L’éruption du mont Ontake met au jour la crise de la volcanologie japonaise

Shozawa Shin’ichiro [Profil]

[07.01.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le grand nombre de victimes de l’éruption récente du volcan Ontake met en évidence les faiblesses de la recherche volcanologique japonaise. Elles sont dues à des facteurs structurels, notamment le peu de place accordée à la géologie au Japon, la réforme du statut des universités nationales, ou encore le manque de postes de chercheurs.

Le volcan qui a relancé la volcanologie japonaise

Le 27 septembre dernier, le mont Ontake, situé à cheval sur les préfectures de Nagano et de Gifu, a fait éruption, causant la mort de 57 alpinistes et randonneurs, la catastrophe volcanique la plus meurtrière de l’après-guerre, dépassant le bilan de celle du volcan Unzen-Fugen en 1991 qui était lui de 43 victimes.

Ce volcan a joué un rôle essentiel pour la volcanologie japonaise. Son éruption en 1979 a choqué les spécialistes qui ne lui en connaissaient pas dans l’histoire et pensaient qu’il n’en aurait plus. Cela les a conduit à revoir le statut des autres volcans japonais dans le même cas, et à pratiquer de nouveaux sondages géologiques. Il apparaît que le mont Ontake a eu les dernières dix mille années au moins quatre grandes éruptions magmatiques et onze éruptions phréatiques comme celle de septembre. Le mont Ontake a rejoint les autres volcans actifs du Japon, portant le total de ceux-ci à 110. Les recherches à long terme des volcanologues ont contribué à ce changement de statut. L’expression « volcan éteint » que l’on entendait souvent autrefois n’est plus utilisée aujourd’hui.

L’Agence météorologique du Japon est l’organisme chargé de surveiller les volcans et de prévoir leurs éruptions. Elle observe vingt-quatre heures sur vingt-quatre 47 volcans actifs grâce à des instruments comme des sismographes ou des inclinomètres ainsi que des caméras de surveillance. Mais l’Agence ne constitue pas un groupement d’experts en volcanologie car très peu de ses employés ont fait des études spécialisées dans ce domaine. C’est la raison pour laquelle les chercheurs universitaires ont jusqu’à présent joué un rôle important.

Un fort besoin de « médecins des volcans »

Les éruptions volcaniques présentent une difficulté particulière car elles ne sont pas passagères mais longues et prévoir comment elles vont évoluer n’est pas aisé. Dans le cas de volcans comme le Unzen-Fugen dans les années 1990 ou du mont Usu qui a fait éruption en 2000 sur l’île d’Hokkaidô, deux éruptions qui ont eu des répercussions sur la société, les chercheurs des universités locales stationnés sur le site évaluaient en permanence l’activité volcanique et communiquaient à ce sujet avec les autorités locales, ce qui leur valait la confiance de la population.

Les collectivités locales disposent rarement de personnel connaissant la volcanologie. Les difficultés qu’elles ont à comprendre les informations officielles fournies par l’Agence météorologique font qu’il est essentiel qu’elles établissent des liens avec les chercheurs. Certains volcanologues ont par le passé fait de tels efforts physiques et mentaux pour résister aux demandes des populations locales de lever les ordres d’évacuations qu’ils en sont tombés malades, ce qui ne les a pas empêchés de poursuivre leur mission.

Après l’éruption du mont Ontake, Abe Shuichi, le gouverneur de la préfecture de Nagano a déclaré qu’il fallait former des chercheurs qui comprennent les spécificités de la montagne, et qu’il était important et vital de faire en sorte que de tels spécialistes soient toujours présents près des volcans. La société attend beaucoup de ces volcanologues qu’elle voit comme des « médecins des volcans ». Mais comme nous allons le voir, les circonstances actuelles rendent cela très difficile. Loin de pouvoir mettre en place de tels spécialistes, la surveillance et la prévention des désastres volcaniques sont aujourd’hui en crise.

  • [07.01.2015]

Né en 1966. Membre du comité de rédaction et du comité éditorial de l’agence de presse Kyôdô où il entre en 1989. Il est en poste au bureau de Nagasaki lorsque survient en 1991 l’éruption du volcan Unzen-Fugen. De 1994 à 1996, il travaille dans le bureau de Hakodate, et couvre le tremblement de terre de l’île Okushiri ainsi que les éruptions du volcan Komagatake. Il est ensuite affecté au service faits divers de Tokyo puis dans le service rédaction de Sendai, ce qui lui fournit d’autres occasions de couvrir des désastres. Membre de la Société volcanologique japonaise et administrateur de la Société japonaise pour la reconstruction après les catastrophes naturelles, il est aussi chercheur invité au Centre d’études sur l’administration de la reconstruction après les catastrophes naturelles de l’Université Kwansei Gakuin.

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