Les enseignants japonais sont les plus occupés au monde

Uchida Ryô [Profil]

[21.09.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Les enseignants japonais ont les horaires de travail les plus longs au monde. Cela est dû aux heures qu’ils doivent consacrer à d’autres activités que l’enseignement, notamment aux bukatsu, activités des différents clubs présents au sein des établissements scolaires. Comment les enseignants japonais sont-ils arrivés à détenir ce record ? C’est qu’Uchida Ryû explique ici.

Les heures de travail les plus longues au monde

Les enseignants japonais n’en peuvent plus. Ils commencent tôt le matin et finissent tard le soir, travaillent parfois le samedi et le dimanche, et ne sont donc pas reposés lorsque la semaine recommence.

L’étude Une perspective internationale sur l’enseignement et l’apprentissage de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) montre que les heures de travail des enseignants japonais sont les plus longues des 34 pays et régions étudiés (chiffres de février-mars 2013 pour le Japon).

Cela n’est pas dû à la longueur des services d’enseignement. Ceux-ci sont au Japon d’une durée inférieure à la moyenne des autres pays étudiés. Les enseignants japonais consacrent plus de temps que leurs homologues du reste du monde à des tâches diverses, comme les réunions ou la préparation des cours. Mais ils passent surtout plus de temps à s’occuper d’activités extra-scolaires.

Les bukatsu à l’origine des longues heures de travail

Les « activités extra-scolaires » qui figurent dans cette étude s’appliquent dans le cas du Japon aux activités bukatsu.

Les collégiens et les lycéens participent, tôt le matin avant le début des cours, ainsi que l’après-midi à la fin de ceux-ci et pendant le week-end, aux clubs sportifs et culturels animés par les enseignants, qui y consacrent de nombreuses heures.

D’après les « directives scolaires » du ministère de l’Éducation, qui définissent le contenu et les objectifs de l’enseignement, ces clubs ont pour mission de « familiariser les élèves avec les sports, la culture et les sciences, en développant leur volonté d’apprendre, leur sens des responsabilités et leur solidarité ». Ces activités leur sont offertes à un coût réduit dans le cadre de l’organisme public qu’est l’école. Menées au sein des clubs scolaires, elles garantissent, en d’autres termes, aux élèves la possibilité de se familiariser avec des activités sportives et culturelles en dehors des cours.

Les bukatsu, une spécificité japonaise

Que les enseignants s’occupent activement des activités sportives et culturelles des élèves avant et après les cours, ainsi que le week-end, est très rare au niveau mondial. Selon une étude internationale comparative qui montre leur engagement dans ce genre de clubs (voir le tableau ci-dessous), les établissements d’enseignement des pays d’Asie, Japon compris, organisent des activités sportives, mais dans la plupart des autres pays, ce sont des clubs extra-scolaires qui soutiennent les activités sportives des jeunes.

Tableau : lieux où sont pratiquées les activités sportives des collégiens et lycéens dans le monde

Centré sur l’école À l’école et en dehors Essentiellement en dehors de l’école
Japon
Chine
Corée du Sud
Taïwan
Philippines
Canada
États-Unis
Brésil
Écosse
Angleterre
Pays-Bas
Belgique
France
Espagne
Portugal
Pologne
Russie
Israël
Égypte
Nigeria
Kenya
Botswana
Malaisie
Australie
Nouvelle-Zélande
Norvège
Suède
Finlande
Danemark
Allemagne
Suisse
RD Congo
Yémen
Thaïlande

Source : Nakazawa Atsushi, « Les bukatsu, une spécificité japonaise » (Synodos, le 27 janvier 2015)

Il faut ajouter que par rapport aux autres pays d’Asie, les activités de clubs scolaires occupent une place particulièrement importante au Japon. L’auteur de cette comparaison internationale, Nakazawa Atsushi, professeur adjoint à l’Université Waseda et spécialiste de l’histoire des clubs scolaires, estime que « le Japon où les clubs scolaires sont au centre des activités sportives des jeunes et où ils existent à grande échelle, sont tout à fait particuliers du point de vue international ».

  • [21.09.2016]

Professeur adjoint en sciences de l’éducation à l’Université de Nagoya. Né en 1976, docteur en sciences de l’éducation, ce spécialiste de la sociologie de l’éducation travaille sur les risques d’accidents et les punitions corporelles à l’école ainsi que le suicide. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, parmi lesquels L’Éducation comme maladie, aux éditions Kôbunsha, Les Accidents dans les cours de judo, aux éditions Kawade Shobô, Un regard sur les maltraitances contre les enfants, aux éditions Sekai shisôsha, un titre qui lui a valu le prix de la Société japonaise de sociologie de l’éducation.

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