La « société de l’hydrogène » : un mythe en train de devenir réalité

Kikkawa Takeo [Profil]

[12.05.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

L’hydrogène est considéré depuis longtemps comme un carburant écologique plein d’avenir parce qu’il ne produit aucune émission polluante. Mais les difficultés posées par le transport et le stockage de ce gaz hautement inflammable et volatil ainsi que par l’implantation des infrastructures nécessaires pour le distribuer ont retardé son utilisation jusqu’à une époque relativement récente. Toutefois depuis 2014, cette énergie « propre » a fait de grands progrès au Japon. Dans l’article qui suit, Kikkawa Takeo, un expert en la matière, fait le point sur la situation et les changements que l’emploi de l’hydrogène pourrait provoquer.

Des avancées majeures dans l’utilisation de l’hydrogène

L’année 2014 a constitué un pas décisif vers l’adoption de l’hydrogène en tant que source d’énergie par le Japon. Au mois de juin, la Commission sur la stratégie d’utilisation de l’hydrogène et des piles à combustible du ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie a présenté sa feuille de route sur ce sujet. En novembre, le gouvernement métropolitain de Tokyo a annoncé qu’il avait l’intention de mettre en place une « société de l’hydrogène » d’ici les Jeux olympiques et paralympiques de 2020. Il a même donné une liste de mesures concrètes et de dispositions budgétaires. À peu près au même moment, les deux géants de l’industrie automobile nippone Honda et Toyota ont décidé de commercialiser des véhicules à pile à combustible. Enfin, Iwatani Corporation et JX Nippon Oil & Energy Corporation – deux firmes du secteur énergétique – ont révélé le prix de vente de l’hydrogène dans les stations-services destinées à ce type de véhicules. 2014 a donc été une année déterminante pour l’utilisation de l’hydrogène en tant qu’énergie au Japon.

À vrai dire, cela fait longtemps que les Japonais ont pris de l’avance par rapport aux autres pays du monde en matière d’utilisation des piles à combustible carburant à l’hydrogène. En 2009, Panasonic s’est associé à Tokyo Gas pour commercialiser Ene-Farm, la première pile à combustible à usage domestique. Et en décembre 2014, Toyota a présenté une voiture à pile à combustible destinée à la consommation de masse, une première mondiale qui a beaucoup retenu l’attention des medias.

Les cinq avantages incontestables de l’hydrogène

L’emploi de l’hydrogène, l’élément le plus abondant de l’univers, en tant que source d’énergie se justifie pour cinq raisons.

En premier lieu, l’hydrogène utilisé comme carburant ne rejette que de l’eau pure et aucun CO2 ou autre gaz à effet de serre. C’est d’ailleurs pourquoi, il est considéré comme un combustible « vert » et « propre ». Mais il perd son statut d’énergie respectueuse de l’environnement quand sa production repose sur des combustibles fossiles. Pour que l’hydrogène soit véritablement un carburant « propre », il faut donc qu’il soit produit à partir de sources d’énergie renouvelables.

En second lieu, les piles à combustible carburant à l’hydrogène ont un rendement énergétique extraordinairement élevé, l’électricité qu’elles produisent provenant d’une réaction électrochimique. Ce qui devrait grandement contribuer à limiter la consommation énergétique. À l’heure actuelle, environ 60 % de l’énergie produite par les compagnies d’électricité japonaises est perdue. Mais ce pourcentage pourrait être considérablement réduit si l’on utilisait des piles à combustible. Qui plus est, l’installation de ces mêmes piles dans les maisons et les immeubles permettrait de couvrir les besoins de leurs occupants en électricité et en chaleur et de réduire leur consommation énergétique.

En troisième lieu, l’hydrogène peut s’avérer très utile en tant que source d’énergie facilement accessible en cas de catastrophes naturelles. En effet, les véhicules et les habitations équipés de piles à combustible pourraient servir de source d’énergie d’urgence et ce faisant, protéger des vies humaines et leur mode d’existence.

En quatrième lieu, il y a toutes sortes de façons de produire de l’hydrogène et les applications de ce gaz ne se limitent pas à la production d’énergie. L’hydrogène peut aussi servir à transporter de l’énergie et, associé à d’autres sources, il permet de pallier à leurs défauts et d’améliorer leurs qualités. Dans un certain sens, on peut dire que le principal avantage de l’hydrogène c’est qu’il a la capacité de transformer complètement la structure énergétique de notre société. Nous reviendrons plus loin sur ce point, dans la seconde partie de l’article.

Le cinquième et dernier argument en faveur de l’utilisation de l’hydrogène, c’est que, dans ce secteur, le Japon est le premier pays du monde en ce qui concerne le développement technologique. Si l’emploi de l’hydrogène progresse, l’économie japonaise dans son ensemble risque fort d’en être affectée de façon positive, notamment par la création de nouveaux emplois. Le Japon occupe de loin la première place mondiale pour un grand nombre d’applications techniques liées aux piles à combustible carburant à l’hydrogène. Les entreprises nippones sont par ailleurs hautement compétitives dans la fabrication des réservoirs pour le stockage de l’hydrogène. Et dans le domaine de l’énergie géothermique, elles ont un large avantage sur la concurrence en matière d’utilisation de l’hydrogène.

  • [12.05.2015]

Né en 1951. Professeur de gestion à la Faculté de commerce et de gestion de l’Université Hitotsubashi depuis 2007. Spécialiste de l’histoire de la gestion au Japon ainsi que de l’industrie de l’énergie, des économies locales et de l’industrie du sport. Titulaire d’un doctorat en économie de l’Université de Tokyo obtenu en 1996. A été chercheur invité à la Business School de Harvard et professeur à l’Institut de recherches en sciences sociales de l’Université de Tokyo. Auteur de nombreux ouvrages dont Denryoku kaikaku : Enerugi seisaku no rekishiteki daitenkan (Un tournant historique dans la politique de l’énergie : les réformes concernant l’électricité, 2012, Kôdansha), et Nihon no enerugi mondai (Les problèmes énergétiques du Japon, 2013, NTT shuppan).

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