Comment le programme JET a changé le Japon

Menju Toshihiro [Profil]

[16.06.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Le programme japonais d’échange et d’enseignement (JET) fait l’objet d’une attention de plus en plus grande. En l’espace de 30 ans, il a permis a plus de 62 000 jeunes du monde entier de vivre dans le pays de leurs rêves en enseignant l’anglais et de participer à des activités liées aux échanges internationaux dans les localités où ils étaient affectés. Il a par ailleurs contribué dans une certaine mesure à faire évoluer le Japon.

Le programme JET a été créé en 1987 en vue de promouvoir l’enseignement des langues étrangères – à commencer par l’anglais – et les échanges internationaux au niveau local entre le Japon et d’autres pays. Et il a joué un rôle majeur dans l’internationalisation de l’Archipel.

Ce système japonais d’échange et d’enseignement vient de célébrer son 30e anniversaire. Depuis 1987, le nombre des pays impliqués a décuplé, passant de 4 à 40, et celui des participants, à l’origine de 848, s’est élevé à 4 952 en 2016. Le record a été atteint en 2002 avec 6 273 participants. Au total plus de 62 000 personnes ont pris part à ce projet, ce qui en fait l’un des programmes d’échanges internationaux les plus importants du monde. À l’heure actuelle, un millier d’établissements publics répartis dans 45 préfectures de l’Archipel emploient des membres du programme JET.

Ouvrir la porte aux échanges culturels avec d’autres pays

La création du programme JET a provoqué une véritable révolution dans l’enseignement de l’anglais au Japon. À l’époque, celui-ci n’était en effet pas dispensé par des enseignants natifs anglophones. Les élèves qui ont eu droit à des cours donnés par des jeunes participants du JET ont été confrontés pour la première fois à l’anglais tel qu’il est parlé. Ils ont eu également l’occasion de faire connaissance avec d’autres cultures et de prendre conscience de l’importance des relations avec le reste du monde.

Dans le même temps, ce programme a permis à quantité de jeunes de se rendre au Japon où ils ont séjourné dans des localités très diverses. Une telle expérience à une période en général cruciale de la vie a eu une influence considérable sur leur façon de penser et le reste de leur existence.

L’impact du programme JET sur ceux qui y ont participé est particulièrement évident si l’on considère le nombre important des membres de l’Association des anciens participants du JET (JETAA). La JETAA compte en effet 52 branches réparties dans 15 pays qui regroupent au total 26 000 personnes. Aux États-Unis, elle est présente dans 19 villes, dont New York et Washington.

Depuis 1992, la Chine participe aussi au programme JET. Chaque année, 70 d’entre eux vont travailler au Japon dans ce cadre. La plupart sont envoyés par des collectivités locales et à leur retour, ils trouvent un poste en rapport avec les échanges sino-japonais. Le développement de liens directs au niveau local est particulièrement important au moment où les relations entre les deux pays continuent à être tendues.

Une onde de choc culturelle

En 1987, au début du programme JET, il n’y avait que 800 000 résidents étrangers au Japon, soit à peine 0,6% de la population du pays. En province, on avait rarement l’occasion de rencontrer quelqu’un qui n’était pas Japonais. Le début du programme JET a donc provoqué une sorte d’onde de choc qui a donné lieu à des quiproquos cocasses dans beaucoup de régions de l’Archipel. Des Japonais n’ayant vu des occidentaux qu’à la télévision sont allés jusqu’à demander à un participant du JET croisé dans leur ville si « la couleur de ses yeux ne le gênait pas pour voir ». Et de petits provinciaux ont pris une « alerte aux fortes vagues » (harô keihô) du bulletin météo de la télévision pour une « alerte hello » (halo keihô) supposée signaler la présence de nombreux étrangers dans les rues !

Les participants du programme JET se sont retrouvés non seulement dans des villes de province mais aussi dans des îles lointaines où ils ont vécu avec les gens du lieu en apprenant l’anglais aux enfants. Pour la population locale, leur présence a été comparable à une « seconde arrivée des navires noirs(*1) » dans la mesure où elle a grandement contribué à transformer leur perception des autres pays et de leurs habitants.

La rencontre des « gens de la terre » et des « gens du vent »

Parmi les acteurs japonais d’échanges internationaux, on distingue deux types de personnes : les « gens de la terre » et les « gens du vent ». Les premiers sont des autochtones vivant depuis toujours au même endroit. Une zone entièrement habitée par les « gens de la terre » est stable et exempte de tout conflit, mais elle finit aussi par perdre de sa vitalité et stagner. Les « gens du vent » sont à l’inverse des personnes de l’extérieur venues s’installer dans un lieu où ils ne sont pas nés. La rencontre entre ces deux types de population est une source de conflits, d’inimitiés et d’agitation sociale. Mais elle engendre aussi une forme de sagesse commune, des nouvelles idées et un dynamisme qui n’existait pas jusque-là. Les « gens de la terre » et les « gens du vent » finissent par donner naissance à un « climat » 風土 (fûdo) dynamique, qui est une source de prospérité pour la région. Le mot japonais fûdo, se compose de deux caractères, celui du vent (風, kaze ou ) et celui et de la terre (, tsuchi ou do), et il signifie aussi ambiance, environnement. Pour les Japonais, les échanges internationaux consistent donc à faire venir des gens de l’extérieur pour créer délibérément un nouveau fûdo.

Les participants du programme JET sont des « gens du vent ». Quand ils vont vivre dans des localités ayant peu de relations avec l’extérieur, ils apportent avec eux une culture différente et un peu d’air frais.

Les choses ne se passent pas toujours de façon harmonieuse et agréable. Les participants du programme JET se sont heurtés à de nombreux obstacles dus à des différences d’ordre culturel et social et à un manque de communication. Mais en surmontant ces difficultés, ils ont été amenés à s’interroger sur leur propre identité et à connaître par eux-mêmes la société et la culture du Japon. Ils ont compris que les habitants de l’Archipel ne sont pas forcément tous aimables et que le fonctionnement de la société japonaise est très strict. Dans le même temps, ils ont eu droit à un accueil chaleureux de la part de beaucoup de Japonais et au bout, du compte toutes ces expériences, bonnes et mauvaises, ont été pour eux une source d’enrichissement personnel.

(*1) ^ « Navires noirs » (kurofune) : nom donné par les Japonais aux navires américains « à coque noire » qui sont apparus pour la première fois sur les côtes de l’Archipel en 1853, peu avant la fin de l’époque d’Edo (1603-1868).

  • [16.06.2017]

Directeur général du Centre japonais pour les échanges internationaux (JCIE) où il est entré en 1988, après avoir travaillé pendant dix ans à la préfecture de Hyôgo. Spécialiste des échanges internationaux au niveau local et des problèmes liés à l’immigration. A enseigné en tant que chargé de cours à l’Université Keiô de Tokyo et à l’Université des arts et de la culture de Shizuoka (SUAC). Membre du Comité de sélection du ministère japonais des Affaires intérieures et des Communications pour le Prix du meilleur programme d’échanges internationaux. Président du Comité pour la création d’une communauté multiculturelle de l’arrondissement de Shinjuku (Tokyo). Auteur de divers ouvrages dont Jichitai ga hiraku Nihon no imin seisaku (Les collectivités locales et la politique d’immigration du Japon).

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