Le droit de vote à 18 ans changera-t-il la politique japonaise ?

Sugawara Taku [Profil]

[20.10.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

La révision de la loi électorale sur les mandats publics, qui abaisse l’âge minimum de vote à 18 ans, a été approuvée. À partir des élections à la Chambre des Conseillers de 2016, un grand nombre de lycéens pourront voter. Comment cette révision, la première depuis 70 ans, changera-t-elle la politique japonaise ?

À partir des élections à la Chambre des Conseillers l’été prochain, il ne faudra plus avoir 20 ans pour avoir le droit de vote mais 18. Différentes théories sur l’impact de cette mesure sont aujourd’hui présentées et discutées dans les médias.

La majorité des commentateurs se focalisent sur deux points quant à son influence sur la politique japonaise. Il s’agit tout d’abord de l’effet sur les programmes politiques, et plus précisément de savoir si cette mesure freinera « la démocratie des seniors » (silver democracy) du Japon, et deuxièmement, de ses répercussions sur les élections. Comment cette mesure va-t-elle en changer les résultats ?

Mon propos est, tout en abordant ces deux points, de discuter de l’impact du droit de vote à 18 ans sur le Japon et des nouvelles orientations qu’elle pourra apporter.

Rompre avec la « démocraties des seniors » ?

La « démocratie des seniors » est une expression qui reflète l’idée selon laquelle le Japon ne parviendrait pas à se débarrasser des politiques privilégiant les personnes âgées en raison de leur participation électorale élevée. Le rajeunissement du corps électoral devrait par conséquent contribuer à promouvoir des politiques plus favorables aux jeunes générations. Étant donné le faible poids démographique des jeunes âgés de 18 et 19 ans, et la forte abstention des jeunes, cette idée ne fait pas l’unanimité.

De plus, la « démocratie des seniors » n’est qu’une hypothèse. Comme nous allons le voir, plusieurs éléments font qu’il est difficile d’affirmer simplement que l’importance proportionnelle des personnes âgées parmi les votants a suscité un système de sécurité sociale avantageux pour les aînés.

Tout d’abord, le système actuel de sécurité sociale japonais a été créé à l’époque de la forte croissance, lorsque le taux de participation aux élections variait peu selon les générations et que le poids démographique des générations âgées de 20 à 40 ans était élevé. De plus, dans les autres pays avancés où le vieillissement démographique a progressé, le système de sécurité sociale pour les jeunes est plus développé qu’au Japon. Enfin, la conscience intergénérationnelle du fardeau que fait peser le système de sécurité sociale n’est pas grande, et les personnes âgées ne cherchent pas à faire peser sur les jeunes générations un fardeau excessif.

Ce tableau présente les résultats d’une enquête d’opinion sur le troisième point mentionné ci-dessus. La perception selon laquelle il est inévitable que le fardeau des actifs augmente est plus affirmée chez les générations les plus jeunes, et elle diminue légèrement à partir de 60 ans. On peut cependant en conclure qu’il n’y a pas, relativement au fardeau de la sécurité sociale, de différence notable entre les générations. Au vu de ces données, il est permis d’imaginer que relativement à la politique sociale, le rajeunissement de l’électorat ne conduira pas à un changement majeur des attentes envers le monde politique.

« La démocratie des seniors », une expression aujourd’hui à la mode dans les médias japonais, est acceptée quasiment comme une réalité et non comme une hypothèse. Il est cependant difficile de dire que le fait que les seniors constituent la majorité de l’électorat est la raison pour laquelle la sécurité sociale au Japon favorise les générations les plus âgées. Il faut la rechercher ailleurs, dans le très faible nombre de femmes au Parlement, dans la longue présence au pouvoir du Parti libéral-démocrate, un parti dont une des caractéristiques est une vision conservatrice de la famille, dans la structure des partis politiques qui accorde une grande importance à l’ancienneté, ou encore dans la bureaucratie. Quoi qu’il en soit, le décalage entre le droit de vote à partir de 18 ans et la théorie de la « démocratie des têtes grises » est une certitude.

  • [20.10.2015]

Chercheur invité au Centre de recherche pour les sciences et technologies avancées (RCAST) de l’Université de Tokyo, spécialiste de la politique japonaise contemporaine. Né en 1976, il fait des études de droit à l’Université de Tokyo, puis obtient son doctorat de recherche en droit et en sciences politiques dans la même université. Il contribue fréquemment à divers quotidiens et magazines sur des thèmes liées à la politique japonaise. Parmi ses écrits figurent Seron no kyokkai – Naze Jimintô wa taihai shitanoka (Une fausse interprétation des sondages d’opinion – Pourquoi le PLD a-t-il connu une telle défaite ? Kôbunsha shinsho, 2009), Heiseishi (Une histoire de l’ère Heisei, Kawade books, 2012, ouvrage collectif).

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