La TICAD VI et la nouvelle stratégie du Japon en matière de politique étrangère

Endô Mitsugi [Profil]

[05.10.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

La sixième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD VI), réunie à Nairobi, au Kenya, les 27 et 28 août derniers, a été la première TICAD à se tenir en Afrique. À cette occasion, le Premier ministre Abe a annoncé un programme conjoint d’investissements publics et privés en Afrique, pour un montant de 30 milliards de dollars, visant à renforcer l’audience du Japon sur ce continent et à mettre en œuvre de nouveaux objectifs de politique étrangère.

La première TICAD en Afrique

La sixième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD VI) s’est tenue à Nairobi, capitale du Kenya, les 27 et 28 août derniers. Ce sommet, le premier de ce genre à se dérouler dans un autre pays que le Japon, s’est achevé avec l’adoption de la Déclaration de Nairobi et du Plan de mise en œuvre de Nairobi, qui fixent des objectifs en vue du développement durable du continent. Créée en 1993, la TICAD s’est depuis lors réunie tous les cinq ans au Japon. Le sommet de cette année a été le premier à se dérouler dans le cadre d’une nouvelle formule d’alternance trisannuelle de l’hébergement entre le Japon et l’Afrique.

La TICAD, qui rassemble les principaux dirigeants du continent, s’appuie sur un dispositif multilatéral dirigé par le gouvernement japonais, qui l’organise en collaboration avec des institutions africaines et des organisations internationales telles que les Nations unies et la Banque mondiale. Cette implication stratégique de divers partenaires a joué un rôle essentiel dans l’établissement du dispositif d’alternance de l’hébergement du sommet.

La Coalition mondiale pour l’Afrique (CMA), un forum de dirigeants africains, était coorganisatrice des trois premières conférences. Après la dissolution de cette instance en 2007, la commission de l’UA (CUA), l’organe exécutif de l’Union africaine, a émergé comme un candidat susceptible de remplacer la CMA dans son rôle de partenaire de l’hébergement de la Conférence.

À l’époque, la CUA, qui était coorganisatrice du Forum sur la coopération sino-africaine et du Sommet UE-Afrique, cherchait à obtenir du Japon qu’il renforce son soutien aux initiatives de développement. Traditionnellement, l’UA s’intéresse principalement aux questions de sécurité, mais à partir de janvier 2010, date de l’intégration du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique au sein de l’UA, elle a commencé à accroître aussi son engagement dans le domaine du développement. Prenant acte de l’importance de l’UA, le Japon a décidé d’en faire un partenaire et, au mois d’août – au cours d’une visite dans l’Archipel de Jean Ping, alors président de la CUA –, il a donné son accord pour que la Commission devienne coorganisatrice.

Lors de la TICAD V, réunie en juin 2013, Nkosazana Dlamini Zuma, ancien ministre des Affaires étrangères de l’Afrique du Sud ayant accédé à la présidence de la CUA en juillet 2012, exprima avec insistance le désir que le prochain sommet se déroule en Afrique. Des négociations eurent lieu en janvier 2014, lors d’une réunion entre M. Zuma et Abe Shinzô pendant la visite effectuée en Afrique par le Premier ministre japonais, puis lors de la réunion des ministres de la TICAD V du mois de mai de cette année. En juin, l’UA adopta une résolution énonçant l’espoir qu’elle nourrissait quant au déroulement d’une prochaine TICAD en Afrique et à l’adoption d’une formule de rotation trisannuelle de l’hébergement. En septembre 2015, au cours d’un discours prononcé au deuxième Sommet entre le Japon et les communautés économiques régionales africaines, à l’occasion d’une table ronde à laquelle participait l’Assemblée générale de l’ONU, M. Abe a parlé ouvertement d’un nouveau schéma d’hébergement. Et, en janvier 2016, Suga Yoshihide, le secrétaire en chef du Cabinet, a formellement annoncé au cours d’une conférence de presse que la TICAD VI se tiendrait au Kenya et que les sommets suivants se dérouleraient conformément au système d’alternance trisannuelle de l’hébergement.

  • [05.10.2016]

Professeur au département des hautes études sociales et internationales de l’Université de Tokyo, spécialisé dans la politique africaine contemporaine et les relations internationales. Étudiant à l’Université de Tokyo, il a obtenu un diplôme de premier cycle en 1987 et une maîtrise en relations internationales en 1989. A effectué un troisième cycle au Centre pour les études sur l’Afrique du Sud de l’Université de York, couronné par un doctorat en 1993. De retour à son alma mater, il y a exercé les fonctions d’attaché de recherche et de maître de conférences avant d’accéder à son poste actuel en 2007. A publié divers ouvrages, dont Failed States and International Security : The Creation of a New International Form, as Seen in Somalia (Les états en déroute et la sécurité internationale : la création d’un nouveau modèle de nation, dont la Somalie est un exemple).

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