Le Japon et le prochain président des États-Unis : penser l’impensable

Nakayama Toshihiro [Profil]

[27.06.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Alors que les primaires en vue de l’élection présidentielle aux États-Unis tirent à leur fin, l’incertitude qui plane quant à leur issue, notamment du côté républicain, reste une source d’embarras pour le reste du monde. Nakayama Toshihiro, spécialiste de la politique américaine et des relations entre les États-Unis et le Japon, s’interroge ici sur les conséquences que ces élections auront sur la politique étrangère des deux pays.

Les jeux sont faits pour les deux gagnants des primaires de l’élection présidentielle aux États-Unis, mais bien des questions subsistent quant aux causes de la situation actuelle et au processus qui y a conduit. Au Japon et ailleurs, ce problème reste une source de perplexité et d’embarras.

D’un côté, le magnat de l’immobilier Donald Trump s’est pratiquement octroyé l’investiture à l’issue d’une bataille chaotique et sans merci au sein du Parti républicain. En cours de route, le fougueux millionnaire a jeté aux orties le manuel du bon comportement politique et brisé tabou sur tabou. Le « Grand Old Party » pourrait sortir de cette affaire tellement changé qu’il en serait méconnaissable.

De l’autre côté, au Parti démocrate, la course pour l’investiture s’oriente vers l’issue la plus communément anticipée, à savoir l’investiture de l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton. Ceci dit, le sénateur du Vermont Bernie Sanders lui oppose une farouche résistance et, dans le combat pour emporter la victoire, Mme Clinton s’est vue contrainte de se positionner de plus en plus à gauche. De concert avec son époux, l’ancien président Bill Clinton, Hillary Clinton a contribué à orienter le Parti démocrate vers le centre, en s’appuyant sur un programme de réformes, dites de la « troisième voie », qui constitue le noyau de l’héritage Clinton. Il semble maintenant qu’un virage à gauche, inspiré par la base de son parti, a éloigné Hillary du courant dominant de celui-ci.

Bill Clinton lui-même, l’incarnation du professionnel des campagnes électorales qui sait plaire aux foules, fait triste mine sur son estrade. Alors que les partisans de Bernie Sanders sont soudés derrière lui, les Clinton doivent se battre pour susciter l’enthousiasme au sein d’un parti qui a radicalement changé depuis les années 1990 et les beaux jours du centrisme.

Regarder dérailler un train

La campagne électorale commencera réellement quand les deux partis auront officiellement désigné leur candidat à l’issue des conventions nationales de cet été, et beaucoup anticipent la course à la présidence la plus horrible de l’histoire récente des États-Unis. Plus de la moitié des électeurs ont une vision négative des deux candidats, dont chacun semble enclin à exploiter l’impopularité de l’autre, ce qui laisse présager une élection axée davantage sur la personnalité que sur la politique.

Derrière cet aspect spectaculaire se cache toutefois une évolution des sentiments des électeurs qui pourrait avoir des répercussions importantes sur les relations des États-Unis avec le reste du monde, et notamment l’Asie de l’Est.

À l’approche de toutes les élections présidentielles américaines, les observateurs japonais des États-Unis semblent sortir du bois, et je fais partie du lot. Soudain, nous sommes partout, en train de suivre de près les événements et d’en faire le récit au Japon, où ils deviennent un sujet courant de conversation.

Les politiciens américains ne sont pas les seuls à se montrer très affairés une fois tous les quatre ans. Les membres des médias internationaux qui couvrent les élections présidentielles américaines relèvent souvent la grande visibilité (numériquement parlant) de la présence des journalistes japonais. Mais le niveau d’intérêt suscité par l’élection de cette année dépasse de loin tout ce que j’ai vu jusqu’ici.

Et il ne faut pas oublier que les Japonais avaient suivi passionnément l’élection de 2008. Ils semblaient considérer l’essor de Barack Obama (devenu à l’issue du scrutin le premier président afro-américain des États-Unis) comme emblématique des grandes choses que ce pays était toujours capable d’accomplir. Leur attitude en ce qui concerne l’élection de 2016, qui met sous les feux de la rampe l’essor de Donald Trump et du trumpisme, relève davantage de la fascination éprouvée à la vue d’un train qui déraille, en l’occurrence une Amérique qui s’apprête à saper tous ses ponts et à trancher ses liens avec le reste du monde.

  • [27.06.2016]

Professeur du département de politique et d’économie internationales de l’Université Aoyama, chercheur invité au Japan Institute of International Affairs (JIIA) depuis avril 2010. Docteur en politique internationale. A également occupé les fonctions d’enquêteur spécialisé au sein de la Mission permanente du Japon aux Nations unies (1996-98), de chercheur au JIIA (1998-2006) et de maître de conférences à l’Université Tsuda (2006-10). Auteur notamment de Comprendre la politique mondiale (Minerva Shobô, 2011).

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