De plus en plus de meurtres familiaux de personnes dépendantes à domicile

Yuhara Etsuko [Profil]

[29.11.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | Русский |

Dans le présent article, nous analysons le phénomène des meurtres familiaux de personnes dépendantes qui se développent dans tout le pays, pour réfléchir à des moyens préventifs.

Une personne sur quatre de plus de 75 ans est prise en charge par sa famille

Le vieillissement de la population japonaise se poursuit, les personnes âgées de plus de 65 ans représentent aujourd’hui 27,3 % de la population totale. Le nombre de personnes âgées qui demandent des soins augmente bien évidemment en proportion. Une personne âgée de plus de 75 ans sur quatre nécessite des soins constants, et ces soins sont effectués par la famille pour 60 % d’entre eux(*1).

Dans ce contexte, quand ces soins deviennent trop lourds ou pénibles, des cas de meurtres des personnes dépendantes par ceux-là même qui s’occupent d’eux (que nous appellerons ci-dessous globalement « meurtres familiaux de personnes dépendantes ») apparaissent à l’échelle nationale, parfois sous la forme d’un double suicide.

Situation et spécificités des meurtres de personnes dépendantes

Les statistiques de l’Agence nationale de la police font état de 356 affaires de meurtres en huit ans, entre 2007 et 2014, motivés par une trop grande « fatigue à prodiguer des soins », 15 aides au suicide et 21 cas de blessures ayant entraîné la mort. Par ailleurs, les statistiques gouvernementales, entre 2007 et 2015, pendant neuf ans, font état de 2515 cas de suicides de personnes « exténuées par les soins à donner ». 1506 de ces personnes, soit 60 %, avaient elles-mêmes plus de 60 ans. Alors que les statistiques dans ce domaine n’ont pas encore dix ans d’existence, ce nombre de morts directement liées à la fatigue des soins a légitimement de quoi surprendre.

L’une des caractéristiques essentielles de ces meurtres de personnes dépendantes est que la majorité des victimes sont des femmes, les auteurs plus souvent des hommes. D’après mes recherches, basées sur les comptes-rendus de presse, je dirais qu’environ 70 % des victimes sont des femmes, et 70 % des auteurs sont des hommes.

Si on a beaucoup dit ces dernières années que de plus en plus d’hommes se chargeaient des soins à personne dépendante de leur famille, il n’en demeure pas moins que les soins sont encore très majoritairement l’affaire des femmes. On peut en déduire que les hommes chargés de donner des soins éprouvent plus de difficultés que les femmes à maintenir une concentration sur le long terme pour les soins à un membre de leur famille, et en ressentent plus facilement de la frustration.

D’autre part, il a été confirmé que la majorité des auteurs de ces meurtres sont eux-mêmes handicapés ou malades dans environ 30 % des cas. D’où l’on peut inférer qu’un nombre important de situations aurait nécessité une aide non seulement à la personne à qui les soins étaient prodigués, mais également à la personne qui les prodiguait.

Penser prévention

Pour prévenir ces meurtres, la première démarche consiste à analyser très précisément le processus mental qui conduit une personne qui donne des soins jusqu’à la décision de tuer la personne de qui elle a la charge. Quels sont les aspects concrets qui rendent insupportable la tâche ? Quels sont les motifs qui créent le momentum du passage à l’acte ? L’intervention de quelqu’un d’extérieur n’aurait-elle pas permis d’éviter le drame ? Toute réflexion sur une réforme des contenus des aides à la personne doit s’appuyer sur la connaissance de ces éléments concrets.

En outre, il faut développer une base de données des affaires qui se sont produites dans le passé, de façon à permettre une analyse quantitative des différents motifs et des différents cas de figure de ces meurtres. Par exemple, aux États-Unis, un système existe pour comptabiliser les maltraitances mortelles (National Violent Death Reporting System) à part des crimes ordinaires, et une approche multi-facette est menée pour la prévention des crimes de cette catégorie. Aujourd’hui au Japon, seuls les cas de double suicide, quand l’auteur du meurtre se suicide avec sa victime, sont distingués, mais dans la mesure du possible il faudrait diversifier plus finement les catégories, et collecter le maximum d’études et recherches des meilleurs professionnels selon une approche multi-domaines, criminologique, socio-politique, médicale, et de bien-être social, de façon à ce que les mesures à mettre en place couvrent totalement le champ du phénomène.

(*1) ^ « Livre blanc sur le vieillissement de la population », édition 2014 (document du gouvernement) / « Enquête sur les conditions de vie de la population 2014 » (Ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales)

  • [29.11.2016]

Professeur agrégé de l’Université Nihon Fukushi. Son domaine de recherche est la protection sociale, la justice et le bien-être. Diplômé de la faculté de droit de l'Université de Nagoya en 1992. En 2003, elle termine un cycle d’études doctorales à l’Université Nihon Fukushi. Docteur en sociologie du bien-être public. D’avril 2001 à mars 2003, attachée spécial de la Japan Society pour la Promotion des Sciences. D’avril 2008 à mars 2009, elle étudie la criminologie à l’Université de Melbourne, faculté des lettres. Principaux ouvrages : « Les meurtres de personnes dépendantes – du point de vue de la protection judiciaire » (2005, Kress), « Sur le front de la recherche en protection sociale » (co-auteur, 2014, Yûhikaku), etc.

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