financier de la ville, si le gouvernement chinois n’accordait pas les droits démocratiques aux Hongkongais. Tai, qui a étudié le droit constitutionnel à l’Université de Londres, est, comme bon nombre des membres de l’élite de Hong Kong, très fortement influencé par les idées occidentales et c’est en outre un fervent chrétien. 

Le nom du mouvement qu’il a initié fait directement référence à « Occupy Wall Street » qui a fait le tour de la planète en 2011. Les principes qu’il énonce pour justifier l’infraction aux lois que constitue l’occupation de la rue s’inspirent de la « désobéissance civile » prônée par Martin Luther King, Gandhi et Nelson Mandela, c’est-à-dire une résistance non-violente aux autorités en place.

  • [20.11.2014]

Né en 1975. Professeur assistant à la faculté de droit et de sciences politiques de l’Université Rikkyô. Spécialiste de la politique chinoise contemporaine. Doctorat de la faculté d’arts et sciences de l’Université de Tokyo. Occupe le poste de chercheur à l’Ambassade du Japon à Hong Kong durant ses années d’études. Obtient le Prix Suntory pour les sciences sociales et humaines pour son livre Chûgoku henkan go no Hong Kong (Hong Kong après sa restitution à la Chine).

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