Pour résoudre les contradictions liées à l’avenir du nucléaire japonais

Kikkawa Takeo [Profil]

[02.11.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Le redémarrage de la centrale nucléaire de Sendai, dans l’île de Kyûshû, en août 2015, a mis fin à deux années d’arrêt de tous les réacteurs nucléaires du Japon. Alors que les observateurs se demandent si cette décision va entraîner la remise en service d’autres centrales sur le territoire japonais, le gouvernement actuel ne semble pas disposé à assumer la responsabilité d’affronter les contradictions liées d’une part à la nécessité de fermer les installations vieillissantes et de l’autre à la place importante que le nucléaire continue d’occuper dans la satisfaction des besoins du pays en énergie.

Le premier redémarrage dans le cadre des Nouvelles normes de sécurité

Le 11 août 2015, la compagnie d’électricité de Kyûshû a relancé le réacteur n° 1 de la centrale nucléaire de Sendai à plein régime. Cette date est celle du premier redémarrage d’une centrale nucléaire japonaise dans le cadre du régime de sécurité institué – en juillet 2013, par la Commission de réglementation de l’énergie nucléaire (NRA) – après la catastrophe de Fukushima Daiichi, survenue en mars 2011. La remise en marche de la centrale de Sendai, qui marquait le retour du nucléaire au Japon après deux ans d’interruption, a focalisé toutes les attentions.

Le réacteur n° 2 de Sendai a elle aussi été jugée conforme aux normes de la NRA, au même titre que les réacteurs n° 3 et 4 de la centrale nucléaire de Takahama et le réacteur n° 3 de la centrale d’Ikata, exploitées respectivement par la compagnie d’électricité du Kansai et la compagnie d’électricité de Shikoku.

Au début de l’année 2015, de nombreux médias japonais ont prédit que l’énergie nucléaire allait faire un retour en force au cours de l’année, et que les opérations allaient reprendre, notamment à la centrale nucléaire de Sendai, à mesure que les centrales redémarraient l’une après l’autre. Ces prédictions semblent toutefois avoir été un peu trop hâtives, car la relance des réacteurs s’est avérée plus difficile que prévue.

Des visions contradictoires de l’énergie nucléaire

Pour commencer, les sondages d’opinion montrent que les personnes hostiles au redémarrage de la centrale de Sendai sont plus nombreuses que celles qui lui sont favorables, même si une portion non négligeable des personnes interrogées se disent incertaines. Ce qui ressort des résultats des sondages, pour peu qu’on les examine de près, ce sont les sentiments contradictoires que suscite le nucléaire.

Lorsqu’on leur demande quelle devrait être la politique nucléaire du Japon, la majorité des personnes interrogées choisissent l’option de la sortie du nucléaire à long terme. Cette réponse revient beaucoup plus souvent que le renoncement immédiat à l’énergie nucléaire ou sa pérennisation. Ce qui veut dire que la majorité de la population est favorable à son utilisation pour le moment.

Mais lorsque la question porte sur la réactivation à court terme des centrales nucléaires, la majorité des personnes interrogées s’y déclarent hostiles. Il se trouve toutefois que le refus d’autoriser les centrales à reprendre leurs activités équivaut à un gel immédiat. Comment convient-il d’interpréter cette contradiction entre l’expression à court terme et à long terme de l’opinion publique ?

Ce décalage suggère que de nombreuses personnes sont disposées à accepter un certain degré de dépendance à l’énergie nucléaire dans un avenir prévisible tout en désapprouvant l’attitude du gouvernement Abe sur cette question. Ces personnes pensent que tous les problèmes liés au redémarrage des centrales sont laissés à la NRA et aux installations, tandis que le gouvernement cherche à esquiver les responsabilités et à rester dans l’ombre. Cette façon de voir a provoqué un choc en retour, sous la forme d’une réaction fortement négative du public lorsqu’on lui demande s’il est favorable à la remise en service d’un réacteur nucléaire spécifique.

  • [02.11.2015]

Né en 1951. Professeur de gestion à la Faculté de commerce et de gestion de l’Université Hitotsubashi depuis 2007. Spécialiste de l’histoire de la gestion au Japon ainsi que de l’industrie de l’énergie, des économies locales et de l’industrie du sport. Titulaire d’un doctorat en économie de l’Université de Tokyo obtenu en 1996. A été chercheur invité à la Business School de Harvard et professeur à l’Institut de recherches en sciences sociales de l’Université de Tokyo. Auteur de nombreux ouvrages dont Denryoku kaikaku : Enerugi seisaku no rekishiteki daitenkan (Un tournant historique dans la politique de l’énergie : les réformes concernant l’électricité, 2012, Kôdansha), et Nihon no enerugi mondai (Les problèmes énergétiques du Japon, 2013, NTT shuppan).

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