Pour les enfants privés de repas dans leurs foyers

Kanazawa Masumi [Profil]

[13.12.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Au Japon, certains enfants, issus souvent de familles monoparentales, ne bénéficient pas d'une alimentation suffisante dans leurs foyers. Les établissements leur offrant des repas gratuits ou à bas prix sont de plus en plus nombreux à travers le pays. L’auteur nous présente les mesures d’assistance établies envers ces enfants pauvres ou mangeant seuls malgré eux.

La pauvreté des enfants, telle qu’on l’observe dans les écoles

Depuis avril 2005, en tant qu’assistante sociale scolaire, je m’occupe des préoccupations des enfants. Je suis chargée d’analyser les relations entre les obstacles rencontrés dans leur scolarité et le milieu dans lequel ils vivent, afin de leur garantir une meilleure éducation et un meilleur quotidien.

Les enfants d’aujourd’hui sont touchés par différents problèmes dont je parle ci-dessous. Il ne s’agit pas de cas limités à une région particulière.

En rendant visite à des familles d’enfants déscolarisés, je tombe sur un véritable capharnaüm. L’enfant s’occupe de ses jeunes frères et sœurs et ne prend pas de repas convenable. Le logement sent mauvais, et laisse redouter le pire sur le plan sanitaire et hygiénique. Je vois des enfants avec des dents en mauvais état suite à des caries non soignées depuis des années, et qui se voient privés de leçons de natation à l’école car ils n’ont pas complété leurs examens ORL obligatoires.

Il m’arrive d’être confrontée à des situations plus inquiétantes, lorsque je rencontre dans ces logements des groupes de collégiens multipliant les larcins. Ces enfants-là ne sont pas en mesure de poursuivre convenablement leur scolarité.

L’école, de son côté, demande aux parents leur coopération pour améliorer la situation de leurs enfants, mais peine souvent à les contacter. Pourquoi en est-il ainsi ? Une analyse approfondie des conditions de vie de ces familles m’a permis de mettre à jour les difficultés et la pauvreté auxquelles elles font face.

Pauvreté et neglect

Dans un cas, un parent atteint de handicap mental avait du mal à gérer ses finances et son foyer. Il n’avait jamais appris à préparer un repas, ni à manipuler un couteau de cuisine. Il emmenait par conséquent ses enfants manger à l’extérieur, et dépensait en quinze jours ses minima sociaux. Dans un autre cas, un parent célibataire travaillait depuis tôt le matin jusque tard le soir, et n’avait ainsi pas le temps d’aller acheter ce dont ses enfants avaient besoin pour l’école, ni de veiller à ce que les devoirs soient faits. Aux difficultés financières s’ajoutait également le manque de temps passé avec ses enfants.

Il n’est pas rare de rencontrer des parents souffrant de problèmes mentaux. Autrefois capables de tenir leur ménage, ils n’en ont aujourd’hui plus la force. Ce sont les aînés qui en ont la charge, tout en veillant sur leurs jeunes frères et sœurs.

De ce fait, les enfants sont exposés au « neglect ». En d’autres termes, ils ne reçoivent pas les besoins indispensables à leur quotidien (vêtements, nourriture et logement, regards et paroles affectueuses). Ce mot est traduit en japonais par refus d’éduquer, ou abandon parental, et peut alors conduire à penser que les parents priveraient intentionnellement leurs enfants du minimum vital.

Mais en réalité, ces parents, alors qu’ils se trouvent dans une situation où ils ont eux-mêmes besoin d’assistance, n’utilisent pas le système d’aide sociale, ou en ignorent l’existence. Ils ne parviennent pas, malgré leurs efforts, à mener une vie saine. Ils ont en commun de n’avoir ni famille ou amis sur lesquels s’appuyer, et d’être même isolés de la population locale. Cette triste réalité où se rejoignent pauvreté et neglect est complexe, et de ce fait difficile à comprendre par le reste de la société.

Un écart qui se creuse dès l’entrée à l’école élémentaire

Un des facteurs aggravant de surcroît cette réalité est que la scolarité obligatoire au Japon n’est pas gratuite, mais s’appuie sur le fardeau financier des parents. De nombreux exemples l’illustrent : en entrant à l’école élémentaire, les enfants ont besoin de vêtements spécifiques aux activités sportives entre autres, de chaussons pour l’école, d’une trousse et d’un cartable.

À cela viennent s’ajouter d’innombrables dépenses une fois les élèves scolarisés, à savoir les frais de cantine, d’excursions et de voyages scolaires, de cahiers d’exercice, de nécessaire de couture, de matériel pour les expériences et les exercices pratiques, ou encore de participation aux activités des clubs. Certes, il existe un système d’allocation de rentrée, mais certaines familles ne peuvent accorder la priorité aux dépenses scolaires lorsqu’elles sont en difficulté financière. Il ne faut pas nous contenter de leur faire des reproches.

Cette tendance n’est plus si rare au Japon. Mais un sentiment de honte empêche ces parents de demander une assistance lorsque leur enfant arrive à l’âge d’entrée en école primaire. Dès le début de leur scolarité obligatoire, il y a ainsi des enfants pour qui l’égalité des chances dans l’éducation ne sera pas garantie, tout comme la promesse d’un inestimable épanouissement personnel.

  • [13.12.2016]

Professeur agrégé en sociologie, section assistance publique, à l’Université Momoyama Gakuin. Elle fut monitrice dans un centre de protection de l’enfance, puis enseignante dans une école de formation en service social. De 2005 à 2014, elle est assistante sociale scolaire dans la préfecture d’Osaka. Désormais elle enseigne à l’Université Momoyama Gakuin en tant que spécialiste de l’aide sociale à l’enfance, de l’assistance sociale en milieu scolaire, et de l’assistance légale. Elle a co-écrit Gakkô toiu ba de hito wa dô ikiteirunoka (Comment vit-on en milieu scolaire), paru en 2003 aux éditions Kitaôji shobô.

Articles liés
Articles récents

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone