Le Japon à la traîne dans le combat mondial pour la préservation du climat
L’engagement récent du Japon en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre

Kobayashi Hikaru [Profil]

[25.11.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 |

Préalablement à la Conférence des Nations unies sur le changement climatique, qui se tiendra au mois de décembre, le Japon a annoncé les objectifs qu’il s’est fixés en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Kobayashi Hikaru, spécialiste de la politique environnementale, examine ici les cibles définies par le gouvernement et l’influence que la situation interne exerce sur la politique environnementale du Japon.

Des négociations sont en cours en vue d’un accord international portant sur de nouvelles mesures de lutte contre le changement climatique. Le 17 juillet, le Japon a fait connaître ses « contributions prévues déterminées au niveau national » (Intended Nationally Determined Contributions ou INDC), à savoir une diminution de 26 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport aux niveaux enregistrés en 2013. Les INDC soumises par le Japon et d’autres pays au Secrétariat de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) constitueront le socle des efforts engagés en décembre de cette année, lors de la réunion de Paris de la COP21 (21e Conférence des Parties à la CCNUCC), en vue de parvenir à un accord sur les engagements après 2020.

Les nouveaux objectifs japonais de réduction des émissions

Examinons de plus près l’engagement du Japon. La réduction qu’il propose est équivalente à une baisse de 18 % par rapport à 1990, l’année de référence adoptée par l’Union européenne, ou de 25,4 % par rapport à 2005, l’année utilisée par les États-Unis. Tokyo a opté pour 2013, année où les émissions japonaises de gaz à effet de serre ont frôlé un record historique, dû à la fermeture des centrales nucléaires du pays consécutive au tsunami et à la catastrophe nucléaire de mars 2011. Contrairement au programme adopté dans le cadre du Protocole de Kyoto, qui dépendait grandement des crédits provenant de réductions à l’étranger, les nouvelles INDC sont basées sur une combinaison alliant la baisse des émissions sur le territoire national et les puits de carbone.

Ceci étant, que faut-il penser des INDC japonaises ? La réduction proposée de 18 % par rapport aux niveaux de 1990 ne souffre pas la comparaison avec celle de 40 % à laquelle s’est engagée l’UE. Elle reste aussi inférieures aux 26 à 28 % promis par les États-Unis d’ici 2025, soit cinq ans plus tôt que l’échéance retenue par le Japon. D’un autre côté, si l’on prend les émissions intérieures, l’engagement proposé représente une amélioration de plus de 19 points de pourcentage par rapport aux résultats obtenus par le Japon durant la période d’engagement du Protocole de Kyoto (2008-2012), quand les émissions intérieures ont enregistré une augmentation de 1,4 % (par rapport à 1990) et que le pays a dû recourir à des formules de compensation carbone pour remplir ses obligations.

L’enthousiasme du Japon est en baisse

Passons maintenant en revue les faits marquants qui ont mené à l’adoption des derniers objectifs.

Pendant la première période d’engagement au titre du Protocole de Kyoto, le gouvernement japonais a répété avec insistance que le cadre pour les engagements relatifs aux émissions produites après 2012 devait inclure les pays émergents et en développement. Mais les tentatives en vue de parvenir à un consensus international sur ces engagements se sont heurtées à des difficultés et, fin 2010, le Japon a annoncé qu’il ne participerait pas à la seconde période d’engagement du Protocole de Kyoto, prônée par les pays européens en tant que solution provisoire pour la période allant jusqu’à 2020.

Le Japon justifiait son opposition à l’extension du Protocole de Kyoto en s’appuyant sur le fait que les objectifs de réduction des émissions prévus dans ce cadre étaient contraignants pour l’Europe et le Japon, qui avaient ratifié l’accord, mais n’imposaient aucune obligation aux États-Unis et à la Chine. L’extension d’un tel accord, soutenait-il, dissuaderait les deux plus grands émetteurs mondiaux de GES de participer aux efforts internationaux en vue de contenir le réchauffement planétaire. Dans le même temps, le Japon s’engageait à poursuivre volontairement sa propre politique de changement climatique après 2012.

À l’époque, il semble que la détermination du Japon à être le fer de lance de la lutte contre le changement climatique ait été minée par l’effet cumulé de deux facteurs : l’absence de progrès des négociations internationales et la contraction de l’économie consécutive à la crise financière mondiale de 2009.

L’enthousiasme du Japon pour la réduction des émissions est encore descendu d’un cran après la catastrophe nucléaire de Fukushima déclenchée par le tsunami qui a frappé le nord-est du Japon en mars 2011. Entre autres séquelles, cette catastrophe a entraîné la fermeture des centrales nucléaires et, par voie de conséquence une crise énergétique qui a contraint le pays à accroître sa dépendance aux combustibles fossiles, notamment le charbon à faible coût, pour l’alimentation de ses centrales thermiques. C’est ainsi que le gouvernement et les milieux industriels en sont venus progressivement à la conviction qu’il importait avant tout de garantir les approvisionnements en électricité, quitte à remettre à plus tard la réduction des émissions de CO2. Dans le même temps, la population, qui était fortement hostile au redémarrage des centrales nucléaires en l’absence d’une révision des mesures de sécurité, estimait qu’il n’y avait guère d’autre choix que d’accepter l’augmentation de la production des centrales thermiques. D’où le recul spectaculaire des pressions pour la réduction des émissions.

C’est dans ce contexte que le Japon a soumis son engagement national de réduction d’ici à 2020, exigé de tous les pays par le secrétariat de la CCNUCC en prévision de la COP19 de 2013. Le Japon s’est alors fixé pour objectif une diminution de 3,8 % par rapport à l’année de référence 2005, soit l’équivalent d’une augmentation de 3,7 % par rapport à 1990. Le manque manifeste d’ambition de cet objectif tenait notamment au fait que le gouvernement, qui n’avait pas encore adopté de politique précise sur l’utilisation à venir de l’énergie nucléaire, s’était dispensé de recourir à des réductions liées au redémarrage des centrales nucléaires. Toujours est-il que l’objectif retenu par le Japon a été violemment critiqué, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, par divers groupes, notamment écologiques.

En comparaison, l’objectif de réduction récemment annoncé pour 2030 représente une baisse de 18 % par rapport à l’exercice budgétaire 1990, soit une progression de plus de 21 points de pourcentage par rapport au plan précédent. Cette amélioration est principalement imputable à la révision des perspectives de la demande en énergie et à l’adoption de politiques claires en ce qui concerne la composition à venir de la palette énergétique japonaise.

  • [25.11.2015]

Docteur en ingénierie et professeur en mission au Graduate school de l’Université Keiô. Né en 1949 à Tokyo. Est entré à l’Agence de l’environnement (devenu depuis ministère de l’Environnement) en 1973. Responsable de l’organisation de la troisième Conférence des parties signataires de la Convention climat (COP3) qui s’est réunie à Kyoto en 1997 et des négociations sur le Protocole de Kyoto sur les changements climatiques. Vice-ministre administratif de l’Environnement à partir de juillet 2009. A quitté le ministère en janvier 2011. Auteurs de nombreux ouvrages sur l’éco-habitat et le développement durable.

Articles liés
Articles récents

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone